FERMENTATION ET CONSTITUTION CHIMIQUE
existe donc un rapport stéréoïsomèrique déterminé entre les diverses diastases et les corps qui subissent leur influence enzymatique . L’absence ou la présence de la réaction, dépend de la « constitution asymétrique de la molécule d’enzyme ». Ce qui fait qu’une molécule quelconque subit ou non l’action de telle ou telle diastase, ce n’est pas seulement sa constitution élémentaix-e, mais encore l’arrangement stéréoïsomérique des éléments qui lacomposent. Ce f]Ui autorise Fischer à conclure que « malgré 1 impossibilité où l’on est d’obtenir les diastases a l’état de pureté, leur analogie avec les matières protéiques est si grande et leur parenté avec ces matières est si probable, que l’on est en droit d’attribuer à ces diastases une forme moléculaire optiquement active et asymétrique ». Lorsqu’une fermentation enzymatique a lieu, cela tient en grande partie au fait qu’entre ta configuration moléculaire de l’enzyme qui en est la cause et la constitution chimique du corps qui subit 1 action de cette enzyme, il existe un certain rapport déterminéou une certaine ressemblance. De la, la comparaison de clef et de serrure (^) établie par Fischer entre les diastases et les princijies fermentescibles.
Le même savant introduit ce principe dans 1 étude des phénomènes d’oxydation qui s’opèrent
(') ii. PisciiEK. — Ber. der chem. Gesellsch., vol. 2",
CONSTITUTION DES DIASTASES
dans l’organisme vivant. Après avoir affirmé que la notion d’un rapport préétabli entre la constitution moléculaire des diastases et celle desprincipes fermentescibles s’est montrée féconde dans les recherches de Bertrand (’) concernant le pouvoir oxj’dant de la bactérie de la sorhose, il applique cette notion cà l’élaboration subie par les isomères chimiques dans le corps animal. Fischer explique ainsi pourquoi, comme l’a constaté Brion (^), l’organisme assimile d’une façon si différente les divers isomères de l’acide lactique et pourquoi le protoplasma cellulaire qui transforment le sucre en glycogène, laisse pour ainsi dire intact le xylose.
11 en résulte donc que toute action diastasique exige l’existence d’un rapport convenable entre la constitution stéréoïsomérique de la molécule de ferment et celle du corps fermentescible. Tout porte à croire que « l’activité spécifique des enzymes doit être attribuée à une constitution matérielle spéciale, à un arrangement particulier des atomes dans les molécules qui composent ces enzymes » (Oppenheimer) (^j. Ce qui explique pourquoi certain s auteurs, en particulier Ebrlich,
(') Bertrand. — G. R. de l’Acad. des Sciences, vol. 126, p. 702.
(}) Brion. — Zft für physiolog. Chem., vol. 25,
(3) Oppenheimer. — Die Fermente und ihre Wirhungen. Leipzig, WogeL p. 38.
COXSJITUTION DKS ÜIASTASES
l'JO
Morgenroth (i) et Oppenheimer, admettent que les molécules diastasiques sont pourvues de deux groupes chimiques bien distincts l’un de l’autre ; le groupe zymophore et le groupe liaptophùre. Le premier de ces groupes préside à l’activité lermentalive de l’enzyme, tandis que le second se charge de fixer cette enzyme sur la matière fermentescible, t^euls, les ferments pourvus d'un groupe haptophore constitué de telle façon qu'il se combine facilement avec cette matière fermentescible, sont capables d'engendrer une réaction diastasique. En etfet, nul processus enzymatique ne saurait se produire en l’absence de ce rapport convenable entre la constitution moléculaire du ferment et celle de la matière destinée à subir l’influence particulière de ce ferment.
L ensemble de ces considérations nous permet de saisir la raison d’étre de ce concours de deux substances que nous avons rencontré dans la bacténolyse et la cytolyse provoquées par les sérums spécifiques, ainsi que dans l’élaboration intraprotoplasmique des principes assimilables. La théorie nous fait prévoir l’existence de deux espèces de molécules diastasiques, dilléranl entre elles au point de vue du rapport qui les relie aux matières fermentescibles. Dans la première catégorie entrent toutes les enzymes qui pos-
(‘j Morgenroth, cité p. i3o.