MOLÉCULE DE PROTOPLASMA VIVANT
1. Toxines. — - Les poisons microbiens, dont les relations étroites avec les substances nutritives ont été mises en évidence par EhrIich, exercent leur action nocive sur les éléments cellulaires des organismes sensibles, en contractant avec ces éléments des combinaisons plus ou moins intimes. Ces poisons se fixent d’une façon rigoureusement élective sur les tissus et disparaissent ainsi rapidement de la circulation générale. l^lusieurs faits des mieux établis, prouvent la réalité de cette fixation.
Von Behring et WernicUe (‘) ont recherché la dose d’antitoxine diphtérique (|ui, introduite un certain temps après l’injection du poison sécrété par le bacille de Lofller, sauve la vie des animaux. Ils ont constaté que, si l’on pratique l’introduction du sérum antitoxique immédiatement (*)
(*) Von Behring et Wernicke. — Zft fürllygiene, 1892, vol. 12.
après la loxine, il suffit, pour guérir, d’une dose d'antitoxine deux fois plus considérable que la dose iininunisante. Huit heures après l’administration de cette toxine, il faut multiplier par d cette dose, tandis qu’après 3G heures, il est nécessaire de recourir à une quantité d'antitoxine huit fois supérieure. Cette expérience montre que l’action curative de l’antitoxine diphtérique est d'autant moins efficace, que le temps qui s’écoule entre l’introduction de la toxine et l'injection de l’antitoxine, est plus long. Il semble que cette inefficacité tardive du sérum antitoxiqueest attribuable au fait que la fixation de la toxine diphtérique sur les tissus est, à un moment donné, tellement intime, que l’immunserum ne réussit plus à neutraliser cette toxine.
Ces recherches ont été confirmées par Donitz (*) pour le poison tétanique et diphtérique. Cet auteur injecte dans le système veineux du lapin une quantité de toxine diphtérique représentant environ 6o fois la dose mortelle. Il cherche ensuite combien il faut d’antitoxine pour sauver la vie aux animaux, lorsque l’introduction de cette antitoxine est pratiquée immédiatement, ou un certain temps après l’intoxication. Donitz voit ainsi que la fixation d’^me
(') Donitz. — Vebar die Grenzen der Wirksamheit des DipfUerieheilserums. Arch. de Pharmacodynamie, vol. 5, f. 5 et 6, 1899 Deulsch. nied. Wocli , n° 27,
G. Lev.vditi — La Nutrition et l’Immunité
dose mortelle de poison dijilitérique sur les tissus sensibles s’o[)ère très rapidement, et que la vitesse de cetle fixation est proporlionnelle à la quantité de toxine injectée. Ainsi, dans le cas de sept doses mortelles, l’absorption du poison a lieu déjà en i5 minutes, tandis que lorstju’on se sert de 6o doses mortelles, cetle absorption n’exige que deux minutes. De plus, si l'on augmente la quantité de sérum antidiphtérique, on réussit à maintenir les animaux en vie, mémo passé ce délai ; seulement, il faut alors injecter des quantités relativement considérables d’antitoxine (i85o unités antitoxiques).
Cette fixation presque instantanée des poisons microbiens sur les éléments cellulaires, ressort d’une manière plus frajipante encore des expériences classiques de Ileymans, Decrolv et Ronsse. Ces savants emploient le procédé bien connu de la transfusion sanguine, procédé qui leur a permis d’obtenir des résultats intéressants au sujet de la fixation rapide des malonitrils introduits dans la circulation générale. On injecte dans le système veineux d’un petit lapin une quantité donnée de poison ; quelques minutes après, on transfuse dans la jugulaire de ce lapin, dont on a ouvert préalablement la carotide, le sang artériel d’un grand animal de la même espèce. Celle méthode permet de changer presque entièrement le liquide hématique du lapin en expérience et d’apprécier ainsi
le temps nécessaire à la fixation du poison, d’après l’intervalle qui s’écoule entre le moment de l’injeclion et celui où la transfusion réussit encore à empêcher l’intoxication.
En recourant à ce procédé, Heymans, Decroly et Ronsse (') ont vu que la dose mortelle du poison tétanique se fixe sur les tissus du lapin en vingt et trente secondes, et qu’il faut environ dix minutes pour que le venin de cobra contracte, avec ces tissus, une combinaison aboutissant à la mort de l’animal (Decroly et Ronsse). Ce sont là des données très précieuses, qui montrent avec quelle rapidité les principes toxiques d’origine microbienne ou animale, sont absorbés et retenus par les éléments cellulaires.
Si l’on injecte, dans le système vasculaire d’un organisme sensible, une quantité donnée de poison tétanique, et si l’on calcule la masse do tétanosiiasmine que devrait contenir un centimètre cul)e de sang, si la répartition de cette toxine s’effectuait d’une façon uniforme, on constate, qu’en réalité, ce sang contient beaucoup moins de poison. Ainsi, suivant Knorr (^), le liquide hématique du lapin ne renferme que la
(1) Decroly et Ronsse. — Arch. Intern. de Pharmacodynamie, vol. 3, 1897 et vol. (J, 1899. Voir au sujet de la fixation des poisons anorganiques : Masoin. — De la rapidité d’ absorption des poisons par l’organisme. Arch. intern. de Pharmacodynamie, vol. 2, 190.3.
(2) Knohu. — Ilabilitationsschrift. Marburg. Pfeil.,