PLATON, LA THKORIE DE L'AME
choses. Il est remarquable que, de la nature de l'âme composée, et du caractère humain, tel qu'on doit le comprendre, si on le rapproche du principe psychologique de la vertu-science (condition de l'observation de la justice par l'homme), il résulte que l'homme ordinaire a besoin d'être gouverné par le philosophe. De là, la théorie politique d'un gouvernement où la philosophie se met au lieu d'une théocratie. Mais d'où peut venir au philosophe le privilège de la science du Juste? Le plus haut principe de la connaissance et de l'être est tenu en dehors de la conscience et du monde humain. Entre le Bien et les Idées, d'une part, les dieux inférieurs et toutes les sortes d'àmes leurs créatures, de l'autre, il y a un espace vide où la spéculation n'établit point de lien. Le monde et l'homme ne descendent pas du souverain principe. Nous partons du chaos des anciens poètes, nous posons la donnée corrélative d'un dieu démiurge qui réunit pour ainsi dire en sa personne les dieux auteurs de l'ordre et de la justice , ceux de la mythologie hellénique, dégagés de tout -élément impur, mais soumis, sinon comme eux au Destin, au moins à un ordre divin supérieur auquel ce dieu ne tient que par les obscures attaches de la participation aux Idées.
Cedémîurgeestle constructeur d'un monde où le mal règne fatalement, non point parce qu'il fait emploi delà matière, comme on s'habi tua plus tard à le dire, par une confusion de la matière, essence passive, avec les qualités irascible et concupiscible de l'âme, mais à cause de la nature de ces âmes elles-mêmes. Alliées à l'âme intellective, elles la vouent, en celte association, à des vicissitudes sans fin, chaque vie étant dans la dépendance de celle qui l'a précédée, et les actions, au cours de chacune, déterminées par la constitution native de l'individu et par sa condition. Les âmes les plus mau-
vaises sont punies par des supplices atroces dans le lieu des rétributions, quoique le mal ne puisse jamais être volontaire (Mythe de Her l'Arménien dans la Béptiblique).
Ce monde positivement mauvais, que le philosophe déclare bon, n'est certainement pas «ne construction idéale, tentée en consullant les lois de la conscience, mais une imitation, et une généralisation des lois de la nature, empiriquement amendées par l'action d'une justice pénale. La psychologie fondée parSocrate, transportée, comme essai d'une science de l'homme, à un essai de science de l'univers, donnait ainsi pour premier résultat une doctrine qui pouvait, si elle eût été suivie, faire entrer la pensée hellénique dans les voies ouvertes, quelques siècles avant Platon, par les religions de l'Inde. L'esprit grec dominant était trop éloigné du mysticisme pour se laisser séduire à des croyances qui favorisent l'établissement d'un pouvoir sacerdotal et mènent à la perte de la liberté politique. Mais Platon était jeté par le dégoût du gouvernement populaire, ignorant et incapable, dans l'idéal de l'aristocratie théocratique, et croyait à la possibilité d'organiser a priori par la voie de l'éducation et de la sélection des esprits, si un philosophe en était le maître, une république stable et bien gouvernée. Le plan qu'il dressa de cette République ne répondait qu'à une fausse notion de la justice.
Platon, agrandissant par la doctrine des idées la doctrine des nombres, restait un libre disciple de Pythagore, que la direction, décidément prise par la civilisation grecque força, un siècle après la dissolution de l'Église pythagoricienne, de traduire en théorie socialiste laphilosophie dont l'initiateur avait essayé de faire sortir une société vivante. Ainsi s'expliquent la République àe Platon, le mythe qui termine ce dialogue, et