‹ La nutrition dans ses rapports avec l'immunitéChapitre 33 sur 106 · TOXINES DANS LA CIRCULATION GÉNÉRALE 8S · texte numérisé non relu

TOXINES DANS LA CIRCULATION GÉNÉRALE 8S

Marie (^), le sang d’un lapin empoisonné par la toxine tétanique, puisé deux heures après l’introduction de cette toxine, ne tue la souris qu’à la dose de 7 de centimètre cube, au lieu de comme cela devrait ôlre, « si le liquide sanguin avait conservé la totalité de la toxine injectée ».

Les animaux à sang froid gardent plus longtemps dans la circulation générale les poisons microbiens qu’on leur administre. Ainsi Metcbnikoiï (-) a montré que V Onjctea nasicor?iis et l’axolotl peuvent renfermer le poison tétanique, dans celte circulation, pendant plusieurs mois, et qu’il en est de môme de la Cestudo lutaria, même lorsqu’on a soin de maintenir cet animal à des températures voisines de 36°. Néanmoins, en se servant d’une méthode délicate, Morgeni’otb (^), a pu constater que, chez la grenouille [Raria esculenla), il s’opère une certaine fixation de la toxine tétanique sur les tissus, même à la température de la glacière (8°). On savait déjà, depuis les recherches de Cour-

(1) Marie. — Rech. sur la toxine tétanique. Ann. Inst. Pasteur, juillet 1897.

{-) Metchnikoff. — Rech. sur l’influence de l'organisme sur les toxines. Congrès de Moscou, 1897, p. 8i. D’après le même auteur, le scorpion ne renferme plus la toxine dans le sang 24 heures après l’injection ; cet animal accumule le poison dans le foie.

(3) Mopoenrotii. — Zur Kenntnis des Tetanus des Froches. Arch. de Pharmacodyn., vol. 7, f. 3 et 4, 1900 et Deutsch. med. Woch., n“ 35, 1898.

TETANINE ET TISSU NERVEUX

mont et Doyon (^), que la grenouille ne devient tétanique qu’à la condition d’être jilacée dans un milieu dont la température est voisine de 36°. Fort de cette donnée, Morgenrolh injecte sous la peau de la rana plusieurs doses mortelles de tétanine, maintient l’animal pendant trois jours à 8°, et détermine ensuite la quantité de sérum antitétanique capable de sauver la vie aux animaux ainsi empoisonnés. Il constate que si, pendant les quatre premiers jours qui s’écoulent à partir du moment où l’on pratique l’introduction de la toxine, g4 équivalents de sérum empêchent, à 38°, l’apparition des contractures, passé ce laps de temps, il faut recourir à 3j5 équivalents pour obtenir le même effet. Ceci prouve que le tissu nerveux de la grenouille, conservé à 8° fixe déjà le 4® jour, une dose mortelle de tétanospasmine, et que la fixation de ce poison est à ce point intime, qu’elle résiste à l’action neutralisante d’une quantité assez considérable d’antitoxine.

Ces constatations montrent d’une manière évidente que, peu de temps après l’injection des poisons microbiens, ces poisons sont intimement fixés par les tissus et disparaissent plus ou moins vite de la circulation générale. Il est à penser que les toxines offrent, à l’égard de ces tissus, une affinité chimique rigoureusement (*)

(*) CouimoNT. — Le Tctanon. Paris, Baillière, 1899.

FIXATION DES BACTÉlUO-llÉ.MOLYSlNES 8?

élective, alfinilé en verlu de laquelle elles sont retenues par le protoplasma qui subit leur inlluence morbigène. Cette aftinité ne peut s’exercer qu’à l’égard des groupes fonctionnels des molécules protoplasmiques, puisque le rôle principal de ces groupes est précisément celui de fixer et d’élaborer les malières destinées à être assimilées par les cellules.

Les expériences faites in vitro ont pleinement confirmé celle manière de voir. Elles ont permis de constater que les divers tissus qui, dans l’organisme vivant, subissent d’une façon particulière l'influence morbigène des poisons microbiens, sont capables de fixer, dans le tube à essai, des (juantités appréciables de ces poisons. On sait, depuis les recherches d’Ebrlich (*), que les cultures stérilisées du bacille de Nicolaïer contiennent, en dehors d’une toxine lélanigène, le lélanospasmine, un principe hémolytique très actif, la ièlanolysine. On a dilTérencié ces deux poisons cellulaires en se basant, en premier lieu, sur le fait que les diverses cultures tétaniques renferment des quantités sensiblement différentes de tétanolysine et de tétanospasmine, en second lieu, sur leur résistance inégale à l’égard de la chaleur (^), enfin sur l’observation

(1) EiiuLicii. — Gesellsch. der Cliarité-Artze, 3 fév. nSyS et Berl. kl. Wocli., n“ la, iStjtS.

(2) La lysine se détruit, entièrement à r)o°, tandis que cette température ne lait qu’atténuer la spasmine

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que cerlaius sérums spécifiques jouissent d’un fort pouvoir antispastique, loul en étant presque dépourvus de qualités aulilytiques. madsen (‘) étudie la façon dont les hématies du lapin se comportent à l’égard de la tctanolysine et constate que ces hématies fixent des quantités appréciables de ce [loison, et que^ d’autre part, ils ne retiennent nullement la tétanospasmine. Or, on sait que, des deux principes qui entrent dans la constitution des cultures tétaniques, seule la lysine agit sur les érythrocytes, pour en provoquer la dissolution, tandis que la spasrnine influe surtout les éléments nerveux. 11 s’ensuit de là que la fixation de la toxine par les groupes fonctionnels des molécules protoplasmiques, s’opère d’une manière rigoureusement spécifique.

Les cultures filtrées de siaphiflococciis aw'cus contiennent deux poisons cellulaires bien différenciés : 1° V héniohjsine découverte par Krauss (®)et étudiée jKir Lingelsheim (^), MaxNeisser et Wechsberg (^), principe doué de propriétés dissolvantes à l’égard des érythrocytes du lapin et du cheval ; 2° la leucotoxine ou la ïeucocidine, si-

(') Madsen. — Ueber 'Telanolysin. Zft fïu* Hyg., vol. 3a, p. 214. 1899» et Ueber Heilversuche im lieagenglas. Zft lür Hyg., vol. 3a, p. a3g, 1899.

(2) Krau.ss. — Wien. klin. Woch., 1900, n« 3.

(■*) Lingklsheim. — Ætiologie u. Thérapie der Slaphylococcenin fection. Berlin, 1900.

(q Neis.sku et Wecii.sbeug. — Ueber dus Staphylotoxin. Zft l'ür Ilyg., vol. 36, 1901, p. 299.

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gnalée pour la première fois par Van de Velde (^) et analysée de plus près par liai! (-), substance caractérisée par ses qualités leucolytiques. Neisser et Wechsberg ont recherché si la stapbylolysine qui dissout d’une façon intense les hématies du lapin, se fixe sur le stroma de ces hématies et ont réalisé l’expérience suivante : Une quantité donnée de globules rouges est mise en présence de plusieurs doses dissolvantes de cultures filtrées de staphylocoque et maintenues pendant quelques heures à o“. A cette température, l’hémolyse est entravée. On sépare les cellules du liquide surnageant grâce à la force centrifuge, et on constate que ce liquide s’est presque complètement débarrassé de la staphylolysine qu’il renfermait, et que les érythrocytes ont retenu une quantité assez considérable de ce poison. En elTet, ces érvthrocy tes, placés à 38° dans de l’eau salée isotoniqne, se dissolvent d’une manière très accentuée. Celte e.rpérience prouve que les hématies qui subissent Vaclion liémolysante de la staphjfloli/sine, sont pourvues de groupements chimiques doués d'une affinité manifeste à Végavd de ce poison. Et il en est de môme,

(■) Van DR Veldk. — Etudes sur le mécanisme de la, virulence du staphylocoque pyogène., La Cellule, vol. 10, f. 2.

(2) B.ml. — Ueher leucocide Subslanzen in den Sloffiuechsel2n'oducten von Staphyl. pyog. aur. Zlt Uir Ilyg., vol. 3o et Arcli. für Ilyg., vol; 3a.

TKTANINK ET TISSU NERVEUX

(l’aj)rès les recherches enlreprises par ces auteurs, des globules blancs et de la leucocidine.

Ces constatations montrent suffisamment la réalité de cette absorption spécifique que les molécules de protoplasma vivant, grâce aux groupes fonctionnels dont elles sont pourvues, exercent sur les poisons microbiens. Néanmoins, il ne s’agit, dans ces recherches, que de cellules ; il était intéressant d'examiner

si les organes qui, chez l’animal vivant, subissent d’une façon rigoureusement spécifique l’action détériorante des principes bactériens, absorbent et retiennent intimement ces principes dans le tube à essai. Les expériences entreprises par Wassermann et Takaki (*), avec le système nerveux et la toxine tétanique, ont pleinement confirmé cette prévision.

Le tétanos expérimental est une intoxication caractérisée par des contractures qui commencent, en général, au point où l’on inocule la toxine tétanique, et qui sont dues à une modification particulière que cette toxine imprime aux centres nerveux. Le poison lélanigène introduit sous la peau de la patte du cobaye, chemine, comme l’ont démontré les belles recherches de Marie (-),

(>) Wassrumann et Takaki. — Ueber tetanusantitoxische Ei genschaften des normalen Cenlralnerven- Systems. Berl. kl. Woch., n° i, p. .5, 1898; Ueber eine neue Art von künstliclie Immu)iitat.

(2) Marie. — Hech. sur la toxine tétanique. Ann. Inst. Pasteur, 1897.

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