‹ La nutrition dans ses rapports avec l'immunitéChapitre 34 sur 106 · TÉTANOS LOCAL · texte numérisé non relu

TÉTANOS LOCAL

de Marie et Morax (^) et de Mayer et Ransom (^), le long des ülamenls cylindraxiles qui énervent la région inoculée, et atteint, à un moment donné, les cellules nerveuses du neurone moteur d'où émanent ces filaments. Là, cette toxine contracte, avec ces cellules, une combinaison intime qui aboutit, après une période d’incubation variable, à des troubles fonctionnels se traduisant par les contractures tétaniques bien connues. L’action du poison tétanique est donc rigoureusement spécifique, et l’organe qui, a priori, doit renfermer des groupes fonctionnels pourvus d’une affinité élective à l’égard de ce poison, ne peut être autre que le système nerveux central. Que répond l’expérience à ce sujet ?

Marie (* *) voit que si l’on apprécie la richesse en toxine tétanique des divers organes prélevés sur des animaux empoisonnés, on constate que seuls les éléments nerveux ne renferment la moindre trace de cette toxine. D’autre part, Ransom (^) injecte au pigeon des doses relativement considérables de tétanospasmine et remarque que

(1) Marie et Morax. — Reoli. sur l’absorption de la toxine tétanique. Arm. Inst. Pasteur, vol. iG, p. 8i8,

(-) Hans Mayer et Ransom. — Telanussludien. Chem, und ined. Unlersuch. Festschrift Jaffé. Braunsclnveig. 1901, p. 295, et Arch. für exp. Path., vol. /pj.

Marie, cité p. 90.

(*) Ransom. — Die Verleiluna von Tetanusgif t und Telanusantitoxin in lebend. tierisch. Korper. Berl. kl. Woch., vol, 38, 1901.

TÉTANINE ET TISSO NERVEUX

de tous les (issus étudiés, seuls les centres nerveux sont absolument dénués de pouvoir (étanigène. Ceci prouve que ces centres, à l'encontre des autres organes, retiennent fortement la toxine tétanique et qu’ils jouissent, par conséquent, d’une affinité spéciale vis-à-vis de cette toxine. Celte affinité a pu être directement démontrée in vitro par Wassermann et Takaki. Ces auteurs mélangent, dans le tube à essai, du cerveau de cobaye et de la lélanine, et injectent ce mélange sous la peau des souris et des cobayes, lis observent que, pour une masse déterminée de poison, ces mélanges restent absolument inactifs, ce qui prouve que le tissu nerveux est capable de neutraliser une certaine quantité de toxine tétanique, en fixant intimement cette toxine sur ses éléments constitutifs. Les autres organes du cobaye se sont montrésentièrement dépourvus de qualités neutralisantes. Ces expériences, ainsi que les rechercbes confirmatives de Marie (*), de Metchnikoff (^), d’Assakawa (®), de Donitz (^)

(') Marie. — Sur les propriétés antiloxiques des centres nerveux de l'animal sain. Ann. Inst. Pasteur, 1898, p. 91.

(2) Metchnikoff. — Rech. sur l'influence de l’organisme sur les toxines. 2« mémoire. Ann. Inst. Pasteur, 1899, p. 82.

(^) Assakawa. — Cbt fiir Bakteriolog., 1898, v. 24.

(*) Donitz. — Die Immunitüt. Deutsche Kliiiik. Leyden et Klemperer. Berlin, igo3, p. 553.

TÉTANINE ET TISSU NERVEUX

et d’Ignatowsky (^) ont démontré, de plus, que la substance grise d^^s centres nerveux est sensiblement plus active que la matière blanche et que le cerveau est plus fixateur que la moelle épinière. Rappelons enfin que, suivant Milcbner(-) et Danysz (^), l'organe cérébral cbaulîé à 100°, perd sensiblement son pouvoir neutralisant à l’égard du poison tétanigène.

Ces qualités antitoxlques du cerveau du cobave peuvent être facilement influencées par les changements du milieu dans lequel s’opère la réaction. Ainsi, d’après Knorr ('■■), la masse cérébrale émulsionnée dans une solution deNaCl à 10 %, perd presque entièrement son action neutralisante. D’autre part, suivant Danysz, si les centres nerveux suspendus dans l’eau salée isotonique, fixent 100 parties de toxine tétanique, les mêmes centres mis en présence de l’eau distillée, n’en retiennent que 90 parties, et le cerveau dilué dans une solution de sel marin à 10 ”/o neutralise que cinq équivalents de la même toxine.

(1) Ignatowsky. — Cbt fur Bakt. vol. 35, n» i, p. 4. igo3.

(2) Milciiner. — Nachweiss der chemischen Bind. von Telanusgift durch Ntrvensubst. Berl. kl. Woch , n» 17, 1898, p. 36g.

(2) Danysz. — Contrib. à l'étude de l’action de la tox. tétanique sur la subs. nerveuse. Ann. Inst. Pasteur, 1899, p. i56.

(‘) Knorr, — Müncli. med.Woch., 1898. nos „ et 13.

TÉTANINE ET TISSU NERVEUX

Wassermann (‘) avait affirmé, lors de sa première publicalion, que le cerveau du cobaye jouit d’un vrai pouvoir autitoxique à l’égard du poison (élanigèue, en ce sens qu’il neutralise in anima vili ce poison, même lorsqu’on a soin de l’injecter séparément de la toxine. Les expériences plus récentes de Marie et de Melcbnikolî ont prouvé que cette affirmation n’est pas conforme aux faits. Eu effet, lorsque, par exemple, on introduit la toxine sous la peau d’une patte de lapin et le cerveau dans le tissu sous-cutané de l’autre patte, ou bien quand on injecte le poison dans le membre postérieur et la niasse cérébrale dans la cavité péritonéale, le tissu nerveux se montre absolument incapable de sauver la vie des animaux. Plus encore, il suffit, d’après Metchnikolî, d’administrer la toxine à la même place que le cerveau, mais 48 heures après, pour constater que ce cerveau n’exerce aucune action atténuante sur cette toxine. Ceci prouve qu’un certain contact immédiat entre les éléments nerveux et le poison tétanique est nécessaire pour que les qualités neutralisantes de ces éléments deviennent apjiarentes ; ce qui s’explique, si l’on admet que la cellule nerveuse

(') Wassehmann, dans une communication orale faite à Weigert {Einige neuve Arbeit. sur Théorie der Antitoxinimmunilüt. Ergebn. der allg. Path. de Lubarsch. vol. 4* 1897), affirme que ce pouvoir antitoxique du cerveau n’apparaît que dans 4o ®/o des cas.

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