LE MONDE DE SCHOPENHAUËR
ment. Mais il ne faudrait plus regarder la loi de temps comme sans réalité. Le rapport entre l'éLat (jui suit la conversion de la volonté, et le monde que cette con- • version anéantit; n'est lui-même intelligildc que comme un rapport de succession.
Suivant la seconde hypothèse, qui anéantit, en supprimant le temps, tout mode de penser, tout mode de vouloir, en un sens relatif et phénoménal, il n'y a nul rapport concevable entre un état de la chose en soi qui aurait précédéle monde de la représentation, et un état qui pourrait suivre ce monde au cas où la volonté viendrait à répudier la conscience. Avant et après n'ont aucun sens, tout est simultané et instantané, s'il n'y a pas de temps pour le noumène, et que tout ce qui tient du temps pour le phénomène soit illusoire. S'il y a un temps, il faut que le temps s'étende sur tout, que la succession soit une relation de la même extension que l'être; et il ne nous est plus permis alors de placer hors du temps un acte de volonté qui détermine le monde, et dans le lemps un autre qui le réalise. Celte doctrine de l'absolu se retourne contre elle-même à son premier pas, en prenant pour attribut de la chose en soi la volonté, qui se définit aussitôt comme un relatif.
Le contresens éclate sous un autre aspect, en tant que l'acte du commencement prend le caractère moral d'une faute et d'une déchéance, car l'idée de la chute est essentiellement an thropom orphique. C'est une grande supériorité de la doctrine de Schopenhauer, quant au sentiment, que d'avoir donné au bouddhisme le^éché originel pour principe ; mais c'en est le vice capital, de n'avoir pu seulement essayer de montrer, dans le vouloir vivre, le sens moral, le caractère du péché. Quand on néglige cette question, suivant la coutume des critiques, on ne voit plus dans le monde de ce philosophe, que le système d'illusions dont se compose, selon Renouvier, — ProlilÈines miilaphjs. S4
r..r.:.i:,G00Qlc
LE MATERIALISME ET L'ATHEISME niverselle et, au-dessus de ce tout, le noule noîimène, n'est, au fait, que Vidée du noul-direun phénomène aussi, etnon pas mieux les autres pliénom&nes comme ayant le se surpasser lui-même pour démontrer son igement porté sur la vie, la théorie de la réfutation de l'optimisme peuvent se prene la doctrine métaphysique, elles ont leur re, mais l'idée du monde de Schopenhauer I soi bien différente, semble-t-il, de celle lonnent les doctrines du développement écessaire d'un sujet unique dont les profassent les phénomènes et leurs lois, et qui i êtres par ses modes, représentatifs d'un ïntés de Taulre. Les ôtres ainsi constitués nommer, indifféremment, ou réels, parce onnés à l'expérience, ou apparents et illui sens qu'ils sont pai-tiels, inadéquats, tranous périssables. Mais c'est là précisément des philosophes dont Schopenhauer a été'
excepté qu'il a fait énergiquementressortir ient adroitement voilé sous leur optimisme, ant s'était, en le posant, dissimulé de son ■s mondes n'offraient eux-mêmes que des
celui de Spinoza ; car, en présence de l'ac- ;trines en une conception d'unité univerergences sur les noms de la Substance ou ers attributs, et même sur la forme de dé- . des phénomènes, deviennent accessoires, tuer avait donc, avec ces philosophes dont mené la réputation, une conmunauté prois, en ce grand point de la définition du phénomènes. Mais ils étaient optimistes, oza, qui avait enseigné l'amour inlellectuel tteur cependant de tous les maux comme de
LE MONDE DE fiCItOPENHAUER 371
tous les biens, et père de ia douleur, autant que source unique de tous les modes de l'être ; et Schopenhauer, pessimiste, chercha une explication du mal, à l'origine et dans le cours entier de la vie des ôtres, qui ne l'obligeât pas d'en affecter la substance même dont cette vie a procéd(5. Il aurait pu l'imputer à la liberté de l'être créé, en plaçant la personnalité créatrice au commencement, puisqu'il y plaçait la volonté : il préféra nommer Volonté le nouméne de Kant, tout en le laissant inconnaissable en soi, comme situé au-dessus de toute conscience. Il s'éloigna donc du théisme, mais du panthéisme aussi, ne voulant pas appeler Dieu le Tout pitoyable qui est l'ensemble des œuvres du Vouloirvivre.
« Nommer le monde Dieu, ce n'est pas l'expliquer, car il reste une énigme comme auparavant. i> Rien n'est plus vrai que ce jugement ; c'est, en effet, le monde qui est proprement l'énigme; on ne la résout pas en pensant que le mal est une conséquence mathématique des propriétés de Dieu, ennemi de lui-même, et détruisant, sous certains de ses modes, ce qu'il engendre sous certains autres. Mais le mal n'est pas rendu plus intelligible par la supposition que le monde n'est que notre représentation ; que ce dont nous avons conscience comme réel est illusoire; et qu'il n'y a do vraiment réel que cela qui était nous avant que notis fussions conscients, avant que nous fussions. Car une telle réalité, nous n'y pouvons penser, encore est-ce sans pouvoir dire ce qu'elle est, que parce que nous sommes conscients. Il est vrai que, de cette façon, c'est moi, si nous considérons l'unité de l'être dans la volonté, qui deviens l'auteur de mon mal, et Dieu, si quelque chose peut porter ce nom, est exonéré de la responsabilité ; mais ni Dieu ni moi ne sommes plus rien dont je puisse me faire une idée.
A l'origine comme à la fin des choses apparentes, dans la chose en i^oi, la conscience, selon ce système, n'est pas, la représentation n'est pas ; la personnalité est la forme de l'illusion et du péché. On demande à la personne de se nier dans le propre principe de son existence, de s'anéantir ; on l'autorise à espérer, après l'extinction de la volonté, la révélation de quelque chose de supérieur, par cette raison, qu'il n'y a pas de néant absolu, que le néant est un terme relatif, et que l'évanouissement d'un ordre d'existence doit être la manifestation d'un autre ; mais l'application du principe de relativité n'est pas logique ici, de la part du philosophe qui, après avoir établi dans l'absolu le fondement de son système, ne peut que nous y ramener quand il exige de nous la renonciation à la conscience, et, par conséquent, la répudiation de toute forme qu'il nous soit possible de donner à nos espérances.
Telle est la doctrine que nous devons regarder comme le véritable pessimisme de Schopenhauer, et non pas le sentiment aigu qu'il a eu du mal, et son exposition, si fortement déduite, des conditions irrémédiables de notre monde de douleur. Cette doctrine du Monde comme volonté et comme représentation nous offre un système de la nature qui ne nous semble moins clair que celui sur lequel repose \' Ethique de Spinoza, que parce que nous nous dispensons de suivre Spinoza dans l'abîme de l'infini, de l'immuable et de l'un où plongent et se perdent les modes de l'existence spatiale et temporelle, divisée et changeante ; el c'est en effet ce dont les lecteurs de l'Éthique ont l'habitude. Le grand panthéiste peut présenter son monde sous une forme objective, aisément accessible, grâce au réalisme de l'élenduc dont, fidèle à Descaries, il conserve la théorie nominale, tout en rapportant les propriétés géométriques des corps à la seule imagination. Au contraire, Schopenhauer,