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Pascal l’a osé faire ; de là, le caractère paradoxal, de É aussi la force, l'attraction puissante de sa philosophie. Les louanges et l'approbation, le blâme et les reproches de la raison, de cette raison qua nos laudabiles vel vituperabiles sumus, et qui, d’après la doctrine des stoïciens et des pélagiens, est seule capable d’élever ou d’abaisser l’homme, deviennent d’un coup pour Pascal ä5.4v054, indifférentes.
Le renversement est complet. Ce qui était indifférent selon la conception hellénique, c'était le réel; ce qui est indifférent pour Pascal, C’est le domaine des idées. Le Summum
bonum des philosophes devient pour lui un objet de moqueries continuelles et extrêmement mordantes.
« Ceux qui les croient », écrit-il (les philosophes), « sont les plus vides et des plus sots... » Et encore, c’est 1ci que son:ton est le plus provoquant et le plus rude : « Les bêtes », écrit-il quelque part, « ne s’admirent point.
Un cheval n'adimire point son compagnon. Ce n'est pas qu'il n’y aît entre eux de lémulation à la course, mais c'est sans conséquence ; : car, étant à l’étable, le plus pesant et le plus mal taillé n’en cède pas son avoine à l’autre, comme les hommes veulent qu’on leur jasse. Leur vertu se satisfait d’ellemême. » L'idéal des stoïciens — la vertu qui est sa propre récompense — Pascal le trouve ainsi réalisé dans les étables. Saint Augustin, on le sait, éprouvait un dégoût extrême
pour le stoïcisme et le dénigrait de toutes façons, à tout propos, hors de propos même. S'il n’a pas prononcé le mot qu’on lui a longtemps attribué :
ortutes gentium splendida vitia sunt, du moins a-t-il émis un jugement presque identique : wriutes gentium potius vita sunt *. Il ne lui est pour- tant jamais venu à l'esprit de chercher et de trouver la réalisation de l’idéal stoicien chez les animaux ; il était trop attaché à la philosophie ancienne, et son « christianisme »
était trop pénétré d’hellénisme.
À Pascal même, il n’a pas été facile d'échapper au pouvoir de l'idéologie qui dominait à son époque. Il rit des stoïciens ; et la vertu « satisfaite d’elle-