‹ La nutrition dans ses rapports avec l'immunitéChapitre 56 sur 106 · CONSTITUTION COMPLEXE DES ANTICORPS · texte numérisé non relu

CONSTITUTION COMPLEXE DES ANTICORPS

les aniicorps cytolytiques ou baclériolytiques provoquent hi vitro la dissolution des cellules ou des bactéries, suivant un mécanisme semblable à celui qui, au sein môme du protoplasma, préside à l’élaboration et à l’asssimilation de ces cellules ou de ces bactéries. On doit, en d’autres termes, pouvoir dissocier ces anticorps en deux constituants distincts l’un de l’autre, constituants qui se prêtent mutuellement secours, pour l’accomplissement de la bactériolyse et de la cytolyse. Cbercbons si ces prévisions hypothétiques sont vérifiées par les données expérimentales.

Ce que nous avons exposé dans le Chap. IV, à propos des propriétés spécifiques des anticorps, nous dispense d’insister sur les détails de cette question. Nous rappellerons seulement que partout où on a analysé de près l’action exercée par les anticorps sur les cellules ou les bactéries qui ont servi à leur préparation, on a réussi à mettre en évidence l’intervention des deux principes bien séparés, la cytase et la sensibilisatrice. L’analogie qu’il y a lieu d’établir entre la bactériolyse et la cytolyse provoquées in vitro par les immunsera et les processus diastasiques complexes qui président à l’élaboration de la matière au sein du protoplasma et dans le tube digestif, nous apparaît ainsi d’une façon Irès frappanie. Des deux côtés, on a affaire à une substance relativement thermostabile qui se fixe sur l’élément digestible et qui est revêtue d’un carac-

NATURE DIASTASIQUE DE LA CYTASE

tùre marqué de spécificité ; des deux côtés également, on retrouve cette diastase thermolabile qui est incapable d'agir seule et pour laquelle la sensibilisatrice joue le rôle d’un mordant. Tout -porte donc à penser que l'élaboration à laquelle la molécule protoplasmique soumet la matière assimilable est de l'ordre des processus diastasiques mixtes, et que la cytase et la sensibilisatrice des sérums actifs, représentent, en somme, deux enzymes analogues à la protéase et à la kinase du suc pancréatique et intestinal. 11 devient ainsi intéressant d’étudier quelques-unes des propriétés de cette cytase et de cette sensibilisatrice, afin de pouvoir préciser leur nature, ainsi que leur manière d’agir sur les microbes et les cellules.

La cytase est un principe dont le caractère enzymatique ne laisse aucun doute. A la manière des diastases, cette cytase réalise la cytolyse en présence de la sensibilisatrice, à des doses pour ainsi dire infinitésimales. Ainsi Morgenroth a montré que des traces de cytase peuvent provoquer la dissolution d’une masse relativement considérable de sang, à la condition de charger les érythrocytes d’une quantité suffisante de sensibilisatrice. D’un autre côté, tout comme la plupart des enzymes, cette cytase est facilement influencée par la présence de certains sels qui font varier la concentration moléculaire du milieu (Müller). Mais ce qui prouve le plus

ANTICYTASES

la nature diastasique de la cylase, c’est la sensibilité extrême de ce principe à l’égard de la chaleur, La plupart des sérums normaux riches en cytase, perdent, en effet, leur pouvoir réactivant à l’égard de la sensibilisatrice si on les soumet préalablement, pendant une demi-heure, à la température de 56°. Néanmoins les recherches d’Ehrlich et Morgenroth, les constatations de Flexner, montrer) t que parfois certains sérums de mammifères et d’invertébrés, contiennent des cytases relativement thermostabiles, c’est-à-dire capables de résister à un chauffage prolongé à 56°, Mais ce ne sont là que des exceptions qui ne sauraient mettre en doute la natui-e diastasique de la cytase, d’autant plus que, dans l’ordre des ferments, il n’est pas rare de trouver des exemplaires inaltérables par des températures voisines de ioo° (oxydases).

A la façon des enzymes, la cytase donne lieu à une formation d’anticorps spécifiques, analogues aux anlidiastases. La découverte de ces a7iticytases appartient à Ehrlich (‘) et à Bordet. Indépendamment l’un de l’autre, ces savants ont constaté que l’injection répétée à certaines espèces animales, de sérum l’iche en cytase, pro. voque l’apparition d’un principe thermostabile, essentiellement spécifique. Ce principe, mis en (*)

(*) Ehrlich. — Croonian Lecture. Proceed, of tho Royal Soc , vol. 66, p. 424-

COMPI.ÉMENTOÏDES

])rpsence de la cylase el de globules rouges sensibilisés, empêche l’bémolyse de se produire, pour le molif qu’il se combine chimiquement avec celte cvtase et la neutralise plus ou moins complètement. L’anticylase se comporte à cet égard à la façon des antifermenls spécifiques qui entravent l’action fermenlative des diastases, en neutralisant ces diastases et en se combinant avec elles. En outre, la cvtase donne naissance, dans certaines conditions, à des dérivés toxoidiques, de même que les ferments engendrent des fermentoïdes sous l’influence de certains agents physiques {lahoïdes, de Korschun). Ebrlich et Morgenroth ont prouvé, en effet, que la température de 56°, loin de détruire le complément, ne fait que transformer ce complément en une modification inactive, le complémentoïde , qui conserve son pouvoir neutralisant à l’égard de l’anticytase.

L’analogie étroite entre la cylase et les ferments est prouvée également par l’existence du 'phénomène de la déviation de la cytase récemment découvert par Max Neisser el Wechsberg(‘) Voici en quoi consiste ce phénomène : Si, à une quantité donnée de cytase bactériolylique, on ajoute des doses croissantes de sensibilisatrice, on constate que l’action bactéricide augmente

(i) M. NKissERet Weghsberg. — Ueber dieWirkungsart bactéricide)- Sera. Münch. med. Woch., 1901, n° 18.

phénomène de NEISSER

pi;oporlio„nellen,e„l à la masse de sens, 'b, •Usance .elrodu.te dans la réaclion. Mais, passé une ce, la, ne l,n„le, l'ellel devient Inverse. Plus on ajoute de sens,b,lisal,lce, moins on oblienl d'ac-

■on nncrobioide, de sorte que la m,„.cl.e de la

bac e,-,olyse peut é(re figurée par „„e courbe

dont lacnee représente le maximum du nou-

vo,r bactéricide, .Vous n’insisterons pas sur mterprelat,on assez compliquée que Neisser « echsberg et Lipslein ont donné à ce phénocne(), daulant plus que nous n’avons pas

reuss, a ver, fier celte inlerprélallon (<). Nous rappellerons seulement qu’un fait analogue a pu êtee reprodmt Lomer et Abel

Pfcller et Jarozky (»), et que le phénomène dé 1 csser se rencontre fréquemment dans le domaine des réaolions diastasiques et anlicoaguanles. A,„s,,Delezenne(‘)a vu que la leucolyse que Ion constate quand on ajoute de la peplone a du sang, revêt ce caraclère paradoxal O ser\e par les auleurs allemands au cours de eurs expériences sur la bactéiiolyse. Ce pl.ysiog.ste remarque que, tandis que les ,, élites doses peplone engendrent une forte dissolution des

(=) Leveen. - VacHon /éé, “

rums antimicrobiens. C, R de la Son Rrx njuillet 1902, ^ ^ Biolog.,

P) - Travail inédit fait à l’Inst. Pasteur

■ - Acch. de Physiolog., juillet ,898,

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ACTION DE LA SENSlLULIÿATlUClS

leucocytes, des quanlités |)lus grandes de ce principe se comportent envers ces leucocytes comme un excellent liquide fixateur. D autre part, la même action empêchante des quantités démesurées de sensibilisatrice a été découverte par Delezenne (’), Hamburger (^) et Lœb (®), dans le domaine de la protéolyse exercée par la trypsine animale et microbienne. Delezenne et Hamburger ont vu, en elTet, que la kinase dont l’emploi à des doses appropriées favorise sensiblement l’action peptonisante de la protéase, s’oppose manifestement à cette action, quand on dépasse une certaine mesure. Autant de constatations qui ]>rouvent la nature diastasique de la cytase cytolytique et bactériolytique (^j.

Uappelons enfin que l'analogie étroite entre la cytase et les ferments, a conduit certains auteurs à penser que l’action exercée in vitro par cette

(>) Communication orale.

(2j Hamburger. — Journ. de phy.siolog. et de pathol. générale, ipoS.

(S) Lœb, cité p. 128. i »

(^) Contrairement à ce que dit Bordet, Ehrlich et Morgenroth admettent que chaque sérum normal renferme un grand nombre de cytases. Voir a ce sujet . Ehrlich et Sachs. - Ueber die Vielheit der Complenicnte des Sérums. Berl. kl. Woch., 1902, n»» i4 et i5 ; Ehrlich et Marshall. - Ueber die complementophilen Gruppen der Amboceptoren, même journal, 1902, n» 20 ; Marshall et Morgenroth. - Ueber Diferenzierung von GompUmenten durch ein Partialantihomplement.

Cbt fur Bakt., vol. 3i, 1902, n° 12.

OlUGINE DE LA CYTASÈ!

cylase sur les cellules et les microbes seusibiises, serait en lout point identique à celle des d.asfases protéolytiques. Suivant ces auteurs, cette action aboutirait a une véritable peptonisation des matières protéiques renfermées dans CPS cellules ou ces microbes. Mais les conslatal‘ons très précises de Nolf (•) ont démontré que cela n est pas ainsi et que riiémolyse ne s’accompagne jamais d’une formation d’albumoses ou de peptones.

Quelle peut être l’origine de la cylase? Dans quel étal se Irouve-t-elle dans la circulation generale des animaux neufs ou immunisés ? Ce sont la des questions qui ont fait le sujet de nombreux travaux et qui nous inléressenl au P us haut point. On s’est demandé, dans l’école e Jletchnikoir, si la cylase cytolytique et bacténolyl.que circulent dans le plasma des animaux vivants, ou bien si les cellules no la livrent au sérum qu’au moment de la coagulalion du sang. On a recherché si celte cylase, dont l’origine leucocytaire ne laisse aucun doute, ne se comporte pas, à ce point de vue, comme le librin-fermenl, c’est-à-dire si les leucocytes ne la mettent en liberté qu’oprès avoir subi, lors de la lormalion du caillot, des inodificalions plus ou moins profondes dans leur vitalité. De nom-

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