GROUPKS FONCTIONNELS ET RÉGÉNÉRATION
groupes lonclionnels attachés aux restes des molécules protoplasmiques, prolifèrent au détriment de la matière nutritive, lorsque cette matière réalise ce rapport convenable de constitution.
Supposons une molécule protoplasmique en partie consommée à la suite d’un acte vital quelconque. Obéissant à une loi analogue à celle qui fait qu’un fragment de cristal se reconstitue en entier lorsqu’on le plonge dans la solution-mère, les restes de cette molécule protoplasmique, s’efforcent de réparer les pertes subies, en assimilant les principes nutritifs qui baignent de toute part la cellule. Deux cas peuvent se présenter. 11 se peut que, parmi ces principes, il y en aient quelques-uns dont l’arrangement chimique est tel qu’ils peuvent être fixés et assimilés directement par les groupes fonctionnels de ces fragments moléculaires. La régénération de la matière vivante se fait alors d’une façon très simple et n’est que l’expression de cette assimilation directe des principes nutritifs. Il peut arriver également, que certains de ces principes nutritifs n’offrent pas cette constitution chimique nécessaire à leur incorporation directe dans la molécule protoplasmique. Dans ce cas, cette molécule est obligée d’élaborer préalablement la substance assimilable, afin de la rendre apte à servir à la reconstitution des pertes subies pendant l’accomplissement de l’acte vital.
ORIGINE DES ANTITOXINES
C’est alors qu’apparaît l’intervention des ferments intracellulaires et de leurs adjuvants, tes sensibilisatrices.
Le mécanisme qui préside à la production des anticorps montre que cette régénérescence incessante de la matière organisée a réellement lieu lorsqu’on a soin d’impressionner le protoplasma d’une façon particulière. En elTet, tous les chercheurs qui ont examiné de près la formation des antitoxines et de lysines cellulaires ou hactériennes, sont d’accord pour admettre que tous ces anticorps qui abondent dans les humeurs des organismes vaccinés, ne proviennent pas de la transformation des substances iuiniunogènes, mais sont réellement fabriqués par le protoplasma vivant. Contrairement à l’opinimi déjà ancienne de Buchner, suivant laquelle l’antitoxine ne serait qu’un principe résultant de la transformation de la toxine, on admet actuellement que cette toxine ne fait qu’inciter le protoplasma à sécréter cette antitoxine, laquelle nous apparaît ainsi comme un produit essentiellement cellulaire. 11 est vrai, comme le remarque d’ailleurs Metchnikoff, qu’il n’existe pas de preuves rigoureusement démonstratives en faveur de cette conception. Néanmoins, les observations qui plaident pour sa justesse sont tellement nombreuses et suggestives, que l’on doit en tenir compte et la considérer comme une hypothèse fort probable.
OIUGINE DES ANTITOXINES
On peut invoquer, eu faveur de celte hypothèse, en premier lieu, le fait qu’il n’y a nul rapport entre la (juanlité de toxine injectée à un animal donné, et la masse considérable d’antitoxine qui apparaît dans le sang de cet animal au cours de rirnmunisaliou. De même qu’on ne peut saisir aucune proportionnalité entre le volume du sang que l’on administre aux organismes sensibles, et la quantité d’hémolysine fabriquée jiar ces organismes. Toujours et quelle que soit la nature des principes immunogènes dont on se sert, la masse d’anticorps renfermée à un moment donné dans le sérum est considérable, et dépasse de beaucoup celle qui devraitexister, si ces anticorps résultaient elîectivernent de la transformation de ces jirincipes immunogènes.
Mais ce qui prouve le ]>lus que les anticorps sont réellement un produit provenant de l’activité protojilasmique, ce sont les expériences de Salomonsen et Madsen (*) et de Roux et Vaillard (^). Les auteurs danois ont constaté qu’il est possible d’exagérer sensiblement la production d’antitoxine chez les chevaux activement immunisés, si l’on a soin d’injecter, à ces chevaux, certains composés chimiques capables
(•) Salomonsen et Madsen. — lîech. siu' la marche de V immunisation contre la diphtérie, Ann. Inst. Pasteur,
(-) Roux et Vaillard. — Contrib. à l'étude du tétanos. Ann. Inst. Pasteur, 1897.
nÉSüMÉ
d’exciter l’activité sécrétoire des éléments cellulaires, telle la püocarpine. D’autre part, Roux et Vaillard, en saignant à plusieurs l’eprises des chevaux qui fournissaient un sérum antitoxique, ont pu changer entièrement le sang de ces animaux, sans arrêter la production de l’anlitoxine. Ceci montre que ce qui domine la formation des anticorps, ce n’est pas la transformation des principes immunogènes en ces anticorps, mais l’intervention active du protoplasma vivant. Ce protoplasma, grâce à ces qualités assimilatrices, se régénère continuellement, et fabrique sans cesse de nouveaux groupes fonctionnels qui se détachent de leurs moléculesmères et apparaissent dans les humeurs sous la forme d’anticorps spécifiques.
Résumé. — L’ensemble des considérations exposées dans ce travail nous amène ainsi à conclure que la molécule de protoplasma vivant est continuellement le siège d’une destruction partielle, source de toute manifestation vitale, et qu’elle se régénère constamment aux dépens de la matière nutritive qui circule dans le plasma. Aux groupes fonctionnels attachés à cette molécule protoplasmique incombe le rôle de présider à la fixation de cette matière nutritive, ainsi qu’à son élaboration et à son intégration dans la substance organisée. Ces groupes réalisent cette
BÉSUMK
fixation et celte inlégration, grâce à l’affinité chimique dont ils sont pourvus. Ils élaborent les principes assimilables au moyen des ferments endocellulaires et de leurs adjuvants, les sensibilisatrices. Enlin, ils accomplissent la régénération de la molécule j)rotoplasmique, en faisant un choix select parmi les innombrables principes assimilables mis à leur disposition et cela, suivant les besoins immédiats de la cellule. Il est permis de supposer que cette régénération n est, en dernière analyse, que l’expression d’un jthénomène de pohpyiérisation, comme cela a été soutenu par Pflüger et accepté par Vervvorn. Mais ici tout se perd dans l’inconnu, et la science n est pas encore assez mûre pour pouvoir résoudre un problème aussi difficile que complexe.