Okbéli. Loc. cit
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conditionaels se forment très facilement au moyen d'oscillations de l'intensité lumineuse. On peut changer l'éclairement général, faire apparaître des figures éclairées sur un fond sombre, ou des figures sombres sur un fond clair. Des excitations faibles peuvent entraîner un effet si notable que des excitations plus fortes ne Texaltent plus ; toutefois, il n'en est plus de même au moment de l'extinction. Il y a lieu de tenir compte de l'étendue des surfaces éclairées. A une excitation interrompue correspond un effet plus notable qu'à une excitation continue. D'une façon générale, les diverses lois de l'excitation lumineuse trouvées sur les organismes inférieurs s'appliquent ici, alors qu'il s'agit de manifestations de l'écorce cérébrale.
2° Mouvements, — Au sujet de l'influence du mouvement des objets, voici une expérience de Toropov. On place sur un disque rotateur, en les croisant, deux plumes noires doiseau; au moment où l'on déclanche le mouvement d'horlogerie, on administre l'acide au chien, le faisant ainsi saliver. Au bout d'un certain temps, la vue du disque tournant suffit pour provoquer la salivation. Le réflexe serait même plus facile à créer que dans le cas des variations d'éclairement.
3" Formes. — En ce qui concerne l'intervention de la forme des objets, je rapporterai les expériences d'Orbéli faites avec les deux chiens : Banzaï et Saturne.
Chez Banzaï, on avait formé un réflexe à l'apparition de la lettre Tsur le fond éclairé de lécran; la lettre entrait en scène en se mouvant. Les expériences
ont consisté à modifier la forme de la figure noire s'avançaut sur l'écran; on a essayé de substituer à la lettre noire T uu carré noir, un cercle noir, uu cadre carré noir, un anneau noir, etc. La durée des expériences ayant été de plusieurs mois, il a été possible de distinguer plusieurs phases successives : 1° au début (26 août 1906), il n'y avait aucune différence d'action entre la figure habituelle (T) et la figure insolite; 2" plus tard (décembre 1906-janvier 1907), la figure insolite produisait déjà un effet sécrétoire notablement moins prononcé que la figure habituelle ; la marche normale du phénomène était cependant la même, c'est-à-dire que la sécrétion totale était égale à deux fois et demie la sécrétion de la première demiminute; 3" enfin, eu février 1907, la figure insolite non seulement n'a plus eu d'effet sécrétoire, mais encore a exercé une action inhibitrice sur la sécrétion.
Ces faits sont du plus haut intérêt, car ils nous montrent que les impressions cérébrales des formes et des objets mettent longtemps à entrer dans les combinaisons associatives. Lorsqu'on commence à éduquer un chien, l'influence de la forme des objets est tout d'abord au dernier plan, mais elle augmente ensuite graduellement, et elle finit par acquérir une force considérable.
Mais, chez certains chiens (Saturne, par exemple), et dans certaines conditions (apparition d'un objet éclairé — croix — sur un fond sombre), on n'est pas arrivé à ce que la forme acquière une valeur sialogène; sans doute, il aurait fallu prolonger l'expérience davantage.
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4° Couleurs. — Avec les couleurs, on a obtenu toujours des résultats négatifs. Cela ne veut pas dire, bien entendu, que les chiens sont incapables de distinguer les couleurs. Il faut rappeler^ à cette occasion qu'en 1907 Samoïlov et Féofilaktova ont reconnu qu'on peut apprendre à ces animaux à reconnaître les couleurs, et que Nagel et Hijuatedt sont arrivés à des conclusions analogiies": ils auraient réussi à dresser l'animal de manière qu'il retirât d'un tas de billes diversement colorées une bille rouge, bleue ou verte, suivant la couleur désiofuée.
En général, on ne comprend pas l'importance qui s'attache à la méthode de Pavlov, ou ne saisit pas le bat essentiel de cette méthode. On croit qu'elle a été imaginée dans le but de démontrer l'existence, chez le chien par exemple, des diverses sensations de l'homme : sensations des diverses formes, des couleurs ., sensations musicales... D'où des protestations variées. Les uns s'indignent à la pensée que l'on puisse mettre en doute que les compagnons si chers de leur vie voient les formes et les couleurs, reconnaissent les personnes, entendent des sons, — s'étonnent qu'on ait recours à des dispositifs expérimentaux compliqués pour démontrer ce que tout le monde sait pertinemment. Les autres fout remarquer que les expériences des Russes ue prouveqj; rien en ce qui
1. A. DnzEwiN.\. Le Sens des couleurs chez les animaux, Revue scientifique, 1909.
concerne les sensations des animaux : un son, en effet, peut provoquer une réaction motrice, sans être perçu musicalement.
« Entre le fait d'entendre un son de l'échelle musicale et le fait de réagir par un réflexe quelconque sous l'influence de ce son, il y a loin, dit AP^Jciëll, dont je rapporte plus loin les travaux faits en collaboration avec F.ér£ sur l'influence dynamogène des sons musicaux... Les expériences que j'ai faites avec le docteur Féré sont concluantes à ce sujet. Le docteur Féré était atteint de surdité musicale absolue. Au régiment, il était incapable d'apprendre à discerner les différentes sonneries du clairon qu'il entendait journellement. Dans nos expériences, l'énergie de ses mouvements volontaires a subi toutes les influences, émanant des combinaisons de sons différentes, avec une précision qui aurait pu faire supposer que, non seulement il entend les sons, mais qu'il est un profond musicien. Néanmoins, tout en réagissant ainsi, il restait musicalement sourd. » Ceci ne fait que confirmer ce que j'ai répété souvent, en particulier dans mou livre : la Naissance de l'intelligence, à savoir : qu'il n'est pas P5s4^l"f''\ sible de donner une preuve expérimentale irrécusable du fait que les animaux ont conscience des impressions et associations d'impressions produites en leur cerveau par les divers excitants du milieu extérieur. Ce qui est subjectif chez l'animal, la conscience, les sensations au sens psychologique du mot, sont en dehors du domaine des investigations scientifiques, l'expérience ne saurait à leur égard nous fournir aucun renseignement probant.
Un physiologiste de la valeur de Pavlov, dont les travaux valent tant par la rigueur scientifique, n'aurait pas laissé ses élèves s'engager dans une voie chimérique. Ce qui a intéressé les savants de Saint- Pétersbourg, ce n'est pas de savoir si les chiens entendent et voient comme nous, mais de trouver, par une méthode objective et précise appliquée à l'animal normal, les lois des associations cérébrales, de suivre la genèse de celles-ci, de déterminer la valeur associative des divers facteurs qui y interviennent, à savoir: les « sensations » entendues au sens physiologique du mot.
On connaissait déjà les caractères du « réflexe salivaire conditionnel » : spécificité, instabilité due à r « extinction », la « reviviscence », 1' « inhibition » ; il était intéressant de considérer sa genèse. Celle-ci exige le concours d'un certain nombre d'excitants sensoriels : l'excitation chimique de la muqueuse buccale doit s'accompagner de l'excitation d'autres organes des sens, de l'œil, par exemple, qui peut être excité par des variations d'éclairement, des mouvements, des formes, des couleurs. Les divers excitants provoquent des modifications chimiques dans l'écorce du cerveau, et, au cours de l'apprentissage, celles-ci y donnent lieu à des associations de plus en plus solides et complexes. Les éléments de ces associations n'ont pas tous une égale valeur ; il y en a qui y entrent plus difficilement que d'autres ; telles les impressions cérébrales des formes, et surtout celles des couleurs ; il y eu a qui s'éteignent spontanément ou peuvent être inhibées plus facilement que d'autres.
A cet égard les expériences récentes de Toropov '■ sont curieuses. Cet auteur a éliminé chez des chiens des portions de plus en plus étendues du cerveau dans la région occipitale. On savait que cette région a un rôle important dans la vision. Or, Toropov a constaté que les réactions déterminées par la forme des objets disparaissent les premières ; pour des lésions de plus grande étendue, les réactions vis-à-vis des objets en mouvement disparaissent à leur tour; ce n'est que lorsque l'étendue de la lésion est très grande que les réactions vis-à-vis des variations del'éclairement sont supprimées. Il est intéressant de voir que les diverses sortes de réactions dues à la lumière disparaissent, sous l'influence de lésions cérébrales de plus en plus étendues, dans l'ordre même où elles se sont formées chez l'individu donné et aussi dans 1' « échelle » animale.
La méthode de Pavlov nous permet d'assister à la formation progressive des associations sensorielles qui ont pour siège l'écorce cérébrale : nous y voyons entrer successivement de nouveaux éléments, dans un ordre donné ; nous assistons dans telle ou telle circonstance à l'extinction de tel ou tel élément. La méthode de Pavlov est infiniment précieuse pour le psychologue, car elle lui permet de trouver d'une façon sûre les lois de la mémoire associative chez les animaux supérieurs. Il est regrettable que ceux qui s'occupent de la question de la mémoire n'y attachent pas l'importance qu'elle mérite.
1. Toropov. Réflexes conditionnels oculaires quand on élimine les parties postérieures des liéniisphères cérébraux chez les chiens. Thèse de Sainl-Pétersboui'j, ■1909.
Les faits suivants découverts tout récemment par Zéliony^ sont intéressants précisément parce qu'ils montrent à que-l point il est nécessaire de tenir compte du mode de genèse des associations sensorielles pour comprendre leurs manifestations.
C'est un nouveau mode de genèse que nous indique Zéliouy : il se sert d'un réflexe conditionnel pour en créer un autre. Ses expériences ont porté sur deux chiens qui avaient déjà reçu une certaine « éducation musicale )> : Gladenkaia et Tchorny. On avait appris à ces chiens à saliver, l'un aux battements d'un métronome présentant le rythme de 120 vibrations par mi. nute, l'autre au son la, d'un diapason à vent, et cela à la manière habituelle, en associant l'excitant acoustique à l'excitation chimique directe de la muqueuse buccale. Zéliony a cherché à apprendre à l'animal à saliver vis-à-vis d'un autre son, et cela en associant pendant un certain temps celui-ci au premier .'>-;i....J''j^O''7"
Les expériences sur Gladenkaia ont commencé en juin 1907. Au début, les deux excitants acoustiques, l'ancien (métronome 120) et le nouveau las, agissant isolément, donnaient des résultats bien différents : il suffisait que le métronome batte pendant une minute pour qu'il se produise une salivation abondante (25 à 30 gouttes) ; avec le Ids, au contraire, on n'obtenait rien.
1. Zélioxy. Espèce particulière des réflexes conditionnels, Archives des sciences biologiques, 1909.
Après ces essais préliminaires, la technique des expériences fut la suivante :
2 fois de suite :1m. de métronome ; 30 s. repos ; application 5 à 10 ce. HC10,25 0/0.
10 à 30 m. de repos.
1 ou 2 fois de suite : 30 s. de la 3; 15 s. repos; 1 m. de métronome.
On a répété en tout 55 fois la combinaison des deux excitants acoustiques : la-, et métronome 120.
Au bout d'un certain nombre de fois, on a obtenu, cinq secondes après la cessation du las, quelques gouttes de salive (1 à 6).
1 goutte (6^ fois).
4 — {i-l" fois).
Avec le chieu Tchorny, on a opéré d'une façon inverse ; il y a eu 13 épreuves en tout. Dès la troisième combinaison, le bruit du métronome fut suivi de l'écoulement de 5 gouttes de salive. A partir de ce moment, chaque épreuve où le métronome se faisait entendre donnait lieu à Técoulement de 1 à 9 gouttes de salive.
Mais voici le fait sur lequel je désirais attirer l'attention : lorsqu'un réflexe conditionnel est créé au moyen d'un autre réflexe conditionnel, l'extinction en est beaucoup plus rapide.
Voici les résultats d'une expérience faite avec Tchorny :
16 août 1908 :
10 h. 53 métronome donne 9 g. au bout de H s. 4 m. après — 2 g. — 28 s.
8 m. après — 3 g. — 15 s.
2 m. après — 0 g.
On remarquera que l'extinction est retardée quand on augmente l'intervalle de deux épreuves successives ; c'est un fait général.
On le voit, dans tous les cas, les associations de sensations qui se forment dans l'écorce du cerveau paraissent régies par des lois, qui se précisent à mesure que les investigations sont poussées plus loin. La découverte de ces lois montre toute l'excellence de la méthode imaginée par l'illustre physiologiste russe.
Les recherches de l'école russe, envisagées comme je l'ai fait, conduisent plutôt à rejeter les explications finalistes. Les conclusions d'Orbéli sont, comme nous l'avons vu, nettement en faveur des explications mécanistes; il est possible maintenant, dans bien des cas, de prévoir à l'avance les phénomènes qui se passent dans l'écorce cérébrale, phénomènes qui semblaient jusqu'alors si capricieux.
Récemment le professeur Dumas, de Paris, avec l'aide de Malloizel, a entrepris des expériences dans le genre de celles des Russes, et a été conduit à critiquer vivement les tendances finalistes de ces auteurs. D'après l'exposé qui précède, on pourra être surpris. Mais cette surprise se dissipera si on lit une étude de Pavliov, parue dans les Ergebnisse der Physiologie, intitulée : Psijcliische Erregung der Speicheldrusen (Excitation psychique des glandes salivaires), et que Dumas vieiit dé faire traduire pour le Journal de Psychologie (avril 1910). Or, dans cet article, d'une haute valeur
BOHN. il
philosophique, Pavlov se montre finaliste, et, à mon avis, donne une idée très imparfaite, voire même inexacte, du travail de ses élèves. Je crois donc qu'il est important que les Français voient d autres aspects de la question.
Pavlov se félicite, avec raison, d'être passé, « sans même s'en apercevoir, mais d'une façon toute naturelle, et sans changer de méthode », du domaine des observations strictement physiologiques dans le domaine des phénomènes considérés en général comme psychologiques. Il se serait trouvé en présence de « phénomènes précis, exactement observés, qui présentent un caractère de conscience et d'adaptation à leur but, de /iria/<Y(i bien apparente». Pavlov s'explique d'ailleurs au sujet de l'emploi de ces termes. « Les mots employés pour exprimer ce concept : conformité au but et adaptation, malgré l'analyse des sciences naturelles de Darwin, conserve aux yeux de beaucoup quelque chose de subjectif en soi ; ce qui occasionne des erreurs d'interprétation de l'un et l'autre côté. Les partisans de la conception strictement mécanique des processus vitaux croient reconnaître dans ces expressions une tendance à s'éloigner du terrain de l'objeetivisme pour entrer dans le domaine de la téléologie ; mais d'autre part les philosophes biologistes voient dans tous les faits qui témoignent d'adaptation et de conformité au but une preuve en soi de l'existence d'une force vitale spéciale ou, comme on dit maintenant, spirituelle (le vitalisme dégénère de plus en plus en animisme) qui s'assigne des buts, pense à des moyens capables d'atteindre ces buts, s'adapte, etc. »
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Plus loin, il ajoute : « Le fond de la question est de savoir si ce chaos de rapports réciproques et enchevêtrés peut être ramené dans certaines limites, s'il est possible d'établir des constantes, de connaître le mécanisme de ces phénomènes, d'établir des lois ? Les quelques exemples qui suivent me permettent de répondre nettement par l'affirmative à toutes ces questions et de supposer qu'à la base de toutes ces expériences psychologiques il y a un réflexe spécifique dont le mécanisme est extrêmement répandu. »
On le voit, le « fiualisme » de Pavlov nest pas fait pour alarmer; j'aime mieux toutefois l'attitude de J. Loeb, qui écarte le point de vue : adaptation, finalité, et cela après avoir reconnu que, dans bien des cas, l'adaptation est illusoire.
Voyons maintenant les expérience de Dumas qui ont conduit cet auteur à critiquer les tendances finalistes de Darwin et de Pavlov. Les premiers résultats ont été communiqués à la Société de Psychologie ^ Il s'agit de « l'expression polyglandulaire des émotions ». Pour cet auteur lémotion génitale par exemple s'accompagnerait d'une excitation énergétique de tout le système nerveux, qui se traduirait en particulier par une sécrétion abondante des diverses glandes de l'organisme (sous-maxillaires, stomacales, rénales).
Que l'excitation génitale se fasse par l'intermédiaire de tel ou de tel autre organe des sens, les effets glandu-