II PRÉFACE
français, elle peut également être lue dix-huit cents ou mille huit cents. De même toute autre combinaison de chiffres : elle est toujours sans lien avec le mot ou avec la langue ; d'où résulte cette conséquence, que la numération par chiffres est sans lien avec Torthographe. Tout cela vient de ce que le chiffre n'est pas un signe phonétique.
Il en est autrement de la lettre. Les cinq caractères d, 0, u, z, e, sont des signes phonétiques. Combinée ensemble, ils expriment non pas une idée, comme le groupe 12, mais le mot français qui la désigne; ils ne pourraient subsister dans un texte non écrit en langue française. Il faudrait remplacer ces lettres par d'autres, si le contexte était anglais ou allemand ; il faudrait même prendre les lettres dans un autre alphabet, si le contexte était grec ou russe. Les lettres, à la différence des chiffres, constituent une écriture liée à la langue. Elles peignent aux yeux la langue, non la pensée.
Toute langue, au cours des siècles, se modifie sans cesse. Avec la langue se modifient les combinaisons de lettres. Le français, qui est une des transformations modernes du latin, en est venu à dire père et non plus pater. Nous n'employons donc plus pour ce mot les cinq lettres p, a, t, e, r, mais les quatre lettres p, é, r, e. L'idée n'a pas varié depuis l'époque latine, mais le mot a varié ; avec le mot a varié le choix des lettres. Le changement de prononciation a eu pour conséquence un changement d'orthographe. L'orthographe, c'est-à-dire l'emploi correct des lettres, accuse dans cet exemple son caractère nettement phonétique.
Prise dans son ensemble, toute notre orthographe