LE MORIBOND
Assez de pleurs ! Assez de cris ! Cessez de feindre ! Vous appelez ma mort ! Ne vous récriez pas :
Vous êtes fatigués d'attendre mon trépas.
Partez! J'ai vécu seul, seul je saurai m'éteindre.
Vous avez beau m'aimer, me soigner et me plaindre, Votre sang jeune et chaud fuit mon vieux sang glacé; Vos délicates mains, où Thorreur a passé, Semblent prier mes mains de ne pas les étreindre.
Vos yeux, épris de vie et dé lumière, ont peur De mes yeux mous, creusés par Tange fossoyeur, Et vos lèvres, ô fleurs des naissances futures,
Qu'enflent les baisers frais et le suc du Désir, Se fanent sur ma bouche où la Mort fait gémir Le souffle méphitique et froid des sépultures.