‹ La nouvelle monadologieChapitre 26 sur 177 · L'ESPACE, LE TEMPS, LE MOUVEMENT · texte numérisé non relu

L'ESPACE, LE TEMPS, LE MOUVEMENT

à la logique, ou ne lui appartient qu'après examen de la question de l'infini. L'argument qu'Aristote a donné le premier, et que Kant a cru encore assez bon pour prendre place dans ses antinomies, n'est donc au fond qu'une pétition de principe.

L'argument tiré de la raison suffisante, c'est-à-diie du lien de raison des phénomènes, a le môm* défaut que l'appel au procès à tinfini contrae impliqué par les lois de succession et de cause efficiente ; car la raison absolument première des choses exclut, par sa définition même, la supposition d'une raison antécédente. Anstote lui-même, a posé au sommet de sa Métaphysique la Pensée, sans croire qu'il fût besoin de la rattacher à rien d'antérieur. Longtemps après lui, Leibniz, en sa démonstration de l'exislence de VÉlre nécessaire, a été obligé de se contenter, pour toute raison suffisante d'un tel ^tre, de sa possibilité, c'est-à-dire de l'absence de contradiction dans le concept que nous nous en formons La thèse de l'absolu, ainsi considérée, mise en face de la question : pourquoi cet absolu, ou pourquoi ce nécessaire? pourquoi quelque chose? cette thèse est, quant à la démons trati vite, dans le môme cas logique que la thèse du premier commencement, dont s'offusque le déterminisme. On est de part et d'autre à la limite de la connaissance. On peut poser différemment le -terme limitant, mais il est contradictoire de lui chercher un antécédent ou une raison, puisque c'est vouloir la dépasser, alors qu'on la définit comme ne pouvant être

Par suite d'une confusion de termes qui parait être un héritage de l'Ecole, on attribue souvent à Arislote la négation àw procès à F infini des phénomènes, et c'est en ces termes qu'on fait remonter à sa doctrine celle des démonstrations classiques de l'existence de Dieu qui s'appuie sur l'impossibilité d'une telle rétrograda-

(iS PLATON ET ARISTOTE

tion sans fin dans la recherche d'une cause du monde. Mais, d'une antre part, il est reconnu partout, et il est très vrai, comme nous venons de l'exposer, qu'Àristote a admis et prétendu démontrer Véternilédu mouvement, laquelle a pour lui le sens précis et nettement expliqué de l'éternité antérieure (a parte ante) de la succession des effets et. des causes, et qui est la même chose que le procès à f infini (en arrière) des phénomènes. Il y aurait donc contradiction. Mais la contradiction n'est que dans les mots, mal appliqués. Âristotc admet la nécessité pour l'esprit de s'arrêter dans la recherche de la cause première ; première dans l'ordre de primauté morale et de commandement des phénomènes (Avayxr, TTr.vat) ; mais les phénomènes, suivant lui, n'ont point eu un premier commencement. Eternellement produits et successifs, ils ont éternellement obéi à leur cause éternelle. Aristote a donc admis, à parler en termes exacts, le procès à l'infini, et par conséquent l'infinité actuelle des phénomènes écoulés. En discutant les arguments de Zenon contre le mouvement (111), dont il nous a transmis des formules, il a, le premier, introduit dans la question de la possibilité du continu réel, c'est-à-dire de l'infinité réelle de l'étendue, sa célèbre distinction de l'acte et de la puissance ; et il a nié l'existence de ce continu en acte. Mais il n'a pas songé que sa propre théorie de l'éternité du mouvement impliquait la possibilité d'une semblable infinité actuelle de phénomènes successifs produits dans le passé écoulé, et toutefois sans un commencement qui pennît d'en considérer !e total à moins de se contredire.

La doctrine d'Aristote est donc une doctrine de l'infini, mais quant au monde, ou à la nature, seulement. Dieu, raison et fin suprême de tout être, est entièrement étranger à cette nature, qui est en rapport avec lui, quoi qu'il n'ait de son côté nul rapport à elle. 11

Page 1