SCENE II Les mêmes, Giroflée et Girofla
Giroflée (.-ans voir Angèle et la Grand'- Mère). — Non, Girofla 1 Tout ce que tu me diras est inutile. Ce Pierrot est un rustre.
Girofla. — Vous parlez ainsi parce qu'il n'est pas encore venu vous saluer aujourd'hui. Mais vous le recevez si mal!
Giroflée. — Faudrait-il pas que je fasse l'empressée avec ce petit paysan!
Girofla. — Moi, je le trouve bien doux et bien gentil. Ef il a d'aussi bonnes façon qu'un seigneur.
Giroflée. — Je ne dis pas. Mais il me déplaît.
Girofla. — Avouez plutôt qu'un autre vou9 plaît mieux!
Giroflée. — Tais-toi, Girofla. Tu dis des sottises! (pause) Tous les hommes sont des fourbes. Et le mieux qu'on puisse faire, c'est de rester fille !
Girofla. — Voilà de belles dispositions pour entrer en ménage!
Giroflée. — Ne me rappelle pas mon malheur!
Girofla. — Au contraire, il faut y penser. Car enfin, la noce est pour demain!
Giroflée (soupirant). — La noce, oui...
les deux noces (pause). Girofla, est-il vrai que le Prince Charmant a envoyé hier à cette Angèle un collier de perles admirables?
Girofla. — Il paraît.
Giroflée (riant). — Un collier de perles! A cette petite souillon! Elle sera bien belle, ma foi, ansi parée !
Girofla. — Vous êtes méchante, princesse!
Giroflée. — Non, mais c'est trop absurde à la fin (avec extase). Le Prince Charmant 1 Le fils du Roi! Le plus beau seigneur de la Cour!
Girofla. — Et qui sera roi lui-môme, dans quelques heures!
Giroflée. — Voyons, Girofla, trouves-tu js mariage raisonnable?
Girofla. — Ma foi...
Giroflée. ■ — N'était-il pas plus naturel de lui donner pour épouse une princesse?
Girofla. — A vrai dire.
Giroflée. — Ne QOUS a-1 ligué
qu'il faut des époux assort
Girofia. — nnpter que oe pauvre
prince n'a môme i insulté !
Giroflée. — El qu'il ne semble pas b!#n satisfait !
Girofia. Quanl à cela, il ne fait que pleuper du matin
Giroflée. — Non, Girofia, tu exagèi
Girofia. — Mais, pr aussi bien que moi! II .1 trempé trois mouchoirs, oe matin: on peul les voir sécher fenêtre !
Giroflée (soupiranl . — ■ I seul
à pleurer, Girofia!
Girofia. — Vraiment, princesse! El qui donc pleure encore?
Giroflée. — Ce n'est toujours pas moi!
Girofia. — Voyez comme on peut se tromper! A voir ces yeux rougis, j'aurais cru...
Giroflée. — Moi, pleurer pour un inconstant, pour un nomme qui se Laisse mener par le bout du nez!
Girofia. — Ah ! Quand c'est une fée qui vous mène par le bout du nez]
Giroflée. — Pour un faible! Pour un capricieux!
Girofia. — Capricieux, non, il no Test pas!
Giroflée. — Rien que d'y penser, mon sang
bout dans mes veines ! Et plutôt que de pleu-
lë éclate en sanglots et tombe dans
le Girofia). Ah! Girofia! Je suis bien
malheureuse !
Girofia (apercevanl Angèle et Grand'Mère). Faites attention, princesse; voici du monde! retirent en na\te au moment où St- Elol apparaît.)
Saint-Eloi très — Où sont-.-
Où sont-elles! Ali! les voici! Mesdames, le prince approche. Permettez, Mademois que je rattache votre collier il lui remet son collier. Angèle rem 5t-Eloi va
rdèr dans la coulisse, revient, et, faisant un profond salut:)
le Prince Charmanl !