‹ La nouvelle monadologieChapitre 156 sur 177 · LA PERSONNALITE DANS LES SYSTÈMES EV0LUTI0NISTE · texte numérisé non relu

LA PERSONNALITE DANS LES SYSTÈMES EV0LUTI0NISTE

par le terme d'une évolution antérieure, et dont le terme marque le commencement d'une autre, qui doit suivre.

- La situation faite à ce système par les limites dans lesquelles l'enferme son concept, recule, sans la résoudre, la question d'origine, en ce sens, qu'il y aurait à apporter une définition de l'état initial. Cet état ne peut pas être laissé dans l'Inconnaissable, puisqu'il est le sujet du développement qu'on se Jtropose de décrire. Or, on ne conçoit le monde comme développable que par le rattachement de ses modes d'existence h des modes généraux, de ses lois à une loi enveloppante, qui doit être nécessairement une forme de la connaissance. Admettons que ces lois soient distribuées en deux classes, sous les noms de matière et d'esprit, selon qu'elles concernent ^^s rapports envisagés dans le monde qui nous est représenté objectivement, ou des rapports définis comme modes conscients de pensée, tels que nous les connaissons en un sujet qui pense. Nous ne pourrions pas sans contradiction les regarder comme appartenant à l'absolu inconnaissable, car ce serait le qualifier. C'est donc à l'état initial du monde qu'il faut les rapporter, ou les uns ou les autres, ou tous à la fois. Soit alors qu'on refuse de se prononcer entre l'esprit et la matière, ainsi que le fait H. Spencer, soit qu'avec Spinoza on les réunisse pour former une Substance-Cause, unique, indissoluble, soit enfin qu'on préfère pour ce tout une expression plus générale et plus abstraite, si l'on ne rapporte pas, pour l'esprit, les idées, pour la matière, ses représentés, à une ou plusieurs consciences comme sujets, ce sera toujours la Chose dont le monde est fait. Là où n'est pas la personne il ne peut y avoir que la chose. Le langage le plus commun établit entre ces deux termes une opposition que la réflexion la plus profonde confirme. Spinoza

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nomme la Chose Dieu : il accomplit l'effort métaphysique d'aimer intellectuellement cette chose ou l'infinité de ses attributs et de ses modes éternellement enchaînés, il nous demande de nous unir par l'intuition et le sentiment, achevant l'œuvre de l'inteUigence, àcelte chose, Dieu, a qui s'aime lui-même, non en tant qu'inûoi, mais en tant qu'il se peut exprimer par l'essence de l'âme humaine considérée sous l'aspect de l'éternité m {Ethique, V, 36). Spinoza donne ainsi à sa doctrine une certaine parenté avec celle de l'émanation, dont il retranche seulement la forme d'évolution universelle, ou de descente et de retour des âmes. C'est comme un port de salut, qu'il ouvre à la personnalité perdue sur l'océan de l'existence. Cette doctrine reste donc supérieure à l'évolutionisme tel qu'il est compris aujourd'hui. L'esprit y prend, dans la liberté' humaine de Spinoza, en cet atfranchissement de la servitude humaine qui s'obtient par son identification avec la nécessité divine, le dédain des connaissances inadéquates. Possédant la pleine notion de cette âme, pensée du corps, dont les modes se développent parallèlement aux modes de l'étendue, la pensée se pose éternelle, et le sage atteint la béatitude. C'est la plus belle des doctrines de la Chose. Mieux que dans l'antiquité le stoïcien, le spiaosiste vise à cette personnalité contradictoire, la contemplation de l'individuel et du temporel sous l'aspect de l'universel et de l'éternel, en consentant au sacriiice de sa conscience individuelle. Mais il n'y a de conscience qu'individuelle; l'extinction de l'individualité serait celle de la représentation, même en Dieu, Dieu ne pouvant connaître sa création qu'autant qu'il s'en distingue.

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