‹ La nutrition dans ses rapports avec l'immunitéChapitre 30 sur 106 · SUBSTANCES ASSIMILABLES ET PRÉCIPITINES · texte numérisé non relu

SUBSTANCES ASSIMILABLES ET PRÉCIPITINES

provoquent l’apparition des précipilines dans le sérum des animaux immunisés. A “priori déjà, il est à prévoir que ces albumines d’espèce étrangère doivent perdre, dans le canal alimentaire, leur ])ouvoir précipitogène. En effet, chaque individu absorbe parfois des quantités considérables de lait ou d’albumine d’œuf et néanmoins le sérum de l’hornrne normal ne jouit d’aucune qualité précipitante appréciable à l’égard de ces corps protéiques. L’expérience n’a fait que vérifier cetle manière de voir. Dans la grande majorité des cas, il a été impossible de faire apparaître des précipilines dans le sérum des animaux auxquels on administrait, [)ar la voie digestive, du blanc d’œuf, du lait ou des globulines (von Dungern (‘), Hamburger (^), Moro (^)). Pourtant, à la condition d’introduire par la sonde stomacale des quantités considérables de matières protéiques, Ulenhuth Michaëlis et Oppenheimer (“) ont provoqué l’apparition des précipilines dans le sérum, quoique à un degré sensiblement moindre que par la * (*)

{') Von Dungkrn. — Bie Antihorpei\ léna, 190Ü.

{-) Hamuurgku. — Biolog. üher die Eiiveiskijrper (1er Kuhmilch und üher die Suuglingsernührung. Wien. kl. Wocli., 1901.

(3) Moro. — Biolog. Bezieh. zwischen Milch u. Se~ rum. Wien. kl. Woch., 1901, p. i 07L

(*) Ulenhuth. — Fine Mitt. zur Untersiich. der verschied. Blutarlen. Deutsche med. Woch., 1901, p. 82.

(S) Michaëi.is et Oprenheimer. — Die Immunitiit gegen Eiweisskürper. Arch. fur Anat. u. Phys., 1902.

POUVOIR PRÉCIPITOGÈNE

méthode de l’injection soiis-cutanée. D’autre part, suivant Ascoli, le sérum de certains animaux normaux peut contenir des traces d’autoprécipitines. Néanmoins, ce ne sont là que des cas très particuliers qui s’écartent trop des conditions de la vie normale, pour en tenir compte. On peut donc conclure que les principes protéiques subissent dans le tube digestif des modifications qui leur enlèvent totalement la propriété en vertu de laquelle ces principes, appliqués sous la peau, provoquent V apparition des précipitines dans le sérum. Quelles sont ces modifications ?

Il est utile, avant de préciser la nature intime de ces modifications, d’insister sur certains faits concernant la marche de l’élaboration digestive des matières protéiques. L’étude des réactions diastasiques nous apprend que ces matières, une fois introduites dans le canal alimentaire, changent sensiblement de constitution sous l'influence des enzymes protéolytiques, en particulier, de la pepsine et de la trypsine. Elles s’hydrolysent plus ou moins intégralement, et donnent lieu à la formation de corps dont les molécules sont plus simples par rapport à celles des corps albuminoïdes. Ainsi, en soumettant les substances protéiques à l’influence digestive de la trypsine, on obtient in vitro des albumoses, des peptones, des corps cristal lisables, tyrosine, leucine, etc. Parfois, ces dérivés des albumines sont absorbés

POUVOIR PRÉCIPITOGICNE

en nature par la muqueuse de l’intcslîn et passent dans la circulation (Cohnheirn ). Mais, en général, cette muqueuse, grâce à un processus de synthèse encore peu précisé, et où les leucocytes jouent très probablement un rôle actif (llofmeister), utilise ces produits simples pour fabriquer, à leurs dépens, les substances protéiques complexes qui servent à la reconstitution des tissus. Ce qui le prouve, c’est que Lowy a réussi à entretenir des chiens en éc[uilibre azoté, en les nourrissant exclusivement de principes azotés sinijiles, ne donnant nullement la réaction du biuret.

C’est donc à la muqueuse de l’intestin qu’incombe normalement la fonction de synthétiser, au détriment des albumines étrangères ou de leurs dérivés, des substances protéiques directement assimilables. C’est au niveau de celte muqueuse également, comme l’ont justement remarqué 3Iicha("'lis (^) et Oppenheimer (2), que les substances albuminoïdes provenant d’une espèce animale étrangère, subissent une transformation moléculaire qui fait qu’elles perdent pour toujours leur faculté de provoquer la fabrication

(b Michaklis. — Die Bedcutung der Prdcipitinreact. fur die Ernülirungsphysiologie. Zft lür diiit. u. pliysical. Tlierap., vol. 6, 1902; Untersuch. nber Eiweisspnicipil. Deutsch. nied. Woch., n° 41. 1902.

(-) .Michaëlis et Oppenheimer. — Deber Immnnilüt gegen Ehveisskürptr. Kvch. fur Anat. u. Physiolog.,

PEPTONES ET PRECIPITINES

des anticorps. En métamorpJt osant ces alhu- 7nines tout d’abord en des corps plus simples et en 7'econslrîiisa?it ensuite, à l aide de ces corps, de nouvelles molécules protéiques, la 7nuqueuse intestmale enlève aux albumines étrangères le groupe chimique qui incite le protoplasma à fabriquer et à excréter des anticorps spécifiques.

Ceci a été rigoureusement prouvé par l'expérience. Ainsi, on a démontré que déjà les premiers produits résultant de la protéolyse, les albumoses et les peptones, introduits sous ta peau des lapins, ne provoquent plus l’apparition des précipitines dans le sérum. Michaëlis et Oppenheimer, en se servant d’albumose et de la peptone de Riedel et de Merck, Buchner et Geret ('), en utilisant la peptone de Witt, n’ont pas réussi à préparer des antipeptones et les résultats obtenus perces auteurs sont assez concordants, pour mettre en doute les recherches positives de Myers (-). 11 en est de môme des principes ayant une constitution plus sinqde que ces peptones et qui sont, pour la plupart, crislallisables. On sait, en effet, que, jusqu’à présent, il a été impossible de produire des anticorps à

(') Buchner et Geret. — Uehei' ein hristallinisches Immunisierungsp)'oduct, Münch. med. \N'ocli., 19^1» p. iid3 et

(-) Myers. — On immunity against proteïda. Proceed. pathol. Society, 1900 ; Immunitüt gegen Proteïde. Cbt lur Bakt., vol. 28, 1900, p. 287.

POUVOIR PRÉCIPITOGÈNE

l’aide de substances caj)ables de cristalliser. D’un autre côté, iMicliaëlis et (J])penbeirner et P. T. Millier (*), ont vu que certaines matières protéiques (louées de qualités immunogènes, une fois soumises in vitro à l’action digestive des ferments trypsiqueet peptique, perdent la faculté de produire des précipitines. Ces auteurs ont constaté ainsi que le sérum de bœuf, digéré avec de la pepsine, n’est plus jirécipitogène, quoique le liquide de digestion donne encore la réaction des albumines; ils ont vu également que l’introduction de l’iode dans la molécule de matière protéique, ne modifie guère les qualités immunogènes de cette matière (Müller).

On est ainsi amené à conclure que, contrairement à ce qu’affirment Obermayer et Pick(^), la muqueuse intestinale et ses ferments apportent, aux molécules protéiques, des modifications de structure assez profondes, pour que ces molécules deviennent incapables de produire des anticorps. Qu’il s’agisse d’une altération dans la constitution stéréoïsomérique de ces molécules ou de cbangements qualitatifs plus profonds, le fait est que toute albumine qui a traversé la paroi intestinale et qui a subi l'influence de la

(1) Müller. — Vergl. Stud.iiher die Gerinnung des Kaseins durch Lab und Lactosérum. Münch. ined. Woch., 1902.

(2) Orermayer et Pick. — Biolog. chem. Studien über das Eihlar. Wien. kl. Rundsch., 1902, n° i5.

ALBUMINE HOMOLOGUE ET HÉtÉROLOGUS 77

muqueuse digestive et de ses fertnents, perd, par ce fait même, ses propriétés immunogènes . Cela nous explique suflisamment pourquoi les animaux ne renferment pas à chaque instant, dans leur sérum, des anticorps (précipitines) vis-à-vis des diverses substances protéiques qu’ils ingèrent, et pourquoi Us restent insensibles à ï injection sous-cutanée et intra-veineuse de leur propre albumine.

On peut résumer de la manière suivante les considérations générales exposées jusqu’ici :

1° Toute albumine provenant d’une espèce animale étrangère (‘), introduite dans un organisme par voie intra-veineuse, sous-cutanée ou intra-péritonéale, provoque l’apparition d’anticorps dans le sérum de cet organisme ;

2° La même albumine administrée par le tube digestif, perd, en général, son pouvoir immunogène. La muqueuse intestinale et ses ferments impriment à la constitution moléculaire de cette albumine des modifications profondes, qui aboutissent à Videntif cation des matières protéiques alimentaires, avec les principes albumineux qui circulent dans le plasma. D' hétérologues, ces matières protéiques deviennent ainsi homologues.

3“ V albumine homologue est absolument dé-

(') Nous entendons par le terme albumbie, ioui principe immunogène ayant une structure moléculaire complexe (protéines solubles, cellules, microbes, etc.).

RÉSUMÉ

■pourvue de propriétés immunisantes à V égard de V organisme animal qui la fournit.

Il s’ensuit que si l’on veut préciser le mécanisme intime de la nutrition cellulaire en s’appuyant sur les diverses propriétés des groupes fonctionnels des molécules protoplasmiques, il est indiqué de s’adresser aux albumines et aux cellules d’espèce étrangère. Il est, de plus, recommandable de créer l’immunité en administrant ces albumines, non pas par la voie digestive, mais par injection sous-cutanée, intraveineuse ou intra-péritonéale. De cette manière, on incite le protoplasma à fabriquer une grande quantité d’anticorps que l’on peut puiser dans le sérum des animaux en expérience et dont on peut étudier aisément les diverses propriétés. Les données ainsi obtenues permettront jusqu’à un certain point de pénétrer le mécanisme intime de la nutrition cellulaire.

La première question que nous nous proposons d’examiner est la fixation des matières assimilables par les groupes fonctionnels des molécules protoplasmiques. Nous savons qu’à l’état normal, ces groupes restent la plupart du temps attachés aux molécules protoplasmiques, pour exercer là, en vertu de leur affinité chimique, une sélection parmi les matières assimilables qui circulent dans le plasma. Nous savons, d’autre part, que l’immunité nous fournit

RÉSUiMK

le moyen d’augmenter la quanlîlé de ces groupes fonctionnels et de déterminer leur passage en masse dans les liquides qui baignent les éléments cellulaires. L’étude de la fixation de la matière assimilable par le protoplasrna, peut donc être dirigée dans deux directions :

1° On peut rechercher si les principes assimilables, doués de pouvoir immunorjène, se fixent, d’une façon rigoureusement élective, sur les groupes fonctionnels qui sont encore attachés aux molécules deproloplasma vivatit ;

2° On peut préciser si les groupes fonction- 7iels qui circulent libre^nent dans le plasma des organismes immunisés , sous la forme d’anticorps, se fixent sur les diverses matières assimilables douées de pouvoir hnmunogène.

Nous consacrerons à cbacune de ces questions un chapitre spécial.

CIIAPITUE III

Page 1