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qu’ « enchantement » et « assoupissement »; si nous vivons dans un royaume ensorcelé, comment l’homme pourra-t-il se libérer des charmes surnaturels ? Nous méprisons la superstition, nous sommes convaincus que
les exorcismes sont absurdes — voilà
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encore une de nos « vérités éternelles ». Mais cela était valable tant que notre théorie de la connaissance et notre éthique se fondaient sur la supposition que Dieu doit être véridique et se soumettre, comme les hommes, à une loi supérieure. Or, si Dieu veut que les uns soient aveugles et les autres voyants, l’affaire change complètement d’aspect ;
l’exorcisme » apparaît comme le moyen unique, quoique « surnatutel », de briser les évidences-erreurs créées par une force également surnaturelle ; et la recherche de la vérité
ne doit plus être une investigation tranquille et sans passion. Dès lors, il faut avouer que seuls cherchent utilement ceux qui « cherchent en gémissant »; dès lors, l’abîme dont ne pouvait se défendre Pascal, ét sa folle peur devant cet abîme, sont plus désirables que la « fermeté » et « l’assurance ». Il n’y a que l'horreur qu’éprouve l’homme quand il sent que la terre se dérobe sous ses pieds
et qu’il tombe dans une profondeur |
sans fond, qui puisse l’amener à la « folle » résolution de rejeter la « loi»
et de s’insurger contre toutes les vérités reconnues. C’est pourquoi Pascal parle tant, dans ses Pensées, des terribles conditions de notre existence terrestre. La raison répète ses vérités: À — À — La partié est moins grande que le tout — Deux.
grandeurs égales à une troisième sont
; égales entre elles — Ce qui a un
__ commencement doit avoir une fin
— La morale exige que la vertu soit satisfaite d’elle-même, — que le Moi
. humain, hostile par essence à toutes
les lois, soit ramené à l’obéissance, — due Dieu même se soumette à la loi. Pascal entend tout cela : ce sont choses qu'il sait ; il a vécu dans les deux Romes, la séculière et la spirituelle ; il à passé par l’école d’Epictète et de Montaigne, ainsi que par celle de Descartes, comme l'ont fait ses timides amis de Port-Royal. Il s’est approprié toutes les vérités imma- térielles et éternelles, et il a appris à les réduire à une seule vérité que les . hommes appellent Dieu ; il a appris qu'il n’y a jamais eu d'autre Dieu parmi Îles hommes, et que le « pouvoir des clefs» a été remis par Dieu même à celui qui, en une
ns pres end
seule nuit, renia Dieu trois fois.
Pascal, au jugement dernier, a.
appris autre chose encore. En réponse à sa prière : « Faites (Seigneur) que je me considère en cette maladie comme en une espèce de mort, séparé du monde, dénué de tous les objets de mes attachements, seul en votre présence», Dieu lui a envoyé cette « conversion de son cœur » qu'il avait espérée. Seul en votre présence : de ce désir que Pascal éprouve de se mettre face à face avec Dieu (Plotin : ouf uévou red uèvoy) est sortie la décision d’appeler devant Dieu Rome et ile monde. Voilà ce qui l’a tiré de l’ornière commune ; ce qui lui a donné la force et la hardiesse nécessaires pour parler impérieusement à la raison qui ne se reconnaît aucun maître ; ce qui lui a appris à appliquer aux jugements clairs et distincts
son magique : Evanouissez-vous — . © humuliez-vous, raison impuissante ».
On peut, et on doit même, sacrifier toute chose pour trouver Dieu : et . d’abord nos « vérités tie et immatérielles », que la philosophie positive, en considération de leur immatérialité, qui est véritable, et de leur éternité, qui n’est que prétendue, substitue à Dieu. On ne pourra jamais le pardonner, on ne doit pas le pardonner à Descartes : par sa faute, les hommes ont été de nouveau aveuglés, ramenés vers ce merveilleux « enchantement » et cet « assoupissement » dont Pascal nous a parlé.
Comment tirer le monde de l’engourdissement ? comment arracher les hommes au pouvoir de la mort? Qui insufflera la force active dans l’exor- cisme : « Evanouissez-vous ! » Qui nous aidera à faire du « manque de
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clarté » notre « profession ? » Qui nous donnera cette grande témérité de renoncer aux dons de la raison, de nous « abêtir » ? Qui fera que la douleur de Job l’emporte en pesanteur sur le sable de 7 mer ? EE
Pascal répond : « Yésus sera en agonie jusqu’à la fin à monde.» Dieu lui-même a ajouté ses souffrances aux souffrances de Job, et, vers la fin du monde, la douleur divine et humaine l’emportera en pesanteur .
sur le sable de la mer. En attendant — et l'essentiel de la philosophie de Pascal si dissemblable de ce qu’on appelle ordinairement de ce nom, est là — « ne cherchons pas l'assurance et la fermeté » dans notre monde ensorcelé ; nous ne devons pas rester tranquilles, nous ne devons pas dormir. Ce commandement ne vaut pas pour tous, mais seulement pour
certains et rares « élus » ou « mar- tyrs ». Car, s'ils s’endorment à leur tour, comme s’endormit pendant la
nuit mémorable le grand apôtre, le sacrificé de Dieu aura été en vain, et la mort triomphera définitivement GE po toujours.
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ACHEVÉ D’IMPRIMER LE 21 JUIN 19023 PAR L’IMPRIMERIE FRÉDÉRIC PAILLART A ABBEVILLE (SOMME)
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