‹ La nouvelle monadologieChapitre 37 sur 177 · L'ATOMISME ÉPICURIEN · texte numérisé non relu

L'ATOMISME ÉPICURIEN

l'indépendance morale de l'homme à l'égard de l'univers, il fallait un système du monde qui fit de la per-' sonne humaine un simple accident. Epicure fut certainement frappé de la facilité qu'entre toutes les doctrines physiques de l'époque antésocratique, celle de Démocrite offrait pour son plan, en expliquant la constitution du corps par un assemblage d'éléments bruts qui viennent h se rencontrer. Il fallait seulement conjurer le spectre de Vanankè, et donner à la (uchè l'empire entier des atomes, pour leur propre affranchissement, Démocrite avait enchaîné les phénomènes en attribuant leur production à la pesanteur et aux impulsions atomiques, forces nécessaires {IV). Epicure, indifférent aux lois mécaniques, se figura la pesanteur comme un mouvement éternel des atomes portés de l'infini à l'infini dans le vide, en un même sens. C'était là, mathématiquement, ce mouvement étant commun à toutes les particules des corps, et uniforme, établir sans y songer la même chose que la parfaite stabilité- Mais, en ajoutant que chaque atome, à tout instant, était susceptible d'une déviation légère, sans règle ni raison, de leur direction générale, — c'est le clinamen atomique, — Epicure leur ouvrait à tous les chances de s'accrocher à la faveur de leurs différentes figures, et de former, par leur union, des corps plus ou moins stables, produits ou détruits au hasard des rencontres. Il devenait inutile de chercher l'explication des phénomènes par les lois du mouvement, tout comme par les qualités des éléments; il n'y avait qu'à prendre les choses pour ce qu'elles paraissent, à constater leur production les unes par les autres, et, à jugei' de la nature des combinaisons soustraites à l'observation : l'ftme et l'esprit, par des analogies.

Cet atomisme absolument empirique, éloigné du caractère rationnel de son origine, restafidèle au transformisme mécanique des images émanées des corps et

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100 PYRRHOPJ. stoïciens, ÉPICURIENS, ACADÉMICIENS

portées en de certaines autres combinaisons atomiques, dans les organes. Là s'engendre la double propriété du percevoir et de i'^ire perçu, suivant la vaine imagination familière à la grande classe des esprits que le puissant réalisme matérialiste trouve plus accessibles que ne fait la théorie idéaliste de la projection intuitive dts représentations mentales. Et pourtant, de ces deux choses : l'existence de l'atome, et sa représentation objective, ou idée, il n'y en a qu'une, c'est cette dernière, qui soit indéniable; la supposition de la première en dépend, sans réciprocité.

L'aberration logique qui consiste à renverser l'ordre suivant lequel s'impliquent les phénomènes est commune aux différentes formes du matérialisme, c'est-àdire aux différentes définitions de la matière en tant que sujet indépendant de l'esprit; mais c'est dans la forme mécanique dont l'épicurisme a fourni le patron qu'elle s'est le mieux accusée. La subordination de la conscience et, par suite, de la notion de pei'sonne à l'idée générale du monde considéré comme chose, est donc la plus complète possible, dans la physique épicurienne. L'atomisme peut, il est vrai, subsister sans avoir cette conséquence, mais seulement dans une physique où s'opère une sorte de retournement de la méthode, c'est-à-dire dans laquelle la science de l'univers matériel ait pour objet la construction théorique des rapports généraux de figure et de mouvement inhérents à la représentation du monde dans l'espace, abstraction faite des autres rapports constitutifs de l'ordre universel, La prééminence est alors rendue à l'esprit constructeur.

Épicure, en introduisant le clinamen des atomes dans le système mécanique de Démocritc, ruinait l'intérêt scientifique de la théorie. Il croyait par là donner la liberté à. l'homme, mais ne faisait qu'introduire dans

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