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CHAPITRE XLIX LA PERSONNALITÉ DANS LES SYSTÈMES ÉVOLUTIONISTES

La loi et la fin de l'évolution du système solaire, le progrès continu de l'organisation et de la vie, la formation de l'intelligence par l'adaptation de l'interne à l'externe, le principe de continuité, le sensationisme, en psychologie, chargé d'expliquer les degrés de la constitution héréditaire et progressive de l'esprit, l'ère de bonheur que l'humanité doit parcourir après l'accomplissement de l'adaptation, l'involution, enfin, qui doit faire rentrer le monde dans la Nébuleuse dont il est sorti, — sans qu'aucun produit individuel, quelles qu'aient été son élévation ou sa puissance, ait jamais pu se promettre la durée et un avenir au delà de ce que comportait son phénomène transitoire dans la chaîne universelle, invariable des phénomènes, — tous ces points de doctrine nous engageraient en des questions plus étendues que n'en soulève le petit nombre de problèmes souverains de la métaphysique auquels notre sujet se borne. Concluons maintenant que, pareils, en cela, au système dont nous venons d'exposer sommairement les premiers principes, tous les systèmes évolutionistes à principes divers qui ont marqué dans Thistoire de la philosophie, depuis Kant, ont nié la personnalité en principe et ramené l'individuel à l'universel, tant à l'origine qu'àla fin du développement d'une loi d'existence portant tout entière sur un abstrait réalisé. H. Spencer n'a fait que donner à la méthode aprioriste, déjà entrée dans cette voie, la forme trompeuse, 1° d'une application de lois empruntées à la physique mécanique et mal interprétées, 2" d'un premier principe qui affectât le caractère positif d'une existence matérielle, et,

LA PERSONNALITÉ DANS LES SYSTÈMES ]5V0LUTI0NISTES «7 qui reconnaissant, au-dessus de toutes les relations qui la définissent, l'Absolu, laissât à l'ensemble de l'édifice philosophique le caractère d'un produit.

Soit que l'on désigne le terme originaire absolu par le nom de Noumène, entité hors du temps et de l'espace, ou de Moi, mais sans l'individualité du moi, ou d'Identité des différents, ou d'idée indéterminée quant à l'être et au non être, ou de Volonté pure, sans conscience, soit enfin qu'on le nomme simplement l'Inconnaissable, on doit, sans s'inquiéter de la contradiction, prêter à cet être en soi, des relations, et le regarder, de manière ou d'autre, comme ce que les philosophes ont appelé cause, ou comme ce qu'ils ont appelé substance, en rapport avec le monde des phénomènes. On a reproché à Kant, comme une inconséquence en sa méthode criticiste, ce caractère obligé de tout absolutisme : le passage de l'absolu dans le relatif, c'est-à-dire la contradiction érigée en principe des choses. Les anciens émanatistes tâchaient d'éviter ce salins mortalis en n'imaginant le rapport du relatif à, l'absolu que dans l'un des deux termes, du côté de ce qui descend (ou de ce qui remonte), laissant l'autre terme, l'origine et la fin, dans l'immodifié, dans l'immodifiable. Si on ne voulait prendre ni le parti de déduire le monde phénoménal (comme dans le spinosisme, par exemple), ni le parti de l'émanation, que nous venons de définir, et qu'on refusât de s'expliquer sur la façon Aepkénoménaliser ce noumène, l'entité absolue qu'on mettrait à la tête du monde n'aurait plus aucun intérêt, ne serait que de parade, puisqu'on pourrait l'y laisser ou l'en retirer sans autre différence que la possibilité de quelque chose dont on avoue ne rien savoir. Examinons le choix donné à l'évolutionisme entre la méthode des émanatistes, et le système de la substance, à la fois cause immanente, comme principe du monde.

408 LE MATERIAUSME ET L'ATHEISME

L'émanation offre en sa doctrine des hypostases (quel qu'en soit le vice logique) l'avantage de paraître établir une certaine forme de personnalité divine; l'action du premier principe comme cause finale pour le monde prend aisément l'aspect d'une cause efficiente, et semble justifier le nom de Père donné à ce dieu premier, à ce dieu sans nom, par Plotin. De plus, la doctrine des âmes immortelles, liée à la seconde et à la troisième bypostase introduit la personnalité comme élément essentiel dans le cours de l'évolution des ôtres en ces deux sens : la descente et le retour des, âmes individuelles. Mais l'évolutionisme moderne est éloigné de ces sentiments. La qualification de panthéiste, qu'on lui donne souvent, ne lui convient en aucune façon dans le sens où le même terme s'applique au néoplatonisme. Dieu est tout, ep tant qu'il est l'universel, dans le système de l'émanation : il est le monde divin des intelligibles, il est l'Ame du monde, âme des âmes qui descendent d'elle; et les âmes descendent pour constituer de véritables individualités perdurables. C'est tout l'ordre de la création, la matière n'étant qu'une essence indéfinie, tinalement négative. Dans l'évolutionisme moderne, au contraire, la matière, si ce n'est quelque abstraction qui en joue tout à fait le rôle, est le principe évolutif, et ce principe engendre incessamment des individualités passagères, limites mobiles d'une existence tluente, qui ne soutiennent pas un rapport propre et durable avec leur principe. La personnalité ne saurait avoir logiquement, dans les fins, une place et une valeur qu'elle n'a pas dans la cause première. 11 n'y a d'ailleurs ni origine première, ni fin dernière, pour une évolution qui admet sans doute un commencement et un terme des phénomènes qu'elle embrasse, — c'est une condition que le mot lui-même implique, — mais dont le commencement n'est posé que

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