‹ La nouvelle monadologieChapitre 91 sur 177 · TRANSITION DU DOGMATISME A LA CRITIQUE S · texte numérisé non relu

TRANSITION DU DOGMATISME A LA CRITIQUE S

aux thèses fraditionnelles, et subit l'empire des contradictions qu'elles impliquaient. Ces contradictions rcssortirent à mesure que diminua le respect porlé à la tradition qui les défendait. Le principe théiste, anthropomorphique, de la doctrine fut alors le plus atteint, soit parce qu'il paraissait moins proprement philosophique, soit surtout parce qu'il était plus lié aux intérêts de l'Église, que la libre-pensée commençait à menacer. Le principe panthéiste souffrit du même discrédit, mais seulement dans ses ancionnes formes ; il en prit de nouvelles, qui se trouvèrent être bientôt plus qu'indépendantes de tout esprit religieux. L'idée de l'infini, ridée de l'universelle nécessité ne changèrent qu'en leurs applications. Elles se conservèrent en se laïcisant, même alors que les philosophes prétendaient se borner à des analyses et éviter les grandes généralisations. Les idées générales qui avaient produit depuis deux mille ans et imposé au christianisme le panthéisme théologique régnaient toujours «t tendaient à le remplacer par un panthéisme naturaliste. Ces deux derniers mots ont leur alliance fondée sui' un sens vague de natitra natiirans, pour lequel on peut employer le nom de Dieu dans un sens analogue à celui de l'Et/iirjue, mais qui se réduit le plus souvent au sens d'un matérialisme sans élévation et sans philosophie.

Locke entreprit une œuvre semblable en un point h celle de Descartes, comme s'il eût voulu la reprendre en espérant y mieux réussir que lui; car le titre de son livre : Essai sw l'entendement ^humain, signifie ce que signifiait cinquante ans auparavant le titre du Discours de la méthode pour bien conduire sa raison : une étude, xm examen des fondements de la connaissance, une critique de la raison. Mais Locke ne comprît pas que son examen manquait d'un principe assez compréhensif et assez profond, de cela seul qu'il prenait dans ceux des

phénomf'nes de la pens^^e qu'on appelle des sensations ]e point de diïpart de la connaissance philosophique, et non dans le fait de la pensée, en général. Les analyses et les raisonnements auxquels- il se livra à la suite de cette erreur capitale sont dénués de précision scientifique et de rigueur. Il n'en fut pas moins linitiateur d'une sorte de méthode critique en philosophie, parce qu'an Heu de s'arnHer à un principe capable de porter de grandes conséquences, et de procéder ensuite syn- Ihéliquement à la composition d'une doctrine, il laissa les questions séparément ouvertes à l'examen, ou n'en proposa que des solutions sans lien entre elles et qui ne pouvaient recevoir de démonstrations sérieuses.

La source de celles de nos idées qui s'élèvent audessus de l'expérience ne peut être que dans les relations constitutives de l'entendement, la première desquelles, dont toutes les autres dépondent, est la relation constitutive de la conscience elle-même : le rapport mental du sujet à l'objet. Les philosophes qui ont pris y « origine des idées » dans la sensation externe se seraient montrés conséquents s'ils avaient regardé ce rapport lui-même, c'est-à-dire le dedans, comme une sensation aussi, et donnée par le dehors; l'absurdité n'aurait pas été pins grande que d'assimiler à des représentations sensibles les rapports fondamentaux de succession, de causation, de quantité, de qualité; car la perception de ces rapports est une fonction de l'entendement impossible à suppléer par l'existence toute seule des objets externes à percevoir, de quelque nature qu'on les suppose, Locke, en ajoutant la réflexion à la sensation pour l'œuvre de l'élaboration des idées, ne s'aperçut pas qu'il restituait la source mentale, et par conséquent l'innéité, des jugements synthétiques. La rétlexion n'est qu'un des noms de l'entendement dont les opérations consistent à appliquer sciemment aux

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