‹ La nuit de mai; féerie enfantine en cinq tableauxChapitre 5 sur 19 · SCENE IV Angèle. — La Grand'Wîère · texte numérisé non relu

SCENE IV Angèle. — La Grand'Wîère

(Angèle, qui a couru jusqu'à la porte derrière la Marraine, reste un instant immobile, consternée, puis elle revient précipitamment vers le fauteuil de la grand'mère et se blottil contre elle.

La Grand'Wlère. — C'est toi, ma petite Angèle ?

Angèle. — Oui, grand'mère.

La Grand'Wlère, lui caressant le visage. — Oui. .le reconnais tes cheveux... et tes petites joues rondes. Je n'y vois plus beaucoup. Mais. toi. je n'ai pas besoin d"yeux pour te voir.

Angèle. — Grand'mère!

La Grand'mère. — Je n'entends plus grand'cliose. Mais, toi, je t'entends bien toujours (paus-e). Où est ta marraine?

Angèle. — Je ne sais pas. Peut-être couchée.

La Grand'Wlère. — Est-il donc tard?

Angèle. — Non, pas très tard.

La Grand'Wlère. — Mais il fait déjà nuit.

Angèle. — Presque tout à fait nuit...

La Grand'Wlère. — On ne m'a pas donné mon lait.

Angèle. — Moi non plus, Grand'Mère, je n'ai pas soupe.

La Grand'Wlère. — Pourquoi cela?

Angèle. — Parce qu'on m'a punie.

La Grand'Wlère. — On t'a punie et on m'a oubliée... Cela arrive quelquefois.

Angèle. — Souvent.

La Grand'WCère. — Ce n'est rien, ma mignonne, ne pleure pas. Il ne faut pas pleurer. Cela ne durera pas toujours.

Angèle. — Non?

La Grand'Wlère. — Non bien sûr... pas toujours... Nous partirons un jour, tu verras cela.

Angèle. — Où irons-nous, grand'mère?

La Grand'Wlère, geâte vague. — Oh! loin d'ici... très loin...

Angèle (craintive). — Avec Marraine?

La Grand'Wlère. — Certainement non. Nous irons... Nous ir...ons.

Angèle. — Grand'Mère! Raconte moi une histoire.

La Grand'Wlère. — Je ne Bais pas ce que j'ai... nia tête ne va plus.

Angèle. ■ — Tu sais bien.., l'histoire de Peau d'Ane,

La Grand'Mère. I

Angèle i

qu'on a frappé [elle va écouter vers Non, ce n ml'-

. On «lirait qu'ell ndonnie pause Grand'le dort... comme ... Oh! je n'aime pas là voir dormir eomme celai : au moins j'avais ma poupée pour me tenir compagnie, je dormirais autour d'elle et appelle:) Ninettel Ninettel... Ou es-tu ma chérie?... Ah! c'esl vrai!... .1-- Pal cachée BOUS le lit, que marraine ne la trouve pas (elle tire une poupée en chiffons d< -, l « piillasse et, I rrée contre elle, elle se fourre sous la couverture ''ii laissant tom-

h.'l- s. -s s.ilmts).

M tintenant, nu chérie, nous allons dormir... Eh! bien! pourquoi m s-tu comme cela? Aurais-tu peur? Est-ce qu'on a peur! Une grande fille de trois ans % . Moi, Je n'ai pis peur... .le n'ai pas peur du tout elle se redresse et regarde autour d'elle avec effroi). Oh! Il fait de plus en plus noir! (Elle si' recouche el ramène la couverture elle. Gros soupir. I 3se encore)... ...Si grand'mère était éveillée elle te raconterait un«' histoire. Moi, je ne peux pas... Je suis trop petite. Mais, si tu veux, je vais !" chanter une chanson. (Elle se retourne et ede derrière «'lie, puis chaule d'une voix: idanle) :

Au clair de la lune Mon ami pierrot

■-moi ta plume Pour écrire un mot.

M i chandelle est mort»' Je n'ai plus de feu Ouvre moi i i p ■ ■ pour l'amour de Dieu

Voix dehors. —

Au clair de la lune

Pierrot répondit

.h' n'ai pis de plume

- mon lit

Je ■

i cojsine

nu

Angèle stuj si -ce que

iooute — silence — eJJ frotl Ninette,

ndor-

re la fenêtre. Ce n'est rien. Ce n'est rien du tout... Eh! Qu'est-ce que c'est que cette vilaine grimace?... Oh! la petite sotte! Elle pleure... Allons, allons, enfant, venez ici bien vite qu'on vous embrasse (elle l'embrasse). Là... Maintenant encore une chanson, et puis nous dormirons (elle chante d'une voix plus assurée :

Qu'est-ce qui passe ici si tard.

Compagnons de la Marjolaine, Qu'est-ce qui passe ici si tard, Gai, gai, dessus le quai.

Voix dehors. —

Ce sont les chevaliers du Roi, Compagnons de la Marjolaine, Ce sont les chevaliers du Roi, Gai, gai, dessus- le quai.

(Silence, Angèle qui s'est fourrée sous les couvertures émerge petit à petit, pendant les derniers mots, puis elle se dresse assise sur son lit, la poupée toujours dans les bras et chante d'une petite voix vacillante et tout effrayée : )

Qu'est-ce qu'ils viennent faire ici si tard, Compagnons de la Marjolaine, Qu'est-ce qu'ils viennent faire ici si tard, Gai, gai, dessus le quai.

Voix. ■—

Chercher une fille à marier, Compagnons de la Marjolaine, Chercher une fille à marier, Gai, gai, dessus le quai.

(Une grande lumière éclaire soudain la chambre).

Angèle (émerveillée). — Oh! la jolie lumière!... Grand'Mère. Vois-tu la belle lumière !

La Grand'Mère (d'une voix claire, se dressant assise, en écartant son châle). — C'est le clair de lune, mon enfant.

Angèle (respirant). — Ce parfum...

La Grand'Mère. — C'est l'aubépine en fleurs.

Angèle. — On a poussé le fenêtre tout doucement...

La Grand'Mère. ■ — C'est le printemps! Ce sont les pommiers qui t'appellent.

Angèle (ravie). — Ils sont tout roses dans la lumière... Tout est rose!

La Grand'Mère. — Tout rayonne 1

Angèle (courant à elle). — Grand'mère !

Gomme lu as de beaux yeux!

La Grand'Mère. — C'est pour mieux te voir mon enfant.

Angèle. jolla brai

La tirand'Mère. — G'e9i pour mieux t'em- :• mon enfant.

Angèle. — Grand'mèrel Tu n'es plus vieille!

La Grand'Mère. — C'esl que o'est aujourd'hui la première nuit de mai, où nplit

;hosee merveilleuses I

Angèle ( soupçonneuse ) . — Le diable...

La Grand'Mère. — L (elle lèvi

doigt). Ecoute!

Voix dehors. —

Angèle.

Angèle (courant à la fenêtre qu'elle ou-

oute grande). — Oui!... Me voici !

ervelllée) Oh! Grand'Mère regarde le ciel.

La Grand'Mère. — Il est tout plein d'étoiles.

Angèle. — Mais tous les arbres sont en fleurs !

Voix. —

Angèle !

Angèle. — Grand'mère... Que faut-il faire.

La Grand'Mère. — Il faut partir bien vite, ma petite fille. Allons, dépêchons-nous 1 (Angèle met ses sabots en hâte tandis que la Tinère s'enveloppe de son chale. Et elles sortent.) Rideau.

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