‹ La nutrition dans l'hysterieChapitre 17 sur 24 · RÉSIDU FIXE POUR 1000 C. C · texte numérisé non relu

RÉSIDU FIXE POUR 1000 C. C

Acide phosphor.

NOM

VOLUM

URÉE

TERREUX

ALCALIN

TOTAL

RAPPOR

OBSERVATIONS

(salle Duchenne).

Et. de mal.

ce

cr.

gr.

gr 1.08

gr.

gr.

Du 21 au 26 fév. 1889.

Et. normal

Du 4 au 10 janv. 1889.

de résidu fixe pour 1,000; 21 gr. d'urée ; 2 gr. 33 d'acide phosphorique total se décomposant en terreux

0 gr. 57 et alcalins 1 gr. 76, ce qui donne la proportion normale de 30 à 100 ou de 1 à 3.

Le premier jour, du 21 au 22 février, elle excrète 1,300 c. c. d'urine ; 38 gr. 50 de résidu fixe pour 1,000 ; 16 gr. d'urée; 1 gr. 80 d'acide phosphorique total se décomposant en terreux 0 gr. 92 et alcalins 0 gr. 88, réalisant ainsi l'inversion de la formule des acides phosphoriques, puisque le rapport devient comme 1 est

Par... — Etat de mal hystérique a forme cataleptique. Février 1888.

Fig. 3. — Le tracé supérieur^se rapporte au volume de l'uriflOj l'inférieu\ a l'urée; les lignes ponitillécs se rapportent aux jours d état normal, les lignes pleines aux jours d'état de mal.

à 1, l'excrétion des acides terreux étant même prédominante. Jusqu'au jour du réveil, les proportions précédentes restent les mêmes, la moyenne des 6 jours d'état de mal étant : urine, 1,063 c. c; résidu fixe 29 gr. ;

urée 14 gr. 70 ; acide phosphorique total 1 gr. 99 se décomposant en terreux 1 gr. 08 et alcalins 0 gr. 91.

La courbe du volume de l'urine et de l'urée (fig. 3) est des plus intéressantes : chute en 2 jours ; plateau de 2 jours de durée ; relèvement en 2 jours. L'urée marche parallèlement au volume.

Là encore, à la simple inspection de la courbe, on peut facilement prévoir la durée de l'état de mal et prédire le réveil. On remarquera encore que, si le jour du réveil le volume et l'urée sont au-dessus du taux normal, l'inversion delà formule pour l'acide phosphorique est extraordinairement accentuée puisque les acides terreux l'emportent sur les acides alcalins, alors qu'à l'état normal les premiers sont trois fois moindres que les seconds.

Les oscillations consécutives au réveil n'ont pas été étudiées, la malade s'étant refusée à donner ses urines. Heureusement que, comme pour toutes nos malades placées en observation, nous possédions la moyenne de son excrétion urinaire avant le début de l'état de mal.

Sous l'influence de l'état de mal pendant lequel la malade a refusé d'absorber quoi que ce soit de liquide ou de solide, l'amaigrissement a été rapide. Pesée le 21 février, jour du début de l'état de mal, son poids était de 59 kilog. Six jours plus tard, le 27, elle ne pesait plus que 54 kilog. 800. Elle avait donc maigri de 4 kilog. 200, soit 700 grammes par jour. Pesée les jours suivants elle donnait, le 4 mars, 53 kilog. 900 ; le 7, 58 kilog.^300 ; le 9, 59 kilog. 200. En 10 jours, elle était revenue à son poids normal, ayant ainsi gagné 410 gr. par jour.

Sans insister davantage, il nous sera donc permis de conclure : que l'état de mal hystérique à forme cataleptique (attitudes passionnelles) présente, au point de vue chimique, tous les caractères de l'attaque d'hystérie convulsive ordinaire ; c'est une attaque d'hystérie prolongée.

Comme pour l'état de mal hystérique à forme épilep-

toïde, la courbe des excrétions urinaires est caractéristique, présentant une chuto, un plateau et un relèvement. Elle permet de prédire la durée de l'état de mal et de prévoir le moment où le réveil aura lieu.

D. Quatrième période.— Délire.— k la quatrième période de l'attaque hystérique appartient l'état de mal délirant. Nous comprenons uniquement, sous ce titre, les périodes de délire consécutives le plus souvent à une attaque ou aux prodromes de l'attaque, le délire qui domine la scène morbide pouvant être entrecoupe parfois, mais accessoirement par les autres périodes de l'attaque. Comme dans les autres états de mal précédemment étudiés, il est évident pour tous que les malades traversent une crise aiguë plus ou moins prolongée qui, cliniquement, ne saurait être confondue avec une période d'état normal, ou avec toute autre manifestation de l'hystérie.

Nous séparons, en effet, cet état de mal délirant, véritable attaque prolongée, de l'état mental ordinaire des hystériques, que M. Charcot (1) a si nettement caractérise dans ces dernières années, plus particulièrement en ce qui regarde les hommes, état mental susceptible de s'accompagner d'hallucinations, de rêves, de lacunes intellectuelles qui lui donnent une allure si particulière.

Nous le séparons également de ces états chroniques catalogués jusqu'eà ces derniers temps par les aliénistes, sous les termes vagues de folie, de délire hystérique, états beaucoup trop compréhensifs dans l'espèce.

Tout récemment, M. Ballet (2) et ses élèves, MM. Marguézy (3) et Tabaraud (4), puis M. Séglas (5) ont porté la lumière dans ce chapitre touffu et encore obscur, en

(t) Leçons sur les maladies du système nerveux, t. II et Leçons du Mardi, 1888, 1889 passim.

(2) A rchives de Médecine, mars-avril, 1888. U L'homme hystérique, Bulletin Médical, pages 1126, 1141,

\l)Des rapports de la dégénérescence mentale et de Vhysterie.

..Thèse Paris, 1888.

(5). Soc. méd. des hôpitaux, 12 avril 188y.

montrant la part qu'il faut faire en nosographie aux états mentaux des dégénérés atteints d'hystérie. Ces auteurs adoptaient et cimentaient encore la loi établie par M.Charcot : que l'hystérie s'associe aux autres états nerveux sans jamais se confondre avec eux.

Nous le répétons, l'état de mal délirant que nous étudions est un épiphénomène aigu clans l'histoire pathologique d'un hystérique ; c'est, au point de vue clinique, qui nous a toujours et uniquement guidé dans ce travail, une attaque d'hystérie prolongée, avec prédominance de la quatrième période ou de délire.

Il nous a été donné d'étudier 4 périodes d'état de mal délirant chez 2 malades du service de la Clinique pour lesquelles il a été fait 44 analyses des 24 heures, dont 22 destinées à étudier l'état normal avant ou après les périodes d'état de mal.

Ces 4 périodes d'état de mal n'ont pas, on le verra, une valeur égale au point de vue de l'étude; nous allons] du reste, chemin faisant, faire ressortir les particularités propres à chacune d'entre elles.

Le premier cas concerne la nommée Schey..., 19 ans, grande hystérique, chez laquelle le délire débute le 6 juin 1888, à la suite d'une attaque de chorée rhythmée et se termine de la même façon le 21 juin. Délire incessant, très agité, qui force à camisoler la malade pendant la nuit. Schey... . voit des animaux rouges qui veulent la dévorer, elle est entourée de flammes ; puis elle fait des parties de canot au cours desquelles elle tombe à l'eau, est dévorée par des poissons, crie se croit noyée, etc. Pendant ces 15 jours elle n'abso'rbe aucun aliment solide ; dans la journée, par surprise pour ainsi dire, ses compagnes lui font avaler un ou deux verres de tisane, une tasse de lait ou de bouillon La température rectale ne s'élève pas au-dessus de 38° C.

Nous ne possédons que les analyses des cinq derniers jours de délire et celles des cinq jours qui suivirent le réveil.

Les cinq premières donnent comme moyenne : volume de l'urine, 300 c. c. ; résidu fixe, 30 gr . 05 ; urée, 9 gr. 30: acide phosphorique total 1 gr. 14. A cette époque, nous ne différenciions pas encore les phosphates. Or, la moyenne normale de Schey. ..est: volume, 1,500 gr. ; résidu fixe, 48 gr. 60 ; urée, 25 gr. 10 ; acide phosphorique total, 2 gr. 60. A considérer ces deux moyennes, nous voyons donc que chez notre malade l'état de mal délirant a présenté, au point de vue chimique, tous les caractères de l'attaque d'hystene ou mieux tous les caractères des autres états de mal déjà étudiés.

Le retour à l'état normal est marqué par une élévation brusque de tous les éléments constitutifs de l'urine des 24 heures ; de 350 c. c. l'urine monte, le 21 juin, a 1 050 gr. avec 35 gr. 90 de résidu fixe ; 15 gr. /5 d uree et 1 gr. 95 d'acide phosphorique. Puis on observe 3 jours d'oscillation autour de la normale et enfin, le 26 juin, le chiffre d'excrétion ordinaire est atteint et même depassé. Nous ferons remarquer à ce sujet que, lorsque l'état de mal s'est assez longtemps prolongé, les excrétions des premiers jours qui suivent le réveil restent toujours un peu au-dessous de la normale.

En ce qui regarde le poids, nous trouvons noté sur notre observation que le 12 juin, en plein délire, la malade pesait 67 kilog. et 61 kilog. le 21 juin, jour du réveil; elle a donc maigri de 6 kilog. en 9 jours, soit une moyenne de 640 grammes par jour.

Après le réveil, elle se met à manger avec avidité et augmente encore plus rapidement de poids qu'elle n'a maigri quotidiennement pendant l'état de mal. Pesée régulièrement à 5 heures du soir, avant le repas, le 26 juin elle pèse 65 kilog., le 2 juillet 67 kilog. 500 et elle oscille les jours suivants entre 68 et 69 kilog.

En résumé, pendant cette première période d'état do mal délirant qui dure 15jours: diminution journalière du volume de l'urine, du résidu fixe, de l'urée et

des phosphates; diminution très marquée de poids, rapidement compensée après le réveil.

La deuxième période d'état de mal délirant que nous avons observé chez cette même malade dure deux jours et s'étend du 28 au 30 janvier 1889. Délire très agité, anorexie totale, température normale, urines recueillies comme toujours à l'aide de la sonde. Ici l'observation est complète.

Si l'on veut bien considérer le tableau XV, on note comparativement avec l'état normal, qu'il y a abaisse-

Tableau XV.

Schey..., Etat de mal délirant.

NOM

Schey. . . .,19ans (salle Duchenne).

Acide pliosphor.

ev.

PÉRIODES

aj ŒS

Et. normal.

ce.

gr.

gr.

gr

gr.

Et. de mal

délirant.

Idem,

Réveil.

Moyennes

des 2 jours

d'ét. de mal.

îoo;

OBSERVATIONS

Du 31 décembre 1888 au

6 janvier 1889 Du 28 au Î9 janvier Poids 69 k. 460.

Du 29 au 30.

P. = 68 k. 070 du 3.) au 31 janvier.

Du 28 au 30 janvier

ment du volume de l'urine, du résidu fixe, de l'urée et des phosphates avec inversion de la formule de ces derniers.

En effet, alors que la moyenne normale donne : volume, 1.500 c. c. ; résidu fixe, 48 gr. 60; urée, 25gr. 10; acide phosphorique total, 2 gr. 60, se décomposant en terreux, 0 gr. 69 et alcalins, 1 gr. 91, donnant le rapport normal de 36 à 100; on trouve, pour la moyenne des deux jours de délire : volume, 1.330 c. c. ; résidu lixe, 29 gr. 85; urée, 8 gr. 79; acide phosphorique total,

1 gr. 51, se décomposant en terreux, 0 gr. 63 et alcalins, 0 gr. 88, donnant la proportion de 58 à 100, réalisant l'inversion de la formule.

De plus, en deux jours, elle a maigri de 1 k. 390, car le jour du début, 28 juin, elle pesait 69 k. 460, et le jour du réveil, 68 k. 070..

La courbe (flg. 4) de cet état de mal est trop peu

Schey... — Etat de mal hystérique délirant. Février 1880.

Fia 4 — Le tracé supérieur sa rapporte au volume de l'urine ; 1 inférieur à l'urée ; les lignes poiutillées aux jours d'état normal ; les lignes pleines aux jours d'état de mal.

étendue pour prêter à de nombreuses considérations. Elle est cependant, dans sa teneur, aussi caractéristique que possible et rappelle absolument celles que nous avons déjà donné de l'état de mal à forme épileptoïde, et à forme d'attitudes passionnelles. On y remarquera pour lepremier jour que,comme dans la période d'attaque

des 24 heures, si le volume est parfois peu diminué, il n'en est pas de même de l'urée, dont l'abaissement est toujours constant. Nous nous sommes expliqués sur ce point en traitant de l'attaque bornée à la période de 24 heures.

La 2e malade, Hab..., 35 ans, qui, comme on le verra par la comparaison des dates, nous servit ultérieurement à des recherches sur l'état de mal à forme épileptoïde déjà rapportées, nous a fourni tleux périodes d'état de mal délirant.

La première période, qui va du 5 au 8 juillet 1888, ne fut pas favorable pour l'observation. Le délire était très agité ; il fut impossible de recueillir les urines de la malade qui parcourait les cours en criant au feu et urinait dans tous les coins. Néanmoins, il nous fut possible de noter qu'en trois jours la perte de poids fut de 1 k. 540. Pendant toute cette période, Hab... n'avait absorbé ni liquides ni solides.

Lors de la deuxième période, qui commence le 27 février 1889, à la suite des prodromes d'une attaque convulsive ordinaire et se termine le 6 mars, soit 7 jours de durée, le délire est moins actif et se compose d'hallucinations variées, suivies de périodes de dépression pendant lesquelles elle marmotte continuellement des paroles relatives i\ un assassinat. Les urines sont recueillies à la sonde, la température rectale varie entre 37°5 et 37°9; elle n'absorbe absolument rien, ni liquides ni solides.

Or, nous notons, dès le premier jour (tableau XVi) la chute du volume de l'urine, du résidu fixe, de l'urée des phosphates avec inversion de la formule.

r Si l'on se reporte en effet au tableau XVH, qui est le résume du tableau XVI, nous voyons,qu'à l'état normal elle excrète en moyenne 1.300 c. c. d'urine, 43 £r 25 de résidu fixe, 20 gr. 30 d'urée, 2 gr. 13 d'acide phospnonque total, se décomposant en terreux, 0,63 et alcalins, 1,50, donnant la proportion normale de 42 a 100.

Pendant l'étatdemal délirant, elle excrète en moyenne 648 c. c. d'urine, 37 gr. de résidu fixe, 14 gr. 61 d uree 1 gr. 73 d'acide phosphorique total se décomposant en

Tableau XVI.

Habill.., 35 ans. Etat de mal délirant.

DATES

<Ii t£

«eue

Du 27 au 28 février

gr.

Du 28 fév. au 1er mars

Du 2 au 3

Du 4 au à

Dn 6 au 7

Acide pliosphor.

Ez)

es

gr.

gr.

gr.

gr.

OBSERVATIONS

= 53 k. 500 au début de l'état de mal.

=: 50 k. 200 au réveil

terreux, 0.77, et alcalins, 0.96, donnant le rapport de 81 à 100 qui réalise l'inversion delà formule des phosphates.

Tableau XVII.

Moyennes de Vètat de mal délirant d'Hab...

NOM

PÉRIODES

Hab..

(salle Duchenne).

Et. de mal délirant.

lit. normal

ce.

fc© Es

Acide phosphor

gr

gr 0.77

gr.

gr 1.73

OBSERVATIONS

Du 27 février au

6 mars 1889.

Du 20 au 25 mars 1889.

Si maintenant on considère la figure 5, représentative des analyses jour par jour pendant l'état de mal, on voit qu'il est possible, à sa seule inspection, de pre-

dire la durée de l'état de mal et de prévoir le réveil. En effet, nous notons encore là la chute caractéristique, le plateau et le relèvement qui ne le sont pas moins. Le volume et l'urée suivent une marche parallèle ; le réveil

Février 1889. Hab... — Etat de mal hystérique délirant.

/. o. — he trace supérieur se rapporte au volume de l'urine ; le tracé inférieur à l'urée ; les ignés pointillées se rapportent aux jours d'état normal; les lignes pleines aux jours d'état le mal.

a lieu pour les éléments solides aux environs de la normale. Nous notons mêmeftabl. XVI et XVII) que, pour le dernier jour, le résidu fixe est plus considérable que normalement ; de même pour l'acide phosphorique total

Mais, pour ce dernier, fait très important à noter, même dans ces conditions, l'inversion de la formule existe toujours. En effet, l'acide phosphorique total est de 2 gr. 15, se décomposant en terreux, 0.93 et alcalins, 1 gr. 22.

Pendant cet état de mal, qui a duré 7 jours, la malade a maigri de 8 k. 300, car elle pesait le premier jour 53 k. 500, et à son réveil, 50 k. 200.

Des faits qui précèdent, il nous sera donc permis de conclure qu'au point de vue biologique l'état de mal délirant n'est qu'une attaque d'hystérie prolongée.

De même que les états de mal précédemment étudiés, il se caractérise par un abaissement du volume de l'urine, du résidu fixe, de l'urée et des phosphates avec inversion de la formule.

La courbe fournie par le volume de l'urine et l'urée permettent de prédire la longueur de l'état de mal et de prévoir le retour à l'état normal.

E. — Etat de mal léthargique ou attaque de sommeil hystérique. — Nous avons placé cette variété de l'état de mal après les autres parce que nous considérons que l'attaque de sommeil relève surtout de la torpeur qui existe parfois dans l'intervalle de deux attaques ou séries d'attaques. Peut-être pourrait-on la faire dériver du stertor qui termine la phase épileptoïde ; nous ne le croyons pas cependant, car l'étude d'un grand nombre de faits (1) nous a révélé qu'il était exceptionnel d'observer ce phénomène lors des attaques de sommeil. Cela du reste a peu d'importance ; ce qui en a davantage pour nous c'est d'étudier la nutrition pendant cet état. Dès maintenant nous pouvons dire que l'état de mal léthargique n'est pas une exception dans la série que nous étudions, et que, à l'exemple des autres états de mal, c'est simplement une attaque d'hystérie prolongée dont nos investigations permettent désormais de prévoir la durée et de prédire la terminaison.

(1) Gilles de la Tourette. — Des attaques de sommeil hystérique. — Archive* de Neurologie, nos 43, 44, 1888.

Avant de pénétrer plus avant clans cette étude , il nous sera permis de dire que c'est justement le désir d'élucider la physiologie du sommeil hystérique qui a été l'inspirateur de nos recherches sur la nutrition dans l'hystérie.

Déjà cette question préoccupait vivement l'un de nous en 1887. Quelques analyses furent entreprises à Londres, et à la Salpêtrière, à son instigation, mais elles étaient trop incomplètes pour fournir des résultats scientifiques.

« Il est très difficile, lit-on dans Je travail déjà cité (Des attaques de sommeil hystérique, p. 27), d'être fixé sur les diverses sécrétions pendant l'attaque de sommeil ; toutefois elles nous paraissent ralenties. Ce ralentissement tient-il à la difficulté et à l'insuffisance de l'alimentation, cela est probable, mais il y a quelque chose de plus et nous pensons que véritablement pendant cet état les hystériques brûlent peu , se dénutritionnent peu, ce qui permet d'expliquer la conservation de l'existence, alors que l'alimentation artificielle ne suffirait pas, par exemple, aux échanges qui se font pendant les périodes normales de l'existence. » Ces conclusions beaucoup trop vagues avaient besoin d'être précisées, et c'est justement pour ce faire, que nous avons entrepris les recherches dont nous allons maintenant exposer les résultats.

Ces expériences ont porté sur 6 malades donnant un total de 11 états de mal pour lesquels il a été fait 91 analyses des 24 heures de sommeil sans compter les périodes d'état normal. L'état de mal le plus court que nous ayons observé a été d'un jour, le plus long de 15 jours, parmi bien entendu ceux qui ont été soumis à notre analyse. Il ne faut pas oublier, en effet, que l'état de mal de sommeil peut se prolonger pendant beaucoup plus longtemps. Nous renvoyons du reste, à ce propos, aux travaux de M. Charcot, de MM. Bourneville et Regnard et de M. Gilles de la Tourette.

Rappelons cependant , en ce qui regarde la sympto-

matologie, que l'état de mal que nous étudions se caractérise par un sommeil profond qui, comme les autres états de mal hystérique déjà étudiés, peut-être entrecoupé parles diverses phases de l'attaque, en particulier par les attitudes passionnelles. Pendant cet état, le malade est absolument insensible à toutes les excitations extérieures, sauf parfois à la pression de zones hystérogènes ; il est susceptible d'absorber une alimentation restreinte, liquide, ou demi-liquide. A ce dernier point de vue nous aurons toujours le soin de faire ressortir les particularités qu'offraient individuellement nos malades. Nous pouvons dire déjà que, chez tous, la température est restée normale pendant la durée des accès ; les urines, comme dans les autres états de mal, ont été recueillies à l'aide de la sonde.

Négligeant l'ordre chronologique dans lequel ont été faites nos observations, il nous a paru intéressant de donner tout d'abord l'analyse d'un état de mal, d'une attaque de sommeil n'ayant pas dépassé la période de 24 heures.

Si l'on veut bien considérer le tableau XVIII, on verra

Tableau XVIII.

Will-.., 19 ans. Attaque de sommeil hystérique.

Acide phosphor

DATES

PÉRIODES

| VOLUM1

KÉSIDU Fi POUR 1000

j ALCALIN ^

TOTAL

Cm <

OBSERVATIONS

Et. normal.

gr- 49 50

gr-

gr

gr

18 janv. 1889 .. .

Attaque ....

que l'attaque de sommeil, bornée à la période des 24 heures, se comporte exactement, au point de vue biologique, comme une attaque convulsive ordinaire. Elle

se juge par l'abaissement du taux de l'urine, du résidu fixe, de l'urée et des phosphates avec inversion caractéristique de la formule de ces derniers. En effet, à l'état normal, Will, 19 ans, poids 48 kilog., excrète, 1,1 50c. c. d'urine, 49 gr. 50 de résidu fixe, 22 gr. d'urée, 2 gr. 40 d'acide phosphorique total se décomposant en terreux 0,66, et alcalin, 1,74, donnant la proportion normale de 48 à 100.

Le jour de l'attaque de sommeil, elle excrète 550 c. c. , 34 gr. 10 de résidu fixe, 8 gr. 25 d'urée, 1 gr. 10 d'acide phosphorique total se décomposant en terreux Ogr. 66 et alcalins 0 gr. 44, donnant la proportion de 150 à 100 réalisant au suprême degré l'invasion de la formule des phosphates.

L'attaque de sommeil hystérique comprenant la période de 24 heures est donc entièrement assimilable, au point de vue chimique, à l'attaque convulsive ordinaire.

Le tableau XIX a rapport à un état de mal de sommeil

Tableau XIX.

Jum..., 16 ans. Etat de mal de sommeil hystérique.

DATES

14 dée 1888.

15 déc. 1888.

16 déc 1888

PEfUODES

Et. de mal

I !em,

Et. normal.

ce.

û -rf

35 ce

pr.

gr

.cide phosptaor.

gr.

gr.

gr.

OBSERVATIONS

Poids au début de l'état de mal 41 k. 800.

Alimentation nulle.

Poids au réveil 41 k. 350.

Différence = 450 gr.

de 48 heures de durée. Mêmes phénomènes que précédemment : abaissement du taux de l'urine, du résidu fixe, de l'urée, des phosphates avec inversion caracté-

ristique de la formule. Nous notons, en plus, qu'en 2 jours la malade a perdu 450 gr. de son poids.

Dans le 3e cas, Mono., fem., 19 ans, 51 kilog., l'état de mal dure 3 jours, et se rapproche à un tel point du précédent qu'il nous paraît inutile de donner le détail des analyses. Elle maigrit de 960 gr., car elle ne pèse plus au réveil que 50 kilogr. 040.

Dans le 4e cas, Camp, fem., 25 ans, le sommeil dure 4 jours et s'étend du 29 juin au 3 juillet 1888. Les urines ne peuvent être recueillies, car ainsi qu'il arrive quelquefois pendant l'état de mal, il y a incontinence. Nous ne voulons en retenir que ceci, c'est que la malade, qui n'absorbait absolument rien, pesait 57 kilogr. le 29 juin 1888, début de l'état de mal, et 52 kilogr. le 3 juillet, jour du réveil. En 5 jours elle avait donc maigri de 5 kilogr.

Le 5 juillet elle s'endort à nouveau, pesant 51 k. 900, pour se réveiller le 7 juillet, pesant 51 kilogr. 120. On voit combien peut être grande la dénutrition, pendant l'état de mal léthargique, lorsque les malades n'absorbent rien.

La 5e malade, St. Den., 15 ans 1/2, a été présentée, parM.Charcot,à sa Leçon du mardi 5 février 1889. A cette époque, elle était soumise déjà depuis quelque temps à notre observation pour des vomissements hystériques qui avaient nécessité son admission à la Salpêtrière. Une première fois, le 23 janvier 1889, ses vomissements sont entrecoupés par un état de mal de sommeil qui dure 3 jours, les 23, 24 et 25 du même mois. Nous ne pouvions établir, étant donné les vomissements, une comparaison avec l'état normal qui n'existait pas à proprement parlera ce moment; toutefois, les analyses de ces trois jours ne sont pas moins caractéristiques que celles des cas précédents au point de vue de l'état de mal léthargique. Chez St. Den. ,âgée de 1 5 ans 1 /2, pesant 37 kilogr. 760 le jour du début de l'attaque de sommeil, les analyses donnent : urine 750 c. c; résidu fixe 20 gr. 60, urée 1 1 gr. 85, acide phosphorique total

0 gr. 74, alors que la veille, malgré les vomissements, elles donnaient : urine 870 c. c, résidu fixe 29 gr. 62, urée 15 gr. 92, acide phosphorique total 1 gr. 62. Pendant 3 jours de sommeil, les 23, 24, 25 janvier 1889, les sécrétions se maintiennent à ce taux inférieur. La malade, qui sort le 25 au soir de son état de mal par une attaque convulsive, a maigri de 810 grammes, car elle ne pèse plus que 36 kilogr. 950 au lieu des 37 kilog. 760 du jour du début de l'état de mal léthargique, soit 270 gr. par jour. Pendant ces 3 jours, la température rectale moyenne a été de 37° 4.

Nous empruntons la suite de l'observation à la « Leçon du mardi », 5 février, que notre maître, M. le professeur Charcot, a consacrée en partie à ce cas intéressant.

« Les jours qui suivent l'attaque (précédente), la malade ne vomit presque plus et elle continue à bien manger; le 31 janvier, son poids avait atteint le chiffre de 39 kilos.

« C'est ce jour-là même, le matin à 9 heures, c'est-àdire il y ajuste 5 jours, que s'est déclarée la seconde attaque, celle dont j'ai tenu à vous rendre témoins aujourd'hui. J'aurais pu, naturellement, dès le début de la crise, craindre à chaque instant de voir la malade se réveiller et de me trouver par là privé du plaisir de vous démontrer, sur nature, les détails d'un cas assez rare en somme et toujours intéressant, si je n'avais été rassuré par les circonstances que voici. MM. Gilles de la Tourette et Cathelineau ont démontré, vous ne l'ignorez pas (1), par l'étude de six cas de sommeil hystérique que, pendant la durée de l'attaque, le poids du corps diminue rapidement en même temps que l'on constate, par l'analyse des urines, une constante diminution qualitative et quantitative de tous les éléments : volume, urée, phosphates, etc. Mais ces observateurs ont établi en outre que régulièrement deux

(1) Leçons du Mardi, 1888-1889, 4e leç., p. 69.

ou trois jours avant le réveil, on voit le volume de l'urine, le poids de l'urée se relever progressivement et aller toujours en augmentant; de telle sorte que l'on peut, en tenant compte de ces données, prévoir jusqu'à un certain point, quelques jours à l'avance, l'époque à laquelle le malade se réveillera. Or, chez notre dormeuse, une analyse faite le 3 ayant montré que ce relèvement ne s'était pas encore prononcé, nous pouvons compter que, si on laisse aller les choses, le réveil se fera attendre quelques jours encore. »

Puis M. Oharcot analyse devant ses auditeurs les divers phénomènes présentés par la malade dont le sommeil est entrecoupé, pendant la leçon même, par des salutations. « Vous reconnaîtrez, dit M. Charcot, dans ces grands mouvements de salutation, un des épisodes les plus vulgaires de la seconde phase de la grande attaque hystéro-épileptique ; tandis que d'un autre côté les tentatives que fait parfois le malade pour sortir de son lit et s'enfuir en prononçant des paroles dont on ne peut pas toujours saisir le sens reproduisent le tableau des attitudes passionnelles; et ces diverses circonstances sont de nature à justifier l'opinion que je soutiens à propos du sommeil hystérique : c'est à savoir qu'il n'y faut pas voir autre chose qu'une grande attaque, ou mieux, qu'une série de grandes attaques modifiées dans leur forme extérieure.

« Les intéressantes recherches de MM. Gilles de la Tourette et Cathelineau sont venues d'ailleurs donner à cette hypothèse un solide appui en montrant que, en ce qui concerne la perte du poids du corps, la diminution de l'urine et l'abaissement du taux de l'urée, l'attaque de sommeil reproduit en tous points, ce qui a lieu dans les séries d'attaques hystéro-épileptiques. »

M. (Jharcot réveille alors la malade par la pression d'une zone hystérogène située au niveau de l'ovaire gauche, pression qui détermine une attaque convulsive. Le soir, la malade est pesée et donne 37 k. 100. En cinq jours de sommeil, elle a maigri de 1 ,900 gr., soit 380 gr.

par jour, car elle pesait 39 k. le 31 janvier, jour du début. Pendant cette période, elle a excrété en moyenne par jour 655 gr. d'urine, 32 gr. de résidu fixe, 12 gr. d'urée, 1 gr. 60 d'acide phosphorique total. La différenciation des phosphates faite le premier jour de sommeil donna, ainsi que le montre le tableau XX, l'inversion de la formule.

Les phénomènes qui suivent le réveil sont également intéressants à noter. Le jour du réveil, 5 février, Tatta-

Tableau XX.

Etat de mal léthargique. St-Den..., 16 ans.

Acide phosphor.

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DATES

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OBSERVATIONS

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