FIXATION DES FERMENTS
Complétant les expériences de Pawlow (‘) et de son élève Cliepowalnikon, ces recherches ont prouvé que la protéolyse et l’hémolyse provoquées par le suc pancréatique de la fistule permanente, sont dues à l’intervention de deux principes bien définis, V entérokinase contenue dans le suc intestinal, et la protéase renfermée dans la sécrétion du pancréas. De ces deux principes, la protéase est la vraie enzyme protéolyti(]ue; mais cette enzyme ne jouit d’aucun j)Ouvoir digestif, si on l’emploie à l’exclusion de l’entérokinase (^). Par contre, la kinase, quoi(juc dépourvue de qualités hydrolysantes, possède la faculté de s’interposer à la façon d’un Irait-d’union entre la protéase et la fibrine, ou le globule rouge, et permet ainsi à cette protéase de provoquer la protéolyse et l’hémolyse. Or, si l’on étudie la manière dont se comportent ces deux principes au point de vue de leur fixation sur la matière qu’ils élaborent, on constate que la kmase se fixe sur cette matière et agit à la. manière d'an mordant sur la protéase. Un bloc de fibrine cuite, préalablement imprégné de suc intestinal et lavé à fond, se dissout entière-
(>) Pawlow. — Discours prononcé à la Société des médecins russes à S^-Pétersbourg. Cité d’après Metchnikoff.
{-) Delezenne et Frouin. — La sécrétion phgsiologique du pancréas ne possède pas d’action digestiv>e vis-à-vis de l’albumine. C. R. de la Soc. de Biolog., ifjoa, p. 691.
FIXATION DES ALBUMINES
ment dans une solution de suc pancréatique qui, en l’absence de la kinase, est littéralement impuissante à engendrer la Gbrinolyse. La même expérience, répétée avec les globules rouges, fournit des résultats semblables. De sorte que l’on peut conclure que le ferment agit en se fixant sur la matière fermentescible.
Les constatations que l’on a puisées dans le domaine des albumines sont plus démonstratives à cet égard. On sait, depuis les découvertes de Tchistowitch, de Bordet, de Wassermann et Schütze, etc., que l’injection à des animaux sensibles, d’albumines provenant d’une espèce étrangère, provoque l’apparition de certains principes spécifiques, dénommés précipitines, dans le sérum de ces animaux. Ces précipltines mises en présence des matières protéiques qui ont servi à leur préparation, provoquent la précipitation plus ou moins complète de ces matières. En ayant recours à l’emploi de ces anticorps, on peut préciser le sort dessubstances albuminoïdes introduits dans la circulation générale, ou sous la peau des animaux en expérience. 11 suffit, pour cela, d’injecter, dans la veine marginale de l’oreille du lapin, une quantité donnée de l’albumine A, de puiser de temps en temps un peu de sang, et de mélanger ce sang à des doses variables d’un sérum capable de précipiter cette albumine. Tant que ce sang renfermera la matière protéique injectée, la réaction des précipitines apparaîtra d’une
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FIXATIOM DES ALUUMINES
manière innnifesle. Celle méthode a permis d’obtenir des résultats très intéressants au j)oint do vue de la fixation rapide des matières protéiques sur les divers tissus.
On savait, depuis les constatations de Slokvis (‘), de l’onfick (^) et de Neumeister (®), (jue si, à une espèce animale donnée, on administre ])ar voie intra-veineuse ou sous-cutanée, sa propre albumine, on ne remarque pas d’albuminurie, tandis que l’injection de matières jiroléiques étrangères est rapidement suivie de l’élimination de ces matières jiar le rein. Ascoli (^) a répété ces expériences chez l’ boni me en se servant de la réaction des précipilines. Il est arrivé à la conclusion que l’albumine d’œuf introduite, soit par la voie digestive, soit par celle du tissu hypodermique, peut être retrouvée dans la circulation générale et que, de plus, cette albumine est éliminée par l’éjiilbélium rénal en môme temps qu’une certaine quantité de matières protéiques propres à l’homme. Néanmoins ces constatations n’ont pas fourni des renseignements suffisants sur le sort des principes albumineux étrangers qui circulent dans le plasma. On ne savait pas exactement si
(') Stokvis. — Cbt fur raed. Wissensch., 189'), p. 59b.
(2) PoNFiCK. — Vircli. Arch., vol. 62, 1875.
(3) Nicl’meisteu. — Zft fur Biolog , vol. 27, 1890.
(q Ascoli. — Uebey' den Mechanismus der Albuminurie durch Eicreiiceiss. Münch. med. Woch., n° 10,
FIXATION DES AEBUiMlNES
ces principes sont intégralement rejetés par rérnonctüire rénal, ou bien si une partie de ces substances protéiques est fixée par les divers organes et élaborée par les éléments cellulaires. Les recherches récentes de von Dungern (^) ont abouti à des résultats plus démonstratifs à ce sujet. Cet expérimentateur se sert du plasma de la squinado et de VOctopus mil/jaris, qu’il introduit dans les veines du lapin et dont il étudie le sort en utilisant la réaction des précipitines. Il voit, en premier lieu, que ce plasma ne s’élimine ni par le rein, ni par la bile ; en second lieu, il constate que peu de temps après l’injection, l’albumine de la Maja disparaît du système vasculaire, et que cette disparition, exactement mesurée, s’opère vite dans les premiers moments qui suivent l’injection, tandis qu’elle est sensiblement lente plus lard. Les matières protéiques se fixent donc avec une extrême rapidité sur les groupes fonctionnels des molécules protoplasmiques, et se comportent à ce point de vue à la façon des toxines, des loxalbumines, des venins et des ferments.
Ainsi, ces recherches prouvent, d’une manière péremptoire, que les molécules de matière organisée sont pourvues de grou[)os fonctionnels doués d’une affinité élective à l’égard des principes albumineux assimilables, affinité en
(I) Von Dunoeiîn, — Die Antiküriier. Fischer, léua, 1903, p. 89.
RÉSUMÉ
vertu de laquelle ces molécules attirent vers elles et fixent intimement ces principes destinés à être élaborés ultérieurement. Elles montrent, de plus, que cette affinité diminue à mesure que ces groupes fonctionnels se saturent, puisque la fixation du plasma de la Maja et de l’Üctopus s’effectue énergiquement au dél)ut de l’expérience, alors que ces groupes sont encore partiellement inoccupés, tandis qu’elleest lente plus tard, quand cette saturation est presque achevée.
Voici les conclusions qui découlent de l’ensemble de ces constatations :
Les divers principes immunogènes introduits dans V organisme vivant, ou mis in vitro en présence des cellules qui subissent leur influence spécifique, commencent par se fixer d'une façon intime et élective sur les groupes fonctionnels des molécules protoplasmiques. L'acte de la fixatio7i nous apparaît ainsi comme étant la première étape de l'assimilatioji. Cette fixation étant rigoureusement spécifique, il est à admettre quelle est conditionnée par l’existence d'un rapport convenable entre la constitution moléculaire des éléments enjeu. Ce ncst que lorsque ce rapport est réalisé, que la fixation des principes assimilables sur les groupes fonctionnels assimilants devient possible, ce n’est qu'alors que l’intégration de la matière nutritive dans le protoplasma vivant peut s'effectuer.