LE PIIYSIGISME ÉPICURIEN LA TENDANCE ÉPICURIENNE PESSIMISTE
Au fond, ce n'est point à des arguments tirés de principes de raison pure qu'ont dû leur origine les doctrines qui ont régné sur des sociétés, ou tout au moins appartenu à des sectes considérables, et ce n'est pas de là qu'elles ont tenu co qu'elles ont eu de force et de durée. La manière de comprendre le monde et sa cause dépend essentiellement de la manière de sentir la vie, ses joies, ses obligations et ses douleurs, et de résoudre la question de la conduite par rapport au bien et au mal. C'est ainsi que la cosmogonie et la physique furent chez les épicuriens et chez les stoïciens, des recours de l'esprit à des hypothèses déjà connues, afm de se donner des vues sur le monde qui fussent d'accord avec leurs sentiments sur le bonheur. Ces deux sectes, rattachées au principe socratique de l'investigation morale, s'éloignèrent des analyses trop savantes de l'idéalisme platonicien et de la physique d'Aristote, et voulurent néanmoins , contre l 'opinion de Socrate, définir, en dehors des communes croyances déistes, le
»« l'YRRHON, stoïciens, ÉPICURIENS, ACADÉMICIENS
rapport de l'homme à l'univers. Elles recoururent aux systèmes antésocratiques pour trouver une assiette à leurs théories de la vie. Chacune d'elles adopta, dans son retour au substantialisme matérialiste, l'espèce de sujet et de cause des phénomènes qui convenait à ses vues sur ta place de l'homme dans la nature.
Il existait, parmi les disciples immédiats de Socrate, deux tendances quant à la morale, non seulement opposées, mais violemment tranchées, dont onpeutjugerpar le constrasie de deux caractères humains, qu'on n'imaginerait pas autres, si l'on avait à dëhuir des types pour une classification de théorie : Aristippe, l'homme qui vise à accommoder systématiquement les circonstances, quelles qu'elles soient, à son avantage personnel, et ne cherche partout que le plaisir présent, vu l'ignoranco de l'avenir et l'incertitude du calcul des événements ; Antisthène, le créateur de la morale du devoir, enseignant le mépris des jouissances et l'empire sur soi pour se conformer à ce qui doit être, à ce qui sera. L'épieurisme et le stoïcisme naquirent de ces deux directions opposées de la volonté portées dans la philosophie. L'épieurisme joignait seulement à la recherche une science du plaisir, ce calcul qu'Aristippe avait jugé vain.
Le système épicurien de l'intérêt et du bonheur a élé, en effet, dès l'origine, ce qu'on l'a toujours connu depuis dans les écoles utilitaires : il a donné à l'hédonisme un caractère scientifique relatif, en étudiant la question du plaisir sous ses différents aspects, pour découvrir ce que la jouissance actuelle peut entraîner de peines à d'autres égards, et dans l'avenir; ou encore ce qu'une peine qu'on accepte peut promettre de satisfactions futures, et pour régler en conséquence les appétits et les désirs en toute occasion, de manière à augmenter le bien possible, à diminuer le mal pos-
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sible. C'est donc une théorie des moyens d'atteindre le bonheur; mais peut-elle le promettre?
L'application sérieuse, pleine de difficultés, de la méthode épicurienne bien entendue au règlement des passions, qui d'elles-mêmes sont toujours portées à des fins plus, simples, moins réfléchies, éloignerait incontestablement beaucoup de maux de l'individu et de la société, dans l'hypothèse (ordinairement sous-entenduej où l'agent serait animé d'un sentiment général de bienveillance, dans le jugement des rapports de son intérêt propre à l'intérêt du prochain ; mais elle aurait des suites plutôt négatives, à l'égard des maux à craindre, que positives pour les biens désirés, et ce sont là des résultats fort difTérents. Le calcul de la vie a pour matière plus de dangers k éviter que de plaisirs à goûter, parce que l'individu voit s'ouvrir pour lui de tous côtés, une voie plus facile au mal qu'au bien à rencontrer en suivant ses goûts. De là des préoccupations, une inquiétude toujours justifiée, et, pour le plus grand nombre des désirs, l'abstention au lieu de l'abandon, une vie qui serait décidément triste, si l'épicurien n'avait la ressource des passions désintéressées, sans aucune fin d'utilité positive et sans danger par ellesmêmes : l'amitié, les goûts esthétiques, quelques plaisirs tempérés d'espèce commune. Mais ce sont des satisfactions qui supposent une existence matérielle assurée, à l'abri des troubles extérieurs : cas exceptionnel, imparfaitement réalisable, sans garantie contre les maux non provoqués qui viennent de la nature et des hommes.
Dans son application au caractère humain le plus commun, la morale épicurienne se dislingue, contrairement à ce que semble supposer sa fin de plaisir, par des maximes de prudence et de tempérance, qui sont des empêchements de jouir, et ne reposent que sur la BEKOcviEn. — Problèmes racitaphys. 7