RUE DE LA RÉGENCE
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AQENJER,
Membre de l'Académie royale de Belgique, Èchevin de la ville de Gand
Mon cher Confrère,
En proposant au conseil communal de célébrer le 300® anniversaire de la Pacification de Gand, vous disiez : « Le collège estime qu'il y « a lieu pour notre ville de célébrer cet anni- « versaire avec toute la solennité que comporte
a le souvenir d'un événement historique aussi « considérable et qui se rattache d'une manière a si intime à notre maison communale. Certes, « la Pacification de Gand n'a pas encore pro- « clamé nettement le principe de la liberté de u conscience... Néanmoins, c'est grâce à elle « que Guillaume le Tacitiune, d'inunortelle « mémoire, a obtenu pour la Hollande et la « Zélande le droit de professer librement la « religion réformée. C'est grâce à elle que les « décrets du duc d'Albe et du conseil des Trou- « blos ont été suspendus. C'est grâce à elle « enfin que nos ancêtres ont réussi à chasser « du sol de la patrie les troupes qui y avaient « été amenées parles guerres de religion... »
Vous avez raison : la Pacification de Gand est HiniH contredit un des épisodes les plus mémorables dos annales des anciens Pays-Bas.
Jo me suis efibrcé de mettre impartialement on œuvre tous les documents contemporains qui relatent les détails de ce grand événement historique et qui en donnent la vraie signification.
Dans les temps modernes, la Belgique a été le
théâtre de trois révolutions, et ces trois révolutions ont été amenées ou consolidées par l'union de deux partis que l'on supposait irréconciliables. En 1576, nous voyons les catholiques et les calvinistes s'unir étroitement pour arracher le pays à la domination étrangère; en 1789, les conservateurs et les démocrates s'allient pour combattre Joseph II; en 1830, alliance encore entre les catholiques et les libéraux pour fonder la Belgique indépendante.
La Pacification de Gand ne fut donc pas, ce semble, le triomphe exclusif d'un parti. Ce fut l'œuvre commune des Belges catholiques, obéissant à l'autorité légale des États-Généraux, et des Hollandais calvinistes qui écoutaient les patriotiques exhortations de Guillaume le Taciturne. Elle avait pour objet de rendre le pays à lui-même et d'effacer jusqu'aux vestiges d'une domination abhorrée. Ce fut aussi un grand enseignement et, à ce titre, il importe réellement de réveiller et de consacrer le glorieux souvenir d'un épisode que nid ne devrait ignorer dans notre pays.
Puisse ce récit, que je me permets de dédier
à la cité des Artevelde, puisse-t-il contribuer à répandre des notions authentiques et nationales 1 Je n'ai pas d'autre but.
Théodore Juste.
Bruxelles, 14 juin 4875.
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