LE MÉ0CR1TICI8ME
Le l'éei substantialisme de Leibniz n'est pas dans le monadisme et dans l'harmonie préétablie, qui sont parfaitement conciliables avec l'intervention des causes libres dans la contexture générale des déterminations par tes lois naturelles ; il est dans l'infinitisme et dans le prédéterminisme absolu, qui seuls font du monde de ce philosophe un tout éternel el solidaire, quelque chose comme une substance unique constituée par une infinité de substances mutuellement et invariablement conditionnées les unes par les autres et par l'acte éternel de Dieu. Et pourtant c'est sur le déterminisme propre des monades, de chacune et de toutes, que roule cette doctrine panlhéiste, et nullement sur la déduction des propriétés et du développement d'une substance cosmique telle que l'envisage le spinosisme : Le système subsiste, mais entièrement transformé, si l'on rend îa contingence aux monades, le libre arbilre aux âmes rationnelles, et si, bannissant les inlînis de la spéculation, on renferme tous les rapports dans les limites que prescrit le principe de relativité.
C'est ainsi qu'il a été possible, en corrigeant les principes de Leibniz par la doctrine des catégories, de composer une Nouvelle inonadologie où les conditions d'existence et de développement des consciences et des âmes ont été analysées, telles, que, dans le monde physique et moral, l'observation nous les présente, c'est-àdire en dehors des traditions de l'Ecole et des Pères de l'Église, et de ce funeste panthéisme théologique, inspirateur de la Théodicée de Leibniz et de son optimisme répugnant. Le problème des origines morales de l'humanité s'est offert sous un nouveau jour.
La doctrine de la raison pratique, dans le néocriticisme, n'était pas d'abord sortie du champ délimité par les postulats Kantiens : la question du mal et de son origine y restait sans solution ferme ; on la discu-
464 DE L'ETAT ACTUEL DK LA PHILOSOPHIE EN FRANGE tait, non comme directement abordable, mais pour en snboi'donner les dimcultf^s h la confiance en laloi morale pour ce (jui touche à l'ultime fin des t"'tres, dont l'origine première n'était pas davanlage approfondie. Le compbSment réclamé [icu" la métiiphysique crïticistc, et qui pouvait se présenter comme un quatrième postulat de la raison pratique, est l'hypothèse de la chute d'une humanité primitive, laquelle n'eftt été autre ellemême, au fond, que ic premier monde créé, l'Homme; non pas l'homme individu solitaire, comblé de perfections abstraites, sans relations morales définies, oii le libre arbitre se pût exercer, lo bien ou le mal se produire, mais la Société humaine instituée dans une nature parfaite-et parfaitement adaptée à la vie perdurable des êtres. II faut imaginer, à cet elTet. les forces de la nature soumises dans leur intégrité à la connaissance, à la direction et à l'usage des agents rationnels, ainsi appelés à gouverner le grand milieu d'action et de jouissance qui leur était donné en toute propriété par le Créateur.
One telle société d'hommes libres, immortels et heureux, vivant dans la justice, qui était l'ordre même de l'institution première : d'un côté, )e cosmos mécanique et physiologique, de l'autre, l'esprit humain pur, intact, pourvu de toutes les notions relatives aux fonctions physiques et sociales et au gouvernement d'une nature toute appropriée aux fins humaines, (i dîl déchoir et se corrompre par l'action des miimes lois psychologiques qui nous sont connues dans les rapports du jugement et de la volonté avec les passions. Ces lois sont celles qui par l'amour propre et l'injustice, dans l'intention ou dans l'action, engendrent l'injustice en retour, et la haine, et, dans toute la société grande ou petite, ont pour fin la guerre. Et elles étaient moralement liées à la liberté, et dès loi-s logiquement inévitables dans
LE HEOCRITICISME
l'ordre créé, dès que l'être créé devait être libre et social, et appelé, contraint à recevoir cation dans l'épreuve du mal, s'il se trouvait i de persévérer dans le bien de son premier < ment.
La chute morale de l'humanité primitive,
, sance à la Loi morale, si on la considère en cipe, a dû, dans l'hypothèse de l'harmonie des forces cosmiques avec la destination de et de leur gouvernement humain libre avec h cité universellement favorable, amena la ce les désalTectations partielles du système, et fi la ruine entière de l'adaptation de la nature de la raison, à la suite de l'emploi pernicieux < par ces agents voués au mal qui les avaient è crétion pour s'cnlre-détruire. Le résultat de I tion de l'ordre naturel dans les rapports esse: forces attractives et de la chaleur pour la coi organique des fonctions de monades, fut l'en mort dans le monde, la désorganisation des vants, la réduction des principes de l'être ps;
■ des germes insensibles, la dissociation des physiques et sans doute la n^huleiise, à la pla' tome organisé unique qui avait été tout en! maine de l'iiomme dans l'espace actuelleme; par le système solaire.
C'est là, dans la nt-àtilein^e, que la mécaniqi et les lois générales de la composition du mi en rapport avec la sensibilité nous montreni probable et l'établissement graduel des for nature actuelle, et des corps organisés, sens monde oii nous vivons, sous l'empire de c encore désordonnées, soustraites au gouvcrnf main, hormis en quelques faibles parties, est l'ordre providentiel des destinées no vouait j
Renodvieu. — Prolilf'iiies inotapliys.
litîoD de Vhwmamté, dont la chute peaTrait ôtre e, qu'il ae l'affectait d'avance à. sa correetion sur iAXi-e de la connaissance du mal par la douleur e négime social de I» Famille, ie la Coutume, de* , et de lii Religion: quadruple chaîne bien néceslont l'individu est lié par la naissaixce et a^Efraair la mort.
cosmogonie du néoci'iticlsme a pour pendant une bologie qal réintègre par des révolutions futures onde, l'humanité au sein d'une nature céleste stituée, mais une humanité qui après l'expérience je de la liberté dans les conditions douloureuses i par son premier exercice, et parvenue à la parcortnaûisatu:e du bien et iJu mal, se trouve dans accompli de la- science de la vie. Car ni la révé-
de la loi morale au cœur et à l'abstraite raison, commandements et les avertissements, de si jiu'ils viennent, ne sauraient remplacer la leçon fets et des causes. L'expérience est intransmissible Irrité pure, sans l'émoUon, ne touche que théo» nent et ne modifie pas le caractère. C'est donc nent après la carrière des épreuves que se peut ire pour l'humanité déchue ce plein retour au
et au pouvoir qui ne serait pas suivi d'une ckute lie.
;e d'or, le paradis terrestre, visions religieuses nheur, longtemps et unanimement placées par ;ination à l'ouverture des temps, et aujourd'hui )ortées dans l'avenir par des savants auxquels la ;e ne fournit pour une telle prédiction nulle mé- , n'ont pas plus leur réalisation écrite dans les ées de notre terre qu'elles n'en ont eu une possil'époque des origines physiques et biologiques du
Les lois delà nature, en l'état où nous les conns, inadaptées à la vie immortelle des êtres,, et
positivement contraires au i-ègne de k paix, sont eel» même qtti se nontm^ l'ordre du moade ; et la seciétéi, depuis qu'elle possède une histoire, par tes guerres efc les révolutions des empires, l'instabilité des républiques, ta naissance et la mort des nations, les nHBurEt irrémédiables de rautagonisme publie et privé d«9 individus, enfin la conservation du type prédateur daos l'espèce donne un constant démenti à l'espérance »te laconstitutioD future de FEtal juridique univei-sel, oo du règne de la pure fraternité.
Mais ce n'est pas la société, une abstraction, qui est en apprentissage sur la terre, ce sont les hommes, les individus rationnels, qui sont en apprentissage de la vie morale dans la société, et par rapport à elle, sur la terre; et cette terre où ils font individuellement leur apparition après l'entière dissolution du monde primitif et de la société parfaile dont ils furent des membres,'peut n'être qu'un point de départ pour eux de plus d'une autre existence au cours de la traversée de la création remontant à son antique station de l'organisme parfait de l'univers et do l'entière harmonie des forces.
La doctrine criliciste prise dans son ensemble et menée à cette conclusion se termine à l'histoire hypothétique de la personne humaine et de la société humaine, Elle porte sur une théorie de la conscience, opposée aux systèmes de métaphysique réaliste, que nous avons appelés des philosophies de la Chose, ne reconnaissant dans les personnes que des modes transitoires ou des produits éphémères de ce grand Tout et de cette grande Cause aveugle. L'hypothèse qui complète la partie rigoureusement rationnelle de notre doctrine n'a point la prétention de l'égaler dans la mesure de croyance qu'elle comporte, mais plutôt de l'éclaircir en son esprit général. On peut dire d'elle ce que Platon dît, en son Timée, de sa théorie démiurgique du monde : « Si,
f ACTUEL DE LA PHILOSOPHIE EN FRANCE
int d'autres ont parlé des dieux et de la I monde, nous ne pouvons en donner une ïujours d'accoi'd avec elle-môme et par- Lcte. ne t'en étonne pas, mais si nous t'en le qui ne le cède à aucune autre en vraiu dois t'en contenter, te souvenant que arle et vous qui me jugez nous sommes imes, et que d'après notre nature, sur un js devons accepter une explication vrain'en pas demander davantage ».