SCENE II Angèle — Pierrot
(Ils entrent •- la fois par la gauche et la droite) .
Angèle. — Pierrot!
Pierrot. - — Angèle!
Angèle. — Que fais-tu ici à cette heure?
Pierrot. — Et toi-même?
Angèle. — Je ne sais. Je suis si malheureuse. Je voudrais m'en aller.
Pierrot (ironique). — Vraiment, Mademoiselle, vous n'y songez pas! Et que diraient le Prince Charmant... Et vos demoiselles d'honneur? Dépêchez-vous de rentrer au palais avant qu'on ne se soit aperçu de votp' absence.
Angèle. — Je rentrerai si tu rentres avec moi.
Pierrot. — Oh ! Pour moi c'est une autre affaire ! Personne ne s'inquiétera de ma disparition.
Angèle (ironique). — Vraiment, Monsieur, orne?... i\is même la princesse Giroflée?
Pierrot. — Permettez-moi de vous féliciter pour le grand honneur qui vous attend demain. Madame la Hein-, je suis votre humble serviteur. (11 »a "^alue profondément).
Angèle ;piquée). — Et vous, Monsieur Pier rot, qui serez demain dans un palais et l'heu-
peux épou.» d'une priooes9e... laissez-moi vous offrir n Bile lui fait un-'
franche révérence).
Pierrot [boudeur).- Moque-toi si tu ve Crols-tu que ,j>' n vu tout à l'heure
comme tu é1 • - quand tu as reçu te
collier.
Angèle vivement). — Tu peux en parler du collier, il était si pesant que J'en avais mai à la tète. Je l'ai Ûté presque tout de suit»-.
Pierrot. Mais tu le remettras demain!... Seras-tu belle avec ta couronne d'or e1 ta traîne de dentelle]
Angèle fâchée . — El toi.,, il parait que tu as un habit tout doré et une petite épée comme celle du prince.
Pierrot. — Ne rapproche pas de ces rosiers. Leurs épines pourraient déchirer la soie il»' ta robe. El ce serait grand dommage.
Angèle. -— Grand dommage! Oui, vraiment. (Elle rit).
Pierrot (boudeur). — Pourqu»i is-ur.'
Angèle. — iu soin que tu prends
de ma robe. [Elle s'avance dans la lumière. Pierrot s'aperçoit tout-à-coup qu'elle a sa robe de paysanne).
Pierrot (ravi). — Oh! Angèle! est-ce possible !
Angèle. — Quoi donc ?
Pierrot. — Voilà comme tu étais quand nous vivions tous les deux au village.
Angèle. — Et que tu m'aidais à porter mon panier le long du ruisseau. T'en souviens-tu ?
Pierrot. — Un jour je suis entré dans l'eau pour y prendre an beau caillou bleu dont tu
avais envie.
Angèle. — Kt tu .'tais bien mouillé, je me rappelle.
Pierrot. — Mais un autre jour, c'est toi qui t'es fait ma] en voulant me cueillir des mûres. Ta petite jambe était tout écorchée.
Angèle. — El Marraine s'est fâchée parce - lis rentrée en retard. Et elle m'a privé de souper.
Pierrot. — J'étale bien malheureux, Aille jour où mon oncle m'a emmené. J'ai pleuré toul le long du chemin.
Angèle. — Kt moi, j'ai couru jusqu'à la chapelle pour te voir encore un instant, mais tu n urne la U
Pierrot. — Angèle... \- -tu été bien chagrlirl ?
Angèle. — ! bien .je
re. .1" n'avais plue de goût
Pierrot. — Même loi, Je ne pas.
Je n'ai jamais joué avec personne et j'étais toujours triste.
Angèle. — Pauvre Pierrot !
Pierrot. — Dis-moi, Angèle... Quand je suis venu pour te chercher, et que j'ai chanté sous ta fenêtre... as-tu reconnu ma voix ?
Angèle. — Je l'ai reconnue tout de suite, mais je pensais : C'est impossible.
Pierrot (après avoir regardé tout autour de lui: à voix b sse). — Angèle... Allons-nousen ?
Angèle. — Nous en aller ?
Pierrot (la tenant par la main). — Viens avec moi.
Angèle. — Mais que dira Grand'mère.
Pierrot. — Nous reviendrons la chercher bientôt. Elle n'est pas heureuse au Palais.
Angèle. — Attends... Où irons-nous ?
Pierrot. — Vois-tu ce beau petit ".noulin. ià haut ?
Angèle (ravie). — Sur la colline ! Oui ! Je vois.
Pierrot. — Ses ailes tournent devant la lune.
Angèle. — Et tout autour, il y a des pommiers roses !
Pierrot. — Un jardin...
Angèle. — Un beau petit jardin avec un puits et des lilas.
Pierrot. — Un verger...
Angèle (vivement). — Nous aurions des pommes !
Pierrot. — Et des poules, et une chèvre blanche.
Angèle. — Je sais traire une chèvre, Pierrot !
Pierrot. — Et moi je sais bêcher la terre et cultiver les choux et les laitues.
Angèle. — Grand'mère m'apprendra comment on fait le pain !
Pierrot. — Avec notre farine !
Angèle. — Notre belle farine blauch?.
Pierrot. — Et si la fée Mirabelle se met en colère, nous lui offrirons une galette.
Angèle (battant des mains). — Oh! Pierrot que nous serons heureux !
Pierrot (l'entraînant). — Viens vite!... Dépêchons-nous.
(Mais, subitement, la scène est envahie par des soldats et St-Eiloi qui se précipite vers eux en étendant les bras.)