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Hachet-Soi'plet. Examen psychologique des animaux, Paris

Et il est aisé d'établir qu'ils se produisent, au bout d'un certain temps, en dehors de la volonté de l'animal. Us finissent par devenir de véritables manies dont la mise en jeu est liée à certaines influences extérieures, telles qu'un ordre verbal, un geste du dresseur, etc. Nous citons cette preuve du retour à l'inconscience des mouvements acquis parce qu'elle est très décisive et des plus importantes, mais le dressage rationnel fournit la clé d'autres expériences très nombreuses sur la volonté, sur l'hérédité morale, etc. ; en un mot, il ouvre une voie toute nouvelle aux chercheurs dans le domaine de la psychologie générale. »

Les expériences de dressage ont conduit H^het- Souplet à établir une échelle psychique des animaux, où l'araignée et l'abeille se trouvent placées entre le cheval et le chat. Il y aurait intelligence dès qu'il y a possibilité de « persuasion ». Voici comment l'auteur définit le procédé de la fersuasion :

« D'abord nous devons admettre que le monde extérieur, au moins quant aux rapports existant entre ses parties différentes, est le même pour l'homme que pour la bête intelligente. Donc l'animal raisonnable doit concevoir la cause et l'effet comme l'homme les conçoit, et si ce dernier, par une mimique expressive, cherche à montrer à la bête la relation d'une cause avec un effet, il facilite chez elle le raisonnement et, en fin de compte, s'il atteint son but, la preuve est faite de l'intelligence chez le sujet étudié. » (I)

« Une telle expérience est assez compliquée ; on ne peut guère en donner qu'une idée grossière. Sa complication est naturellement d'autant plus grande que

l'activité psychique des vertébrés 191

le but est plus éloigné du cercle d'habitudes de la bête. La mimique de l'expérimentateur conduit, explique et sollicite ; la voix (non pas tant par l'articulation des mots, mais surtout par l'intonation, tout particulièrement compréhensible pour la bête, à cause de son analogie avec les bruits de la nature, dont elle est, du reste, une copie perfectionnée), la voix encourage, flatte, récompense. »

On voit d'après cela l'imprécision des méthodes employées, et on ne sera plus étonné de l'étrangeté des résultats trouvés par l'auteur, et du peu de fécondité des méthodes de dressage. Depuis dix ans, malgré les paroles enthousiastes de Ilachet-Souplet, le dressage proprement dit n'a donné lieu à aucun travail scientifique, alors que les imitateurs de Thorndike, en Amérique, et surtout les élèves de Pavlov, en Russie, ont apporté de nombreux faits qui jettent une vive lumière sur la psychologie des vertébrés supérieurs.

Ceux qui ne pratiquent pas l'analyse expérimentale des actes des animaux tombent rapidement dans le domaine des récits fantaisistes. Il me suffira de citer ici le cas du fameux cheval de Berlin, le klage flans, et celui du chien Roger ^. Le cheval dressé par von Ostgn répondait par des mouvements de tète aux questions qu'on lui posait; il était capable de résoudre des problèmes d'arithmétique compliqués: il frappait de son sabot autant de fois que le nombre comportait

1. 0. Pfungst. Daa Pferd des Herrn vov Osten, Leipzig, 1907. R.-M. Yeukes. Ttie behavior of Roger, Centur y Magazine, 1908.

d'unités. En l'absence de son propriétaire, le cheval ne travaillait pas moins bien. Ces faits ont paru tellement extraordinaires que pour les expliquer on a songé à la télépathie. Pfungst, du laboratoire de psychologie de Berlin, qui a étudié avec soin l'animal, s'est rendu compte que le cheval observe attentivement l'expérimentateur et que ce sont les mouvements imperceptibles et du reste involontaires de la tête et du corps de celui ci qui le renseignent sur la réponse exacte à faire. Yerkes est arrivé aux mêmes résultats en ce qui concerne le chien savant Roger.

La faculté d'attention d'un cheval, d'un chien, pourrait être très développée. Dans les expériences de dressage, il faudrait déterminer les diverses facultés qui sont en jeu, et leurs parts respectives. Mais pour cela, il faudrait se servir des méthodes analytiques, et c'est à celles-ci qu'est l'avenir.

Comme on a pu le voir, d'après les notes bibliographiques placées en bas des pages, je n'ai guère tenu compte dans ce livre que des travaux publiés dans ces dernières années. Ces travaux, en effet, conçus presque tous dans un esprit nouveau, ont complètement renouvelé la psychologie animale. Toutefois, celle-ci est encore loin d'être une science faite: elle cherche ses méthodes, ses principes, et dans bien des cas encore l'analyse expérimentale a échoué.

Il y a eu en revanche des succès très encourageants, et d'une façon générale les tendances paraissent excellentes ; j'ai essayé de mettre celles-ci en évidence.

Tout d'abord, ce qui caractérise la nouvelle psychologie animale, c'est l'abandon des discussions purement verbales.

On laisse complètement de côté la question de la «conscience» chez les animaux; celle-ci serait eu dehors du domaine des investigations scientifiques ; à ce sujet, presque tous les auteurs sont d'accord à

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LA NOUVELLE PSyCHOLOGlE ANIMALE

l'heure qu'il est: finalistes aussi bien que mécanistes.

On ne parle plus de « volonté », d' « imitation », chez les animaux inférieurs ; ces mots ne peuvent procurer aucun avantage, et ne font qu'entretenir de vieilles confusions.

L'attitude de la nouvelle psychologie à l'égard de l'instinct^st tout à fait caractéristique. Sous la dénomination d'« instinct » on a compris des activités bien différentes les unes des autres : tropismes, sensibilité différentielle, rythmes vitaux, phénomènes associatifs simples ou complexes...; on sent maintenant la nécessité de limiter l'acception du mot. D'après les travaux les plus récents, les instincts apparaîtraient comme des agrégats d'activités diverses, agrégats qui se seraient formés surtout chez les animaux articulés : crustacés et insectes. Il est donc de toute nécessité de décomposer les instincts en leurs éléments constitutifs. En tout cas, le mot instinct ne saurait jamais être une explication.

On ne doit pas d'ailleurs être moins sévère à l'égard du mot « tropisme ». On a vraiment abusé de celui-ci, alors qu'il était facile de ne l'appliquer qu'à bon escient ; en effet, il y a des signes objectifs qui per- 7^ mettent de reconnaître les actes que Loeb a appelés des tropismes, et qui correspondent à un mécanisme physico-chimique déterminé.

D'une façon générale, le meilleur moyen de caractériser les activités simples qu'on a pu isoler c'est de donner les lois qui les régissent. C'est ce que j'ai cherché de faire dans mes travaux.

Le but de la nouvelle psychologie est et doit être la recherche des lois qui régissent les activités animales ; les méthodes d'analyse expérimentale ont déjà permis d'en découvrir un certain nombre, qui paraissent fondamentales ; il est évident qu'il y a intérêt à continuer dans la même voie.

Que les diverses activités animales, même les plus complexes, soient régies par des lois, cela n'est pas douteux ; tous les phénomènes biologiques sont soumis à des lois. Les progrès de la biologie, et par suite de la psychologie animale, dépendent de la découverte de ces lois.

Déjà dans le domaine des activités animales, les tropismes nous apparaissent régis par des lois précises ; on peut prévoir les variations d'intensité, les changements de signe.

J'ai fait connaître les lois de la sensibilité différentielle, à savoir : une relation entre le signe du tropisme et celui de la sensibilité différentielle, des règles qui indiquent les cas où il y aura recul et ceux où il y aura rotation, enfin la loi des exaltations ou des affaiblissements progressifs des effets.

On a indiqué également des lois qui régiraient les phénomènes associatifs des animaux articulés.

Enfin, tout récemment, Orbéli, élève de Pavlov, dans un travail du plus haut intérêt, a montré que même des phénomènes psychiques complexes, ayant leur siège dans Técorce cérébrale des mammifères, sont soumis à des lois précises.

Reconnaître que les phénomènes biologiques et psychiques sont soumis à des lois, qui ne sont que la conséquence des lois des équilibres chimiques, c'est abandonner les explications finalistes. De plus en plus on tend à substituer à celles-ci les explications causales, et à reconnaître que ce que fait un animal n'est pas forcément dans son intérêt.

Les tropismes conduisent souvent les animaux à la mort. La sensibilité différentielle est très imparfaitement adaptée. Un instinct se présente à nous comme un agrégat d'éléments divers, hérités indépendamment les uns des autres ou acquis, les uns utiles, les autres nuisibles ; la somme se trouve évidemment compatible avec la vie de l'être, sans cela celui-ci aurait disparu. D'une façon générale, dans les activités animales, il n'y a pas moins de désharmonies que d'harmonies.

Jusqu'ici les conclusions de beaucoup de travaux de biologie et de psychologie animales se sont trouvées faussées par suite de l'importance que leurs auteurs accordaient à la théorie de la sélection naturelle. Il suffira de lire les récents écrits de J. Loeb et le livre de Delage 6t Goldsmith pour se rendre compte combien la confiance en cette théorie a diminué.

Le résultat des diverses tendances que je viens d'indiquer brièvement est que l'on cherche de plus en

plus à analyser les mécanismes qui sont en jeu dans les divers actes des animaux, et déjà s'ébauche une nouvelle classification de ceux-ci.

On n'oppose plus les actes volontaires aux actes non volontaires, l'intelligence à l'instinct, les actes psychiques aux actes mécaniques, les actes variables aux réflexes immuables ; on voit se constituer, progressivement et de diverses façons, des activités complexes aux dépens d'activités simples.

Dans les tropismes et la sensibilité différentielle, les activités, qui ne dépendent que d'une variable principale, sont encore assez simples pour qu'on puisse montrer qu'elles ne sont que la conséquence des lois des équilibres chimiques. Avec la mémoire, les choses se compliquent ; les mécanismes physico-chimiques apparaissent moins nettement, quoique certaines théories très séduisantes, comme celle des catalyseurs dOstv^^ald, rendent assez bien compte des faits. Chez les insectes, malgré la multiplicité des sensations, les associations de sensations restent relativement peu nombreuses et simples. Au contraire, l'écorce cérébrale des vertébrés supérieurs permet la formation d'associations nombreuses et complexes, souvent à partir d'éléments qui eux-mêmes ne sont plus simples. Mais, ici, interviennent encore, comme Orbéli l'a montré, des processus de limitation du nombre et de la complexité des phénomènes associatifs. Une association nouvelle peut être inhibitrice d'une association plus ancienne, mais celle-ci peut se manifester de nouveau tout à coup, exaltée par une autre association. L'intelligence résulterait des interactions entre

ces associations, qui correspondraient à des sortes d'empreintes chimiques, plus ou moins durables, de l'écorce du cerveau. L'intelligence serait l'apanage des vertébrés . M '-^ f • -f

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