C. Lkvaditi — La Nutrition et l’Immunité
DIGESTION INTRACELLULAIRE
malies englobées par les prolongements pseudopodiques de cet épithélium, ne tardent pas à subir une série d’altérations (perte de l’hémoglobine, coloration brunâtre du cytoplasma, évacuation du contenu, etc.), qui témoignent du travail digestif auquel elles sont soumises de la part des cellules intestinales. Le noyau des érythrocytes d’oie ne reste pas indilférent à ce travail digestif ; il perd son contenu et ne conserve que sa membrane d’enveloppe. « Cette digestion si lente (elle dure plusieurs jours) d’un produit en général aussi facilement assimilable que le sang, se fait exclusivement à l’intérieur des cellules épithéliales de l’intestin. L’examen microscopique démontre de la façon la plus précise l’absence complète de digestion extracellulaire du sang dans le contenu intestinal » {*■).
Parmi les organismes plus différenciés qui montrent celte digestion inlraprotoplasmique, il y a lieu de citer les actinies, ou anémones de mer, étudiées à ce point de vue par Melchnikoff et Mesnil. On avait soutenu, il y a déjà longtemps (Couch et Lewes), que la digestion s’opère, chez ces actinies, grâce à l’intervention de ferments qui agissent en dehors des cellules. Mais les auteurs cités ont réussi à prouver que les filaments mésentériques de ces animaux n’élaborent la matière nutritive, en particulier
(1) Metchnikoff. — L'immunité dans les maladies infectieuses. Paris, Masson, 1901.
ACTINODIASTASE
les principes protéiques et les globules rouges, qu’après l’avoir introduite au sein de leurs cellules. Ils ont montré, de plus, que celte élaboration s’effectue au moyen d’une aclmodiastase qui se détruit vers 55% et qui digère m vitro la fibrine et l’albumine cuite.
La digestion intracellulaire est fréquente chez les invertébrés. «On la constate chez les éponges, les cœlentérés (méduses, syphonophores, clénophores, etc.), chez la grande majorité des turbellariés (planaires, rhabdocœles), et chez les mollusques (gastéropodes inférieurs) »(MelcIinikoff). Chez la plupart de ces animaux, elle s’exerce au moyen des cellules épithéliales endodermiques. Néanmoins, chez les spongiers, on voit déjà le tissu mésodermique intervenir dans l'acte de la digestion intraprotoplasmique. De j)Ius, suivant Metclinikoff, l’endothélium péritonéal de la Nais prohoscidea englobe et digère les larves de Gordius.
Mais là OH ce mésoderme s'assume à lui seul celte élaboration intraprotoplasmique de la matière assimilable, c'est, sans nul doute, dans la série de vertébrés supérieurs. On se pénètre de cette notion lorsqu’on étudie le mécanisme qui préside à la résorption des tissus pendant les divers processus atrophiques et le mode de destruction des microbes dans les tissus des animaux normaux ou varcinés contre ces microbes.
Les constatations do Metclinikoff et de ses
PHAGOCYTES MÉSODERMIQUES
élèves ont prouvé d’une manière péremptoire que l’atrophie des organes inutiles qui s’opère pendant la métamorphose des batraciens, est due exclusivement à l’intervention active des diverses espèces de phagocytes mésodermiques. Les cellules destinées à disparaître sont englobées par ces phagocytes qui les digère dans l’intimité de leur protoplasma. C’est là le sort du tissu musculaire et nerveux de la queue de têtard; c’est là également l’avenir des éléments anatomiques plus ou moins détruits à la suite d’un traumatisme quelconque. Dans tous ces processus, le pouvoir phagocytaire du système mésodermique occupe le premier rang.
Il en est de même de la résorption des hématies et des leucocytes qui s’opère à chaque instant dans les divers organes hématopoïétiques des vertébrés supérieurs. Les nombreuses observations recueillies sur ce sujet sont unanimes pour proclamer l’importance des phagocytes mésodermiques dans ce processus de résorption. Ainsi, on remarque que la rate, les glandes lymphatiques et la moelle osseuse, sont constamment le siège d’une intense phagocytose exercée par les macrophages de MetchnikolT envers les érythrocytes et les éléments leucocytaires. Les coupes de ces organes, en particulier celles de la rate, montrent un grand nombre de ces macrophages renfermant des hématies plus ou moins digé-
RÉSORPTION DES HEMATIES
rées, ou du pigment ferrugineux résultant de l’élaboration de ces hématies. D’autre part, le tissu myéloïde contient des myéloplaxes ou cellules géantes à gros noyau, dont le protoplasma englobe des leucocytes polynucléaires granulés. Nous avons pu démontrer ainsi que ces myéloplaxes sont doués d’une certaine sensibilité chimiotaxique. En effet, ces cellules géantes font un choix parmi les diverses espèces leucocytaires qui sont à leur portée et préfèrent les pseudo-éosinophiles aux vrais éosinophiles et aux Mastzellen (‘).
Mais l’intervention des phagocytes mésodermiques dans la résorption des cellules apparaît mieux encore quand on examine ce qui se passe chez un vertébré auquel on administre des hématies provenant d’une espèce animale étrangère. Introduisons^ par exemple, dans la cavité péritonéale d’un cobaye, quelques gouttes de sang de pigeon et étudions les changements qui s’opèrent dans cette cavité quelque temps après l’introduction des hématies nucléées. Nous verrons qu’après une courte période pendant laquelle la phagolyse prédomine (^), le péritoine se peuple de leucocytes polynucléaires et de macrophages qui ne tardent pas à incorporer
(') Levaditi. — Le leucocyte et ses granulations, Paris, Naud, 1902.
(2) Metchnikoff. — Mémoires sur la résorption des cellules. Ann. Inst. Pasteur, 1900.
lOG
mCSORPTlON DES MICROUES
leséryUirocytos de pigeon. Ces érythrocytes subissent au sein du proto])lasma de ces macrophages, toute une série de modifications régressives, modificalionsqui rappellentcelles que Aletchnikoiï a constatées chez les planaires (dissolution de l’hémoglobine, digestion plus ou moins complète des stromas et des noyaux, etc.). Plus tard, ces macrophages farcis de globules rouges quittent la cavité péritonéale et vont se loger dans les ganglions mésentériques et la rate, pour continuer leur digestion dans ces organes. Si l’on varie celte expérience, en ayant soin d’introduire les hématies de pigeon dans la circulation générale du cobaye, on s'apei(;oit que ces hématies s accumulent dans la rate, et que, parmi les macrophages qui entrent en conflit avec les érythrocytes, ce sont surtout ceux du tissu splénique qui englobent les globules rouges nucléés (*).
D’un autre coté, la résorption des microbes pathogènes qui réussissent à pénétrer dans les tissus des organis?nes normalement résistants ou rendus artificiellement réfractaires, relève également de la digestion intracellulaire. Au lecteur qui s’intéresse spécialement à cette question, nous recommandons les travaux fondamentaux de Metchnikolî, exposés dans ses ouvrages ; L'Inflammation et L'Immunité
(1) LiiVADiTi. — Communication au Congrès Intern. d’Hygiène, Bruxelles, 1903.