LE SCULPTEUR
Sculpteur bizarre, qui dédaigne La cire, le marbre et l'airain.
Au fond de Tatelier chagrin Je pétris de la chair qui saigne.
Dans les palais aux lits discrets, Dans les mansardes, dans les bouges.
Dans les taudis aux rideaux rouges.
Dans les sinistres lazarets.
Des ongles de mes mains félines Aidés de Tacier des couteaux, Des bistouris et des ciseaux, Je vais, crochetant les poitrines.
Coupailt, fendant, creusant les chairs Avec des hâtes convulsives Et les repliant toutes vives Comme deux volets large ouverts,
Et j'arrache en criant de joie, Rouges, fumants et bondissants, Les cœurs vierges, les cœurs puissants, Les cœurs d'amour, les cœurs de proie.
Et de tous ces cœurs comprimés Je construis mes sombres statues, Dressant leurs forces éperdues En gestes cruels ou pâmés.
Les mains qui les ont caressées Sont pleines d'un sang rouge et frais Charriant des instincts secrets.
Des volontés et des pensées.
MESSE a ORGUEIL
Les stupides viveurs, rimbécile vulgaire, Les cœurs toujours vaincus par les tentations Répandent sur la table ou boivent à plein verre Le vin grossier de leurs banales passions.
Comme un prêtre à l'autel, séparé de la foule, Seul dans la solitude effrayante du chœur, Dans la musique sainte et dans l'encens qui roule Un torrent de parfums où défaille le cœur.
Tandis que dans la nef tout un peuple en prière Attend en frémissant l'holocauste sanglant.
En mes vêtements blancs ruisselants de lumière. De mes mains où flamboie un calice aveuglant.
J 'élève vers le ciel le vin de mes souffrances, Le sang divin de ma divine passion, J'élève en frissonnant sur les foules immenses Mon cœur qui se déchire en son oblation.
Peuple, prosterne-toi ! C'est l'heure où Dieu se crée, Ferme les yeux de peur de voir l'Esprit de feu! Ma bouche a prononcé la parole sacrée Et voici que mon sang et ma chair se font Dieu.
Et tandis que le monde épouvanté devine Un mystère effrayant qui glace tous les cœurs, Seul je mange ma chair de victime divine Et seul je bois le sang de mes vastes douleurs.