‹ La Nouvelle OrthographeChapitre 2 sur 44 · PRÉFACE III · texte numérisé non relu

PRÉFACE III

est phonétique en principe, bien plus purement phonétique que ne Tadmet le vulgaire. Elle exprime des mots comme os, blé, pari, curé, mastic, revenu, cala-mité, iilégalité, en notant un à un tous les sons qui les composent, juste avec une lettre pour chaque son. Elle analyse les sons de même, un à un, quand elle prescrit d'écrire cheval, ignoré, ouragan; seulement elle emploie ici des signes complexes ch, gn, ou, an^ qui, par convention spéciale, sont aflectés à rendre des sons simples.

Elle est phonétique dans ses irrégularités même. Il est irrégulier, au point de vue strict de la phonétique, d'écrire par un g le son j de rouge, sage, nageoire. Mais c'est bel et bien une convention phonétique que d'attribuer le son j» à tout g suivi d'un e.

Quand deux ou plusieurs mots ont des sons communs et aussi d'autres sons par lesquels ils diffèrent, notre orthographe fait varier les lettres là précisément où les sons varient : ainsi grosse et grasse ; ainsi sage, singe, songe, siège; ainsi peine, reine, veine, pleine; ainsi venir, venu, venons; tant bien que mal, — fort mal, à vrai dire, — c'est une variation de sons qu'elle exprime, par une variation de lettres, le cheval et les chevaux, ou même dans Vœil et les yeux. Et quand deux mots distincts se prononcent de même, notre orthographe les écrit ordinairement de même : ainsi une mine d'or, une mine déconfite; louer une belle action, louer un appartement.

Notre orthographe n'a d'ailleurs rien d'idéographique, sauf peut-être quelques distinctions artificielles et fort récentes, comme celle de vous aimez, par un z, et vous êtes aimés, par une s, ou bien comme celle du fabricant qui s'est enrichi en fabriquant. Elle n'a

IV PHKKACE

riou de pictural, de pillorosque, de figuratif, — je cherche un mot pour exprimer une idée imaginaire, — si ce n'est pour des loustics qui se piquent de seconde vue, et qui prétendent apercevoir des « ocelles » •dans Vo parasite de paon, comme leurs ancêtres injtellectuels découvraient un long bâton dans Vh de hermiie, après défalcation, sans doute, du second jambage.... Enfin notre orthographe n'a rien d'étymologique, ou du moins rien qui vaille. Si elle était réellement étymologique, on mettrait une h à hon comme à homme : hon croit, quoi qu' hon die, le qu'en •dira-t-Aon. On en mettrait à horge, et on n'en mettrait pas à ui/re. On écrirait par un 7 la neije, goj^t ci-jit, 'et par un g la couleur geaune, la gealte et la geoie. Voilà qui serait « étymologique », et digne de ce qu'a produit ailleurs l'étymologisme.

A l'aberration étymologique, à l'aberration du pittoresque, à l'aberration idéographique, notre orthographe ne doit que des complications inutiles, incohérentes, différentes par l'esprit et par la date, et dont bien peu ont acquis la patine du temps. Un seul principe orthographique est sérieux ; un seul a été appliqué avec suite dans tout l'organisme de la langue »et pendant les mille ans de son existence : ce principe •est le principe phonétique.

Ëtant phonétique par essence, notre orthographe devait se développer dans le sens du phonétisme idéal. C'est ce qui a eu lieu effectivement. Le phonétisme a chassé le g muet et 1'* muette de cognoistre, •et plus tard, dans ce même mot, il a substitué au groupe oi le groupe moins inexact ai. Le phonétisme a remplacé phantosme par fantôme, veu par vu, et, —

Page 1