‹ La nuit de Gethsémani 1923Chapitre 10 sur 19 · Les vertus des gentils sont plutôt des vices · texte numérisé non relu

Les vertus des gentils sont plutôt des vices

même » ou, pour parler le langage moderne, la « morale autonome », l’indigne : 1l trouve que sa place est à l’étable, qu’elle convient aux chevaux et non aux hommes. Cela ne l’empêche pas d’affirmer à satiété : « Le moi est haïssable », principe où la morale stoïcienne est aussi pleinement contenue que dans cet autre principe que Pascal ridiculise et rejette : « La vertu se satisfait ellemême. » Car toute morale, qu’elle soit d’Epictète ou de Marc-Aurèle, de Kant ou de Hegel, puise sa force dans la haine du moi humain.

Qu'est-ce à dire ? Pascal revient-il à la morale, comme saint Augustin ?

Et au pélagianisme ? Beaucoup de

critiques le pensent et désirent voir dans Pascal un moraliste ; c’est une profonde erreur.

Cette idée que « le moi est haïs-

sable », Pascal l’avait certainement héritée de la philosophie ancienne.

Et pourtant la haine de notre moi a pour lui une signification tout autre que pour les philosophes, anciers ou modernes. Sa soumission au destin ne ressemble guère à celle des stoiciens, non plus que son ascétisme qui a provoqué, et qui provoque encore, une telle irritation chez ses admirateurs même les plus zélés. Les soticiens faisaient la chasse au « Moi »

et le persécutaient réellement, pour le tuer et l’anéantir, car ce n’est qu’à ce prix qu’ils pouvaient assurer le triomphe final de leurs « idées » et de leurs principes. Un principe ne peut célébrer sa victoire définitive que si personne ne lutte plus contre lui, si personne ne le contredit. Or qui, si ce n’est ce « Moi », a, depuis le commencement des siècles, lutté

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