CORPS IMMUNISANTS SOLUBLES ET LEUltS ANTICORPS
1. Toxines et antitoxines. — Xous n’insisterons pas sur le côté historique de la question des antitoxines. Chacun connaît le principe fondamental établi par von Behring et lütassato pour le poison diphtérique et tétanique ; suivant ce principe, l’introduction de ces toxines dans un organisme sensible, provoque l apparition de piopriétés nouvelles dans le sérum, propriétés en vertu desquelles ce sérum neutralise ces poisons in vivo et dans le tube à essai. On admet que le
sérum des animauxainsi traités, renferme une antitoxine spécifique n’agissant que sur le poison qui a servi à l’immunisation, et dont le pouvoir antitoxique se manifeste d’une façon préventive et curative. Nous nous occuperons spécialement du mécanisme du pouvoir antitoxique, et nous préciserons la nature des réactions qui se passent, lorsqu’on met en presence la toxine et son antitoxine correspondante.
Beux opinions se sont disputé la solution de
TOXINES ET antitoxines
Ce problème. Suivant la première, avancée par Buchner et ses élèves (’), l’antitoxine préserve 1 oiganisnie de 1 action nocive de la toxine jiar un mécanisme indirect. Cette antitoxine rend les éléments cellulaires insensibles au poison, en les modifiant d une façon, à vrai dire, inconnue. Par contre, suivant la conception d’Elirlicli (“) et de von Behring (3), l’anticorps empêche l’aclion morbigène de la toxine en neutralisant celte to.xine, en contractant avec elle une combinaison d’ordre chimique dépourvue de toxicité et indifférente pour l’organisme animal. D’après celte théorie, l’inlluence de l’antitoxine sur la toxine est directe et ne nécessite point l’intervention du protoplasma vivant.
- Buchner appuie .sa manière de voir sur les faits suivants : On sait, depuis les recherches de Roux et Vaillard (»), qu’un mélange de toxine et d’antitoxine tétanique, inoffensif pour le cobaye neuf, lue le même animal préalablement immunisé contre le vibrion de Massauah. D’autre part,
(') Buchner. - Ueber BahUrUngifte und Gegengifte. Münch, med. Wocli., ,893, p. et Beruht die Wirhung des Behringschen Heilser unis auf Gifsserstürung? Deutsch. med. Woch., 189b p. 2,’)i.
(2) Eiirlicii. — Die W er Memes sung des Diphlerieheilstrums und deren theoretUche Grundlagen Kim. Jahrb., 1897, vol. 6, p. 292.
(3) Von Behring. — Allgemeine Thérapie der Infectionskrankh. 1899, Eiilenburg et Samuel.
y) Roux et Vaili.ard. — Contribut. à l'élude du tétanos. Ann. Inst, Pasteur, vol, 7, 1893, p. 6'|.
MODE d’ ACTION DE L ANTITOXINE
d’après les constatations de Roux et Martin ( ), des mélanges de poison et d an ti poison diphtériques, neutres pour le cobaye normal, peuvent être nocifs pour des cobayes qui ont subi antérieurement diverses inüuences. Plus encore, d’après Buchner, des combinaisons toxo-anlitoxiques faites à l’aide de la télanospasmine, combinaisons qui se montrent inotTensives pour le cobaye, amènent la mort de la souris. Enfin, Metcbnikolï (^) remarque que le sang de l’écrevisse neutralise le pouvoir morbigène du venin du scorpion pour la souris, quoique ce sang ne soit nullement antitoxique à l’égard de ce venin injecté à l’écrevisse.
Ces constatations semblent prouver, au premier abord, que l’antitoxine n’agit pas directement sur la toxine. En elîet, si Pantipoison exerçait une influence immédiate sur le poison, les mélanges toxo-anti toxiques neutres pour une espèce animale donnée, devraient l’être également pour tous les animaux, quelles que soient les influences que ces animaux aient subies antérieurement. Buchner conclut ainsi que l’intervention des cellules est nécessaire à la neutralisation du poison par le contre-poison. Étant donné que la sensibilité du protoplasma
(1) Roux et Martin. — Contrib. à l'étude de la diphtérie. Ann. Inst. Pasteur, vol. 8, 1894, p. 609.
(2) Metchnikoff. — L’immunité dans les maladies infectieuses , Paris, Masson, 1902.
rOUVOlR ANTITOXIQUE ET CELLULES 117
varie d’un organisme à l’autre, et, chez tin même animal, d’un moment à l’autre, on comprend pourquoi des mélanges de toxine et d’antitoxine, neutres dans certaines conditions, peuvent ne plus l’être dans d’autres circonstances.
Cette théorie de Buchner n’est plus soutenable à l’heure actuelle. De nombreuses recherches ont prouvé d’une manière évidenle que la toxine et l’antitoxine ont l’une pour l’autre une affinité spécifique, en vertu de laquelle ces principes se combinent pour donner lieu à un corps nouveau dépourvu de toxicité. L’intervention du protoplasme vivant dans cet acte de neutralisation nous apparaît ainsi comme secondaire. Il est à admettre f|ue, clans les expériences de Buchner, de Boux et Martin et de Boux et Yalllard, il s’agit d’une saturation incomplète de la toxine par l’antitoxine, de mélanges qui renferment des traces de poison actif. Un comprend dès lors pourquoi certains organismes dont les cellules sont douées d’une sensibilité extrême envers ce poison, succombent à la suite de l’injection de mélanges, qui se montrent parfaitement inolîensifs si on les injecte à des animaux moins sensibles.
V antitoxine enifêche l’action nocive de la toxine, même en dehors de l'organisme vivant. Ceci a été démontré par Ehrlich (*) ; cet auteur
(■) Ehruch. — Zur Kenntnis der Antitoxinioirkung. Forlschr. der Med., vol. i5, 1897, p. 4i.