‹ La nuitChapitre 26 sur 119 · LE MA UVAIS JARDINIER · texte numérisé non relu

LE MA UVAIS JARDINIER

Dans les jardins d'hiver, des fleuristes bizarres Sèment furtivement des végétaux haineux, Dont les tiges bientôt grouillent comme les nœuds Des serpents assoupis aux bords boueux des mares.

Leurs redoutables fleurs, magnifiques et rares, Où coulent de très lourds parfums vertigineux, Ouvrent avec orgueil leurs vases vénéneux.

La mort s'épanouit dans leurs splendeurs barbares.

Leurs somptueux bouquets détruisent la santé

Et c'est pour en avoir trop aimé la beauté

Qu'on voit dans les palais languir les blanches reines,

Et moi, je vous ressemble, ô jardiniers pervers ! Dans les cerveaux hâtifs où j'ai jeté mes graines, Je regarde fleurir les poisons de mes vers.

ANA TOMIE

Dans la rue, au théâtre, au bal, je décompose Les visages. Toujours j'y retrouve le Mal, Qui sous les teints cuivrés, la graisse ou la chlorose Découpe en grimaçant un profil d'animal.

La brute qui végète au fond de Tâme, impose Au galbe lentement son rictus bestial ; L'être humain se dissout et se métamorphose En chien, en bouc, en porc, en hyène, en chacal.

L'Avarice, le Vol, la Ruse et la Luxure, Sous le faux vernis des civilisations Trahissent lâchement notre ignoble nature ;

Les muscles vigoureux et les carnations Superbes font aux os d'inutiles toilettes, Où transparaît l'horreur intime des squelettes.

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