‹ La nutrition dans ses rapports avec l'immunitéChapitre 58 sur 106 · ÉTAT DE LA CYTASE DANS LE PLASMA · texte numérisé non relu

ÉTAT DE LA CYTASE DANS LE PLASMA

transformation granulaire. Pendant plus de trente niinutes, ils n’ofTrent aucune altération et sont rapidement englobés par les phagocytes polynucléaires. 11 va sans dire que, pour obtenir ce résultat, il faut avoir soin d’éviter toute destruction des leucocytes et empêcher ainsi, autant que possible, la mise en liberté de la cytase. D’autre part, dans une série d’expériences ayant trait au pouvoir auémisant de la sensibilisatrice hémolytique introduite dans la cavité péritonéale des cobayes, nous avons pu constater l’existence de globules rouges sensibilisés et de sensibilisatrice libre dans le plasma de ces cobayes, à un moment où les animaux ne présentaient pas la moindre trace d’hémoglobinurie et où l’anémie était déjà prononcée (^). Or, ces globules sensibilisés auraient dû se dissoudre avec une extrême rapidité, si la cytase circulait à l’état de liberté dans ce plasma. Nous avons expliqué l’anémie provocjuée par l’injection de sensibilisatrice, en admettant, avec Sawtscbenko, que cette sensibilisatrice s’interpose à la façon d’un Irait-d’union entre les hématies et les macrophages de la rate, et provoque ainsi une forte érythropbagocytose de la part de ces macrophages (^).

t*) Lkvaditi. — Contrib. à l'étude de Vonêmie expérimentale. Ann. Inst. Pasteur, avril 190a.

('^) Ceci a été coafirmé par Deutscii. — Die Impfstoff U. Sera. Leipzig, Thieme, igoS, p. g5.

LKUQOCYTES ET CYTASE

Il en résulle donc que la cytase ne circule pas librement dans le plasma el qu’elle apparaît dans le sérum |)endant la coagulation du sang. Elle provient des innombrables globules blancs qui, d’après Schmidt et ses élèves, Delezenne, etc., se détruisent au cours de la formation du caillot. Cette origine leucocytaire de la cytase a été prouvée par une foule d’expérimentateurs, parmi lesquels nous citerons Buchner (*), Denys et Kaisin (‘^), Scbatlenfrob (®), Ascoli et Riva (*), Wassermann (*), etc. Ces savants préparent des extraits leucocytaires qui jouissent d’un pouvoir bactériolytique très marqué et qui se rapprochent sensiblement de celui des sérums actifs. Mais c’est à Melchnikolî et à ses élèves que l’on doit la démonstration rigoureuse de celte oriffine leucocvtaire de la cvtase. Ce chercheur, ainsi que Tarasséwitch (®), émettent l’opinion que chacune des deux espèces de globules blancs bien connues, les polynucléaires et les macrophages, est la source, d’une cytase spéciale.

(q Buchner. — Travaux publiés dans Archiv. fur Hygiene, entre 1890 et 1894.

(2) Denys et Kaisin. — Le pouvoir bact. du sang. La cellule, vol. 9, iSgS.

(2) ScuATTENi'ROH. — Arch. fÜT Hyg., vol. 35, 1899, p. i35 et Münch. med. Woch. 1898.

(^) Ascoli et Riva. — Ueber die Bildungstütte der Lysine. Münch. med. Woch., n® 34, 1901.

('■) Wassermann. — Zft fur Hyg., 1901.

(®) Tarasséwitch. — Sur la cytase. Ann. Inst. Pasteur, 190a, n® 2.

LEÜCOCYTKS RT CYTASR

Les microphages qui se cliargenl, dans l’organisme infecté, d’englober et de digérer les microbes, élaborent la cytase haclériolytiqiie ou micvocytase. Par contre, les macrophages, dont la fonction lapins marquante est la phagocytose des éléments cellulaires, sécrètent la macrocytnse ou cytase cyioly tique. Cette opinion est basée sur les qualités bactériolytiques et cytolytiques des divers extraits leucocytaires. Néanmoins les constatations de Tarasséwitch ont été considérées comme peu probantes par une série d’auteurs qui, depuis, se sont occupés de cette question (Sawtschenko (^), Donath et Landsteiner (2), iMorgenroth et Korschun (^)). Ces auteurs ont objecté, entre autres choses, fjue les extraits leucocytaires préparés par Tarasséwitch, en particulier la macrocytase, ne sont pas aussi sensibles que la cytase vis-à-vis de la chaleur. Etant donné l’intérêt de cette question, nous avons repris l’étude des extraits leucocytaires et nous avons établi que les cellules mononucléaires des ganglions lymphatiques, soumises a une macération prolongée à 38®, subissent une autohjseivQs prononcée (^).

(') Sawtschenko. — Arch. de Podwissoski, vol. i.',, f. 3, p. 79d.

(-; UoNATH et Landstei.neh. — Zur Frage der Mahvocytase. Wien. kl. Rundsch., 1902, n° /|0.

(■q Moroenroth et Korschun. — Berl. kl. Woch., 1902, H° 37.

(q Levaditi. — Sur les hèmolysines cellulaires. Ann. Inst Pasteur, 1903, vol. 17, p. 187.

LA SENSIBILISATRICE

Cette autolyse aboutit à la formation de certains principes thermostabiles doués de qualités hémolytiques (acides gras, corps arnidés, etc.) qui représentent nue partie des hémolysines macrophagiques de Tarasséwitch. Mais, en dehors do ces principes, les extraits de macrophages, surtout ceux qui n’ont pas séjourné longtemps à 38®, contiennent une vraie cytase hémolysante analogue, sinon identique, à celle des sérums neufs.

C’est là le résumé succinct des notions que nous possédons sur la nature et l’origine de la cytase. Elles montrent que cette cytase est une diastase au vrai sens du mot et qu’elle provient des globules blancs. Les phagocytes mésoder~ miqiies dont le pouvoir digestif est si remarquable^ élaborent la matière assimilable au moyen de celle cytase, quils nemettent en liberté que lorsqu'ils sont plus ou moins atteints dans leur vitalité.

La se7isibilisatrice diffère à beaucoup d’égards de la cytase. En premier lieu, elle se montre beaucoup plus résistante à l’égard de la chaleur, puisqu’elle conserve toutes ses qualités après un chaulîage prolongé à la température de 50®. De plus, elle possède un caractère de spécificité rigoureuse, en vertu duquel elle ne se fixe et n’agit que sur les éléments cellulaires et microbiens qui ont servi à sa préparation, ce qui n’est pas le cas de la cytase. Entin la sensibilisatrice est fabriquée par les leucocytes. Néan-

LEUCOCYTES ET SENSIBILISATRICE

moins ces cellules ne la retiennent pas au sein de leur protoplasma, mais la livrent abondamment au plasma, dont la richesse en sensibilisa Irice égale cel le d u séru m. L’origi ne leucocytaire de la sensibilisatrice et de l’agglutinine anticholérique et antityphique a été démontrée par Pfeiffer et Marx ('), par Wassermann (2) et par Deutsch (®). Ces auteurs ont prouvé, en effet, que les organes qui fabriquent ces principes sont la moelle osseuse, la rate et les ganglions lymphatiques, c’est-à-dire ceux dont la fonction essentielle est la production des globules blancs monoet polynucléaires.

Quel peut-être le rôle de la sensibilisatrice dans 1 élaboration intraprotoplasmique de la matière assimilable? Avant d’aborder cette question, il est indiqué d’insister un instant sur les recherches de Fischer et de ses collaborateurs, d’Ostwald et d Oppenheimer concernant le mécanisme des phénomènes enzymatiques.

Suivant Ostvvald (Q, les processus diasta-

(') Pi'Eiffeu et Marx. — Untersuch. über die Bildungstatte der Gholeraschutzstoffe. Deutsch. med. Woch., 1898, p. 47.

(2) Wassermann . — PneumokokkenschutzstofTe . Deutsch. med. Wocli., 1899, n® g.

{•') Deutsch. — Contrib. à l’étude de l’origine des 0’ntico7'ps tijphir/ues. Ann. Inst. Pasteur, vol. i3, p. 689, 1899 ; ^ur Frage der Agglulininbildung. Cbt fur Bakt. '''ol. 28, n° 2, 1900.

(*) OsTWAi.u. — Ueber Kalalyse. Assoc. des natur. et méd. Allemands. Hambourg, 1901, p. 184.

catalysatkurs

si(jues doivent être rapprochées des réactions catalytiques bien connues des chimistes. Ce savantdéfinit ainsi lecutalysateur : « une substance (|ui sans apparaître dans le produit final d’une réaction chimique, modifie sensiblement la vitesse de celte réaction ». C’est le cas, par exemple, de la catalyse de l’eau oxygénée par la mousse de platine, et celle des oxydes d’azote dans la chambre de plomb employée pour la préparation de l’acide sulfurique. Le rapprochement entre les catalysateurs et les ferments a été motivé surtout par les recherches de Bredig (') concernant les propriétés diastasiques du platine colloïdal. Ce platine, substance inorganique, se comporte, en effet, auprès des divers poisons des diaslasps, à la façon des enzymes cellulaires. Ce rapprochemet't s’a[»puie également sur certaines lois des diastases, et sur le fait que l’on peut enlever, à ces diastases, tout caractère albuminoïde, sans nuire à leui-s propriétés fermentatives (pepsine et trypsine sans matières protéiques de Friedenlhal et Miyamota (^)).

L’analogie entre les catalysateurs et les diastases cellulaires fait penser que l’action de ces diastases doit être en relation avec leur

Bhedig et Müllkr v. Bkhnkck. — Zft fur physik. Chemie, vol. .^i, p. a58, 1899.

(-) l' lui'.Di'.NTUAi, et Miyamota. — TJeher die chem. des Pepsins uud andere Verdanungsemxjme, Cbt für Pliysiolog., vol. i5, 1902,

fkrmf.ntation et constitution chimique 187

constitution moléculdiro et doit dépendre des rapports qui existent entre cette coustilution et celle de substances fermentescibles. Les rechercbes fondamentales d’E. Fischer ont vérifié

pleinement cette jirévision.

Les réactions enzymatiques sont rigoureusement spécifiques. Cela résulte des travaux de Fischer et de son élève ïhierfelder (•) qui ont établi cette notion sur des bases solides et qui ont réussi à en donner la raison chimique. Suivant ces savants, il y a un rapport stéréoisomérique constant entre les diastases et les corps qu elles attaquent. Fischer dit à ce sujet : « Les enzymes sont extrêmement utiles pour reconnaître les différences stéréochimiques » qui existent entre les divers principes fermentescibles, et appuie cette manière de voir sur les faits suivants : L’aidhose chautfée avec de l’acide chlorhydrique en solution alcoolique, donne deux glycosides,

1 a et le P, qui sont Tun l’isomère de l’autre. Si

l’on cherche la manière dont se comportent les dérivés a et (3 du méthyl-d-glycoside et du rnéthyl-I-g]ycoside du sucre de canne, vis-à-vis de 1 émuUine et de la leture, on constate que cette émulsine attaque le composé a et laisse intact le p, tandis que la levure agit d’une façon absolument inverse à l’égard de ces dérivés. Il

0) TniERFELDER, — Bel*. (1er. cliem. Geseltscli vol. 2;, p. 2o3i.

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