LA QUESTION DU PROCÈS A L'INFINI C
n'est donc infini, ni en lui-môme, pour qui ce mot n'a aucun sens, ni par l'intermédiaire d'attributs qui le feraient se répandre dans l'infinité des phénomènes, ou même s'identifier avec eux, comme on l'entend dans les systèmes panthéistes. Il est le Fini absolu, inconditionné, éternel, non sans qualitication toutefois, comme nous le verrons, mais il n'en reçoit point qui présente le monde comme pouvant découler de son essence en aucune manière. Or, l'Ecole a plus ou moins reconnu et déploré en tout temps l'incompatibilité du véritable arîstotélisme avec les dogmes de la création et de la Providence, mais les théologiens n'ont pas remarqué que, grâce à cette négation, quelque regrettable qu'elle leur parût, Aristote avait été, plus que Platon lui-même, ou plus nettement, l'incomparable novateur qui s'éloigna profondément des doctrines d'évolution naturaliste. Ces doctrines, tous ses prédécesseurs, à l'exception des purs éléates, les avaient embrassées, et c'est à l'une d'elles que les stoïciens après lui devaient revenir. La théologie de l'Église, sans qu'on puisse dire qu'elle ait élaboré proprement un système d'évolution divine, a été et reste encore, au fond, un panthéisme théologique (XXIIl-XXIV) ; elle n'a jamais pu se donner une théorie de la nature. Dieu a toujours été pour elle Vagent réel unique, partout où se doit reconnaître une action réelle. Au contraire, en éliminant toute action efficiente divine, Aristote a donné à sa doctrine de la nature un caractère lexique et scientifique sans précédents, et qui, pendant plus de deux mille ans, est resté infiniment audessus de tout ce qu'on mettait sous son nom en invoquant son autorité. Sans doute, il faut, dans cette doctrine, passer condamnation sur tout ce qui regarde les éléments et les quaiilés, l'explication des actions physiques ; ce sont choses mortes depuis la fondation de la physique expérimentale ; mais les idées générales
sur la vie, l'âme et rintelligence dans leur rapport avec le système de la création ont conservé tout l'intérêt qui appartient à la méttiphysique ou à son histoire.