‹ La nuitChapitre 116 sur 119 · DELICTA MAJOR UM · texte numérisé non relu

DELICTA MAJOR UM

Tandis que le printemps comme un baiser voltige Sur les lèvres en fleurs et les lèvres des fleurs, Que la brise de mai souffle un nouveau vertige Dans les jardins parés de nouvelles couleurs,

Tandis que palpitant d'audace et de tendresse L'ardent jeunehomme étreint la vierge aux seins naissants, Et qu'à l'aimé rendant caresse pour caresse Elle ouvre à ses désirs ses bras éblouissants.

Sous la peau souple et fraîche et sa blancheur nacrée. Sous les duvets d'or pâle et les bouches de feu, Sous les fronts qu'illumine une beauté sacrée, Sous les yeux où les dieux mirent leur doux ciel bleu.

Dans ses fleuves cachés, sans répit, le sang roule Comme un venin fatal les forfaits des aïeux Et l'invisible flot circule dans la foule Portant avec le mal la vengeance des dieux.

Voici le tétanos, la lèpre, l'hystérie,

Voici répilepsie et les hideux cancers,

Et le meurtre et le vol et le viol, que charrie

Ensemble un sang funeste au fond des jeunes chairs.

Vous, en qui coulera le flux de nos artères.

Vous qui naîtrez, un jour, de nos reins gangrenés,

Innocents, vous paierez les crimes de vos pères

Et c'est dans vos douleurs que nos bourreaux sont nés.

Hélas ! avec vos corps nous façonnons vos âmes ; Nous vous donnons la vie en fixant votre sort ; Enfants, avec nos maux et nos vices infâmes Nous vous léguons Texil, la prison et la mort.

Ah ! qui voudrait encore engendrer? Aux abîmes Tonne éternellement ta malédiction, Dieu farouche et cruel, qui frappes tes victimes De génération en génération !

Ne perpétuons plus les martyrs que nous sommes ! Opposons à la vie un cœur stérile et fort !

Mort! puisses-tu détruire en nous les derniers hommes Et mourir à ton tour avec le dernier mort !

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