‹ La nouvelle monadologieChapitre 142 sur 177 · LE MONDE DE SCHOPESHAOER · texte numérisé non relu

LE MONDE DE SCHOPESHAOER

idéaliste subjectif, demande au moi de chacun de nous de se considérer comme le sujet du monde, ce qui n'est pas facile. La différence des deux systèmes paraît donc très grande, elle n'est pourtant que de point de vue. C'est bien un seul et mSme sujet universel que posent les deux philosophes, un sujet qui, en soi, est immuable et indivisé, et qui distribue son essence entre tous les modes d'être et de penser, divisés, successifs et changeants dont il est aussi la cause immanente. Les phénomènes sont présentés, des deux parts, comme rigoureusement déterminés dans l'espace et dans le temps par une cause unique et actuelle. Nous avons constaté la" divergence des deux penseurs sur le jugement à porter de ce monde, éternel et adorable pour l'un, temporel, illusoire et exécrable aux yeux de l'autre ; nous constatons maintenant l'accord : la réduction de l'individuel à l'universel, la négation de la conscience en tant qu'attribut de l'existence souveraine et caractère essentiel et perdurable de ceux des êtres qui la possèdent.

Ainsi les deux plus grands génies dogmatiques dont l'école aprioriste se puisse vanter, dans la plus grande opposition possible à la théologie traditionnelle, ont conclu à un être impersonnel, absolu, cause déterminante universelle des phénomènes enchaînés du temps et de l'espace. Les théologiens, avant eux, e(i leur idée de Dieu, n'avaient pas précisément évité cette conséquence de leurs thèses De deo, mais à ces thèses ils en avaient juxtaposé d'autres, descendues d'un autre principe, qui, pour des logiciens sans prévention en eussent été des contradictoires, et qu'ils croyaient ne plus en être, du moment que l'impossible accord, supposé réalisé, s'appelait un mystère. C'est à ce prix que la personnalité divine était sauvée. Malebranche et LcibniK avaient fait de merveilleux efforts pour conserver la réalité du relatif et du contingent en livrant à

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l'absolu tout ce que les phénomènes ont de réel. Kant a mis à l'essai les vues diverses de l'ordre relatif et pratique, et celles du prétendu ralionnel pur, sans parvenir à la composition d'un idéal qui pût satisfaire à la fois les exigences contradictoires de sa pensée ; il a fait fout évanouir à la fin, en constituant l'être en soi, au sommet de la spéculation, dans le supratemporel et dans l'extraspatial ; et les plus illustres disciples de Kanf n'avaient pas embrassé des principes moins incompatibles avec l'existence de ht Personne à l'origine et à la fin des choses, que ne l'a été le principe incompréhensiblement appelé par Schopenhauer à réaliser le néant de la conscience sous le nom de Volonté.

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