L'ATOMISME ÉPICURIEN, LE HASARD
les actes volontaires l'accident, pour ou contre la raison indifféremment, selon les rencontres atomiques, fortuiles par délïnition, tandis que le libre arbitre humain exige, en regard des possibles indéterminés, la délibération de la raison, qui exclut le hasard. Ce n'est donc pas le libre arbitre mais le délicment tout seul qui était l'idée maîtresse de la secte. On était logique en repoussant le devoir en morale ainsi que la nécessité en physique.
L'hypothèse de l'infmité des atomes et des mondes, et celle de l'élemité des phénomènes de composition et de décomposition des éléments indestructibles de la matière, achevaient de dépouiller de tout ordre rationnel le monde d'Epicure. C'était le délicment universel des phénomènes. Il pouvait toujours en survenir de nouveaux, sans autre motif que l'accident des rencontres, et il n'y avait pas de production en résultat qui ne dût paraître possible, et même à quelque moment certaine, pourvu que l'imagination lui concédât un laps de temps suffisant pour arriver, Lk où U raison introduit des conditions, elle pose en regard Vimpossible : les miracles, les métamorphoses subites, etc. ; mais, s'il est admis en principe qu'un être vivant peut résulter d'une combinaison d'éléments inertes, et qu'il n'y a pas de combinaison qui ne se puisse opérer dans la suite éternelle des mouvements sans loi des atomes infinis projetés dans l'espace, tout devient possible, et tous les possibles doivent se produire et se répéter à des intervalles immenses. La production d'un monde est une vérification donnée par le hasard à la chance posée par ce problème connu du calcul des probabilités : quelle est la probabilité de réussir à composer le poème de l'Iliade au moyen de l'extraclion successive des lettres de l'alphabet d'une urne qui contient une infinité de chacune de ces lettres? Lb. possibilité d'obtenir l'Iliade
loa PYRRHOH, stoïciens. ÉPICURIENS, ACADÉMICIENS
étant mathématiquement admissible, dans la supposition de tirages poursuivis pendant un temps indéfini, puisque la probabilité n!est pas nulle, la réalité de la production du monde doit être accordée à la nature, à qui ne manquent ni le temps ni les moyens d'y atteindre, quand on admet l'infini à la rigueur, les propriétés des atomes et la vertu des combinaisons fortuites.
Il était aisé de comprendre, dans Thypothèse, que les dieux stables et bienheureux admis par la doctrine épicurienne fussent des produits, en des circonstances exceptionnellement favorables à leur solidité et à leur durée, de ce tirage continuel de la loterie des atomes, portés éternellement en tous sens les uns contre les autres. La difficulté n'était pas d'un ordre supérieur à celle de la production des animaux terrestres, et de la chance, dont quelques-uns jouissent en fait, de conserver l'existence pendant de longues années en un lieu où régnent bien plus de causes de troubles pour les composés une fols obtenus, qu'il n'y en a sans doute dans les intermondes. Les êtres pércnnes, ou dieux, en leur détachement personnel de toute affaire, leur extranéité, leur indifférence à l'égard des hommes, représentaient à merveille l'idéal d'atamxie modérée de l'épicurien qui voulait, sans devoir, sans lien et sans crainte, savourer la paix et la joie de sa nature mentale, au moins pendant que le sort lui épargnait la douleur physique :
Nonne videre est Nil aliud sibi naturam latrare nisi ut, cum Corpore sejunctus dolor absit, mente fruatur, Jucundo sensu, cura semota metttque !
LE SENTIMENT STOIQEN