‹ La pacification de Gand & le sac d'Anvers, 1576Chapitre 2 sur 7 · L'UNION DU NORD ET DU MIDI · texte numérisé non relu

L'UNION DU NORD ET DU MIDI

Les troupes espagnoles, qui avaient assiégé Zierikzee, s'étaient mutinées et, se dirigeant vers le Brabant, venaient de s'emparer d'Alost ; d'autres bandes avaient saccagé Maestricht et menaçaient également la Flandre et le Brabant. Le conseil d'État, chargé provisoirement du gouvernement après la mort de don Luis de Requesens, déclara, par un édit du 23 septembre 1576, les Espagnols rebelles, ennemis du souverain et du pays. Cet édit ordonnait à chacun de s'armer contre eux ; il enjoignait, en outre, aux soldats des autres nations de se déta-

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cher des bandes espagnoles et de se ranger « sous le serment et la solde » du conseil d'État et des états de Brabant. Mais, pour lutter victorieusement contre les vétérans du duc d'Albe, il fallait lunion de toutes les provinces des Pays-Bas; il fallcdt une alliance sincère avec le prince d'Orange ; il fallait la puissance irrésistible d'un patriotisme général, à la fois prévoyant et énergique. Or, depuis le commencement du mois de septembre, les « vrais patriotes » avcdent cherché à nouer des rapports étroits avec Guillaume de Nassau et les états de Hollande et de Zélande.

Un avocat au conseil de Flandre, Michel de Backere, adressa, le 3 septembre, une communication importante à l'ancien gouverneur de Zierikzee, Arnould van Dorp, qui se trouvait à Middelbourg près du prince d'Orange. Il affirmait que le conseil d'État, dont il se disait autorisé, était résolu de traiter rondement les préliminaires de la pacification et de la conclure vite, en peu de paroles et d'articles. Il demandait même que le prince d'Orange désignât dès lors une place propice pour les négociations.

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Quoiqu'il ne fût point vraisemblable que le conseil d'État, dont la majorité était royaliste, eût, avant son épuration, donné lautorisation formelle de traiter de la paix avec le prince d'Orange, van Dorp feignit d'ajouter foi entière à la communication de son correspondant. Il répondit, le 7, qu'il en avait référé au prince d'Orange et que ce dernier, ne désirant rien tant au monde que de voir la paix assurée, s'adresserait aux états de Hollande et de Zélande, afin qu'une bonne et prompte résolution fût prise sur les offres venues de Gand.

Le lendemain, Guillaume informait effectivement les états de Hollande que van Dorp leur communiquerait différentes lettres, desquelles il résultait clairement que le conseil d'État avait l'intention d'entrer en communication avec lui pour traiter de la paix. En même temps, il s'adressait directement aux agents dévoués qu'il avait à Bruxelles et par lesquels il dominait déjà cette ville ainsi que les états de Brabant.

Parmi ces « vrais patriotes » on distinguait d'abord l'ancien défenseur de l'infortuné comte d'Egmont, l'avocat Liesvelt, que les ultra-catho*

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liques désignaient comme un autre Architophel. Les états de Brabant le chargèrent, après le grand événement du 4 septembre ' , de se rendre en Flandre et ailleurs, pour presser la réunion des États-Généraux. Liesvelt, qui devait recevoir un jour comme récompense la haute dignité de chancelier de Brabant, avait pour coopérateurs Henri de Bloyere, colonel de la bourgeoisie de Bruxelles, en 1579, et premier bourgmestre Tannée suivante; Jean de Pennants, conseiller et maître des comptes en Brabant, et Christophe Roels, de Louvain, dit Jean de la Sale, pensionnaire des nobles de la Zélande, et qui se disait lui-même « amoureux et observateur des vertus des deux frères, feu le seigneur de Thoulouse et le seigneur de Sainte-Aldegonde, » et naturellement enclin, dès qu'il était venu en âge de participer à ladmiuistration des affaires publiques, à servir le prince d'Orange.

^ Le 4 septembre» Jacques de Gltmes, exécutant les ordres du s^gaeur de Hèxe> colonel de Tinfonterie brabançonne et filleul du prince d*Oran^» avait, à la tête de trois cents moosquetaires, arr^ et emprisonné les membres du conseil d*£Kat suspects

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Le 10 septembre, Jean Théron, autre agent confidentiel du prince, partit de Middelbourg avec des lettres qui avaient pour but de stimuler et d encourager les « vrais patriotes. • » En effet, Guillaume promettait de les seconder de tout son pouvoir. Mais, conservant quelques doutes sur la sincérité du conseil d'État, il priait Christophe Roels de lui mander si Ton ne voulait pas amuser le peuple et si les démarches faites près de lui étaient connues et approuvées par les états de Brabant. Il remettait aussi à Jean Théron, pour être communiqué à Henri de Bloyere et à Roels, son avis sur la situation des Pays-Bas et les moyens d y remédier. Il conseillait ime union étroite et indissoluble, impliquant obligation pour chacun de défendre la cause nationale de toutes ses forces, et sans pouvoir reculer, quelque difficulté qui pût se présenter. Il lui semblait que le vrai et souverain moyen de triompher était la création d une confédération ou un compromis, par lequel toutes les provinces en général et chacune en particulier, ainsi que tous les seigneurs et gentilshommes les plus notables, s'engage-

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raient à jamais, par serment et signature, à maintenir la liberté de la patrie contre la tyrannie des Espagnols et de leurs adhérents « jusqu'à la dernière goutte de leur sang, » et à chasser ces étrangers, sous peine d'éternelle infamie. Il fallait rechercher ensuite et décréter les mesures les plus efficaces pour subvenir aux besoins de la guerre.

Le Taciturne s'efforce en même temps d'encourager Jean de Croy, comte du Rœulx, gouverneur de la Flandre, et d'exciter le patriotisme de Jean de Hembyze, le puissant et célèbre échevin de Gand K

Il rappelle au comte du Rœulx l'amitié qui les unissait depuis l'époque où ils étaient de compagnie « nourris en la chambre de feu l'empereur Charles. » Il ajoute qu'il s'était grandement réjoui de voir la déclaration que, d'accord avec les quatre membres de Flandre *, le gouverneur avait publiée pour amener la pacification générale du pays, montrant ainsi la

1 Pour 1576, Hembyse était second échevin de la Keure de Gand. L*année précédente, il figurait le troisième sur la liste. * Bruges, Gand, Ypres et le Franc de Bruges.

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bonne affection qu'il avait au bien de la patrie. « Et comme en toutes mes actions^ poursuivaitil, je me suis toujours proposé ce même but, à savoir que les étrangers et les perturbateurs du repos public s'étant retirés, le pays pût recouvrer son ancienne liberté et sa prospérité, j'estime être tenu d'aimer et de servir ceux qui poursuivent le même dessein. »

Le langage que Guillaume tient à Hembyze est plus émouvant, plus énergique, plus pathétique. N'ayant en vue que de délivrer la patrjïe de la tyrannie espagnole, il l'exhorte à user de toute son influence pour que la Flandre se joigne étroitement au Brabant. « Il faut, dit-il, ou se préparer à servir, sur un échafaud, à toute la postérité, de misérable exemple de désunion mal avisée, ou bien courageusement et unanimement repousser la violence étrangère, qui ne se peut supporter sans infamie éternelle et entière ruine. » Il dit encore qu'il travaillera à la délivrance de la patrie « tant que l'âme lui demeurera au corps. » Sublime et prophétique engagement!

Une grande agitation régnait dans la capitale.

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de la Flandre. On appréhendait que la garnison espagnole du château ne fît cause commune avec les « mutinés » d'Alost et ne leur livrât la ville. Pour se précautionner contre cette éventualité redoutable, le comte du Rœulx avait appelé un corps d'infanterie wallonne des vieilles garnisons des frontières et levé seize nouvelles compagnies, outre les six que l'on avait tirées de la bourgeoisie. Ces troupes occupèrent Bruges et Gand et s'emparèrent de tous les passages qui conduisaient vers Alost. Le comte du Rœulx et les chefs de la commune gantoise tâchaient en même temps d'endormir la vigilance d'Antoine de Alamos Maldonado, commandant du château, en l'absence du colonel Mondragon, alors prisonnier de ses propres soldats à Zierikzee. Mais aussitôt que le comte du Rœulx et le magistrat de Gand eurent réuni vingt-cinq à quarante « enseignes, » ils passèrent l'Escaut, firent occuper le faubourg de Saint-Bavon et commencèrent les retranchements.

Le 16 septembre, la redoutable citadelle, élevée par Charles-Quint pour tenir en bride la

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capitale de la Flandre, était investie. Quoiqu'il n'eût sous ses ordres qu'une poignée de soldats, le lieutenant de Mondragon annonçait le dessein de se défendre jusqu'à la dernière extrémité. Il fit tourner ses canons contre la ville et, le 20, le feu commença. Comme les assiégeants manquaient de grosse artillerie pour répondre à celle du château, il était à craindre que le siège ne trdnât en longueur. D'autre part, les patriotes qui dominaient dans les états de Flandre, dans les conseils de la ville de Gand et dans la bourgeoisie, se défiaient du comte du Rœulx et des régiments wallons (Rœulx et Noyelles) qui avaient toujours servi avec les Espagnols. Aussi étaient-ils d'avis de solliciter l'assistance du prince d'Orange. Ils connaissaient, par les mariniers et d'autres voyageurs qui venaient de la Zélande, les dispositions favorables du Taciturne. Ils n'ignoraient pas non plus les offres qu'il avait faites à Jacques de Hennin, seigneur de Haussy, qui, avec le consentement du conseil d'État, s'était rendu à Middelbourg, pour traiter de la délivrance de son frère, le comte Maximilien de Boussu, fait pri-

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sonnier par les insurgés hollandais à la bataille navale d'Enckhuyzen.

Jacques de Hennin commandait au siège du château de Gand la bande d'ordonnance de son frère. Il fut mandé à Thôtel de ville avec Michel de Backere, et les états de Flandre les invitèrent lun et l'autre à se rendre près du prince d'Orange. Le 21, ils reçurent leurs instructions qui portaient les signatures du comte du Rœulx et de trois membres du conseil de guerre. Ils étaient chargés de demander au prince d'Orange des soldats et de l'artillerie, moyennant certaines garanties et sous condition que la religion catholique serait respectée peu* ses gens. Le prince, ayant entendu les mandataires des états de Flandre, donna immédiatement l'ordre d'embarquer à Flessingue, pour le Sas de Gand, six compagnies d'infanterie. Elles devaient être suivies de vingt-deux autres et de l'artillerie nécessaire. Le seigneur de Haussy se trouvait à Flessingue avec l'avant-garde lorsqu'il reçut des états de Flandre des lettres par lesquelles ceux-ci l'informaient qu'on n'avait plus besoin des troupes du prince d'Orange, que deux com-

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pagnies de cavaliers fédéraux étaient entrées à Gand. Jacques de Hennin retourna aussitôt à Middelboui^ et montra au prince les dépêches qu'il venait de recevoir. Le Taciturne n eut pas de peine à deviner que le contre-ordre était dû à certains personnages qui, par crainte de son ascendant, prétextaient le salut de la religion catholique. Il n'en tint compte et engagea Jacques de Hennin à ne pas se préoccuper non plus de cette intrigue à laquelle le conseil d'État donna d'ailleurs, par son approbation, une importance sérieuse.

Lorsque, le 26 au matin, Olivier van den Tympel arriva devant la ville avec l'avant-garde des auxiliaires hollandais, composée de huit enseignes, l'ordre fut donné de tenir les portes fermées. Mais un des chefs des patriotes, Guillaume de la Kethulle, seigneur d'Assche, ne sachant point que les états s'étaient ravisés, demanda pourquoi on voulait reléguer au dehors les amis qu'on avait appelés. Il fit ouvrir les portes, et Olivier van den Tympel entra dans la ville, à la tête de ses compagnies dont les drapeaux portaient cette devise : Pro fide et

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patria. Les soldats du prince d'Orange vinrent se ranger en bataille sur le marché du Vendredi, où ils firent une salve de mousqueterie en signe de bienvenue. Le surlendemain, ils furent rejointe par une nouvelle compagnie.

Parmi les « orangistes » se trouvaient un assez grand nombre de Gantois, qui avaient été bannis sous la tyrannie espagnole ; ils furent bien accueillis par leurs amis. Du reste, le prince d'Orange avait fait recommander à ses soldate d'observer une exacte discipline, de respecter les catholiques et de ne pas être à charge aux habitants. C'était une nouvelle preuve de sa haute prévoyance et de sou habile politique.

Dès le 8 septembre, les états de Brabant avaient appelé aux armes toutes les autres provinces et expédié les lettres de convocation pour réunir les Étate-Généraux à Bruxelles. Les représentants de la Flandre et du Hainaut répondirent les premiers à cette invitation et, d accord avec les représentante du Brabant, n'eurent garde de repousser la main que leur tendait Guillaume de Nassau. Le 25, ils demandèrent

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formellement au conseil d'État que l'on se mît en communication avec le prince d'Orange et les étals de Hollande et de Zélande. Le conseil donna son assentiment le lendemain, mais en exprimant le vœu que les délégués hollandais et zélandais vinssent se joindre aux autres représentants des Pays-Bas. Pour faciliter l'ouverture des négociations désirées de part et d'autre, la majorité des États-Généraux fit choix d'un messager qui devait être agréable au Taciturne: c'était un gentilhomme brabançon, autrefois banni par sentence du duc d'Albe, Jean de Mol, seigneur d'Oetingen. Il était chargé^ par une commission du Sf7 septembre, de faire connaître au prince que, s'il lui plaisait d'envoyer des députés à Bruxelles, ceux-ci seraient les bienvenus. Mais il ne devait point dissimuler que l'envoi de ces mandataires ne porterait aucun fruit, si le prince ne donnait, conformément à l'intention exprimée par les États-Généraux, l'assurance de ne vouloir rien innover <c au fait de la religion ancienne » et de l'obéissance due au roi. Le seigneur d'Oetingen s Wpressa de s'acquitter de cette mission,

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et, quelques jours après, il était de retour : il affirmait que le prince d'Orange n'avait rien de plus cher que de traiter avec les États-Généraux, et que depuis longtemps il désirait que cette intention bien sincère fût connue. Le Taciturne était tenu soigneusement au courant, par ses correspondants, de la situation des esprits à Bruxelles. Christophe Roels lui mandait, le 221 septembre, qu'il lui importait de ménager encore le duc d'Arschot et de ne point exciter sa jalousie. Les États-Généraux et les jeunes seigneurs qui les soutenaient montraient la meilleure volonté; mais l'épuration du conseil d'État avait excité des appréhensions qui n'étaient pas encore calmées. On désirait et on redoutait à la fois la venue du prince. Enfin, on était tombé d'accord qu'elle ne se ferait que du su et gré des États. Quant à la pacification, elle était dans les vœux du plus grand nombre, moyennant la promesse préalable faite par les agents du prince que celui-ci se conformerait à la décision de l'assemblée générale.

Ces recommandations ne furent point perdues . J^e 26 septembre, le prince écrivit au duc d'Ar-

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schot pour rengager à provoquer une résolution énergique des États-Généraux, promettant, sur sa conscience, qu'il ne' prétendait à aucune innovation dans l'État ni dans la religion ; c'était, en d'autres termes, une promesse formelle de maintenir la religion catholique dans les Pays-Bas méridionaux. Le lendemain, Guillaume écrivit d'une manière très pressante à Jean Hembyze, qu'il appelait son « bien bon ami, » afin de l'exhorter à employer toute son influence pour établir l'union des provinces. — La désunion, disait- il, serait pernicieuse, non seulement à la généralité du pays, mais plus particulièrement à la Flandre, à qui les ennemis communs et les perturbateurs du repos public attribuent les changements intervenus. Le Taciturne allait être satisfait. Le 29, les États-Généraux lui renvoient le seigneur de Haussy pour lui expliquer que la demande de retenir ses troupes en Zélande avait été le résultat d'un malentendu. Ils le remerciaient maintenant du secours qu'il avait envoyé à Gand et le priaient de nommer, dans le plus bref délai, ses députés, pour traiter de la pacification. Le

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«eîgneiir de Haussy devait s entendre avec le prince et les états de HoUande et de Zélande sur le lieu qu'ils jugeraient le plus convenable pour les négociations, Bruxelles, Gand

ou Bruges.

Le 3 octobre, Guillaume fit savoir aux États- Généraux qu'il était prêt à leur envoyer des députés, en son nom et de la part des États de HoUande et de Zélande ; mais il demandait que les conférences eussent lieu à Gand et non à Bruxelles, parce que l'accès de cette dernière ville présentait de grandes difficultés, à cause de la longueur et du danger des chemins* Il réclamait d'ailleurs un sauf-conduit bien ample pour ses mandataires. 11 déclarait ensuite , en ce qui concernait le maintien de la religion catholique hors de la Hollande et de la Zélande, qu'il avait toujours promis de laisser les choses en l'état où elles étaient, jusqu'à ce que, les Espagnols partis, tous les différends pussent être amiablement vidés en une assemblée libre des États-Généraux représentant toutes les provinces. Il protestait, en outre, qu'il ne prétendait en aucune façon soustraire les Pays-Bas à

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robéîssance légitime qui était due au roi, mais qu'il voulait seulement les délivrer de la tyrannie inique et insupportable par laquelle les étrangers avaient voulu « leur mettre le pied sur la gorge. »

Une démarche inattendue et énergique du duc d'Arschot allait hâter la détermination des États-Généraux. Le 6 octobre, vers dix heures du matin, le duc se rendit à l'hôtel de ville, dans la chambre des états de Brabant : après avoir demandé le silence, il exposa les raisons pour lesquelles, selon lui, la paix avec le prince d'Orange devait être conclue sans retard ; il demanda que , toutes autres affaires cessantes, on mît incontinent en délibération par quels moyens la paix pourrait se faire.

Quelques ultra-catholiques, alléguant la gravité de cette proposition, exprimèrent l'avis de remettre la délibération à un autre jour. Mais la majorité s'éleva contre cette motion, qui fut également combattue par le duc d'Arschot.

On décida enfin que les commissaires qui seraient délégués reprendraient les négociations au point où elles étaient demeurées au congrès

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tenu à Breda en 1575. Les actes de cette assemblée furent lus. Il en résultait que les commissaires du prince d'Orange, d'accord avec les plénipotentiaires de la Hollande et de la Zélande, avaient demandé que les propositions concernant la religion fussent ajournées afin d'ôtre définies et discutées par une assemblée générale de toutes les provinces des Pays-Bas, et que, cette demande ne leur ayant pas été accordée, le congrès avait été dissous. Le parti qui inclinait à la paix opinait pour que la concession réclamée à Breda fût faite, sinon il serait impossible, prétendait-il, de traiter. Sur quoi un des prélats (on suppose que ce fut l'évêque de Bois-le-Duc) répondit avec aigreur : <i Mieux vaudrait poursuivre encore la guerre pendant dix ans, attendu qu'il n'appartient point aux membres des États d'empiéter syr les droits dusaint-siége apostolique, et ceux qui sont d'une autre opinion doivent à bon droit être réputés hérétiques. » Mais la majorité étouffa par ses murmures la voix de ce catholique inflexible et passa outre à la nomination des commissaires. Guillaume de Nassau avait exprimé le désir

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que ceuy-ci fussent « des gens non passionnés et cherchant surtout le seul bien de la commune patrie. » Il allait être satisfait ^ car parmi les commissaires élus se trouvaient plusieurs de ses partisans les plus dévoués. Le Brabant avait désigné : Jean Van der Linden, abbé de Saînte-Gertrude, à Louvain; Jean de Mol , seigneur d'Oetingen , lieutenant des fiefs en Brabant y et le docteur Elbertus Leoninus, professeur à l'université de Louvain, quoiqu'une requête émanant des bourgeois de Bruxelles eût protesté contre le choix de cet ancien agent de Requesens. Les mandataires de la Flandre étaient : Ghislain Timmermans, abbé de Saint- Pierre, à Gand ; François de Halewyn, seigneur de Sweveghem , gouverneur et capitaine d'Audenarde, et le conseiller Pierre de Bevere. Le Hainaut avait délégué : Mathieu, abbé de Saint- Ghislain, élu évêque d'Arras; Charles de Gavre, seigneur de "Fresin, et Quintin du Prêt, chef des échevins de la ville de Mons. Jean de Pennants, conseiller et maître des comptes en Brabant, fut adjoint, en qualité de secrétaire, à la députation.

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Les instructions de ces plénipotentiaires furent arrêtées par les États - Généraux , le 11 octobre, et approuvées, le 13, par le conseil d'État. Ils étaient particulièrement chargés de reprendre les négociations entamées naguère à Breda, et d'insister pour obtenir laccomplissement des demandes qui avaient été formulées dans ce congrès par les commissaires royaux.

Pendnnt les délibérations pour la paix, les soldats calvinistes du prince d'Orange et les marchands qui se trouvaient en deçà de l'Escaut feraient en sorte de ne provoquer aucun scandale, et, d'autre part, les catholiques de Hollande et de Zélande auraient le libre exercice de leur religion.

Le seigneur d'Oetingen était déjà retourné vers le prince d'Orange avec la mission de faire hâter l'envoi des députés du Nord, d'accorder au prince, pour son assurance, le Sas de Gand, de le prier de mettre à la disposition des États- Généraux ses forces de terre et de mer, de l'engager enfin à ne point retirer les auxiliaires qu'il avait envoyés à Gand et à maintenir parmi eux la plus exacte discipline « afin de clore la bouche à tous calomniateurs et mauvais esprits. »

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Le 12 et le 14 octobre, le prince d'Orange et les États de Hollande etdeZélande nommèrent leurs délégués. Ils étaient au nombre de neuf : Philippe de Marnix, seigneur du Mont-Sainte-Aldegonde; Arnould Van Dorp, S' de Tamise; Guillaume de Zuylen de Nyvelt ; Paid Buys, avocatpensionnaire de Hollande; le docteur Adrien Van der Mylen; le licencié Corneille Coninck; Pierre de Rycke, bailli de Flessingue; Antoine Van der Zickelen, conseiller en Zélande, et André de Jonghe, bourgmestre de Middelbourg.

Ces plénipotentiaires arrivèrent à Gand dans l'après-midi du 18 octobre, accueillis avec allégresse par le peuple et suivis de beaucoup d'habitants qui, sous l'exécrable tyrannie du duc d'Albe, avaient été ou proscrits ou avaient fui leurs persécuteurs. Les commissaires de l'assemblée de Bruxelles étant arrivés également, les conférences commencèrent le lendemtdn, 19 octobre, à l'hôtel de ville. On débuta par signer une trêve ou armistice entre la Hollande et la Zélande, d'une part, et les autres provinces, de l'autre. La ville de Nieuport fut remise au prince d'Orange comme sûreté et garantie pour

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Im secours envoyés à Gand. Dès leur première réunion avec les représentants du Nord, les commissaires des États-Généraux demandèrent, puisque le maintien de la religion réformée serait accordé à la Hollande et à la Zélande, que les catholiques de ces provinces pussent exercer librement leur culte. Mais les députés du Nord ayant présenté plusieurs objections, la question fut tenue en suspens.

La prise de Maestricht, le siège de la citadelle de Gand, les déprédations continuelles des Espagnols qui venaient encore de saccager Grammont, tout engageait cependant à presser la réconciliation des provinces. Le peuple s'impatientait : dt\)à la bourgeoisie de Bruxelles requérait les États-Généraux d'inviter le prince d'Oraugt> à se rendre près d eux.

Guillaume de Nassau, quoiqu'il se fût empressé de saisir loccasion de traiter avec l'assemblée de Bruxelles, ne pouvait se défendre d'une certaine défiance. II était averti que tous les membres des États-Généraux « ne marchaient point de bon pied en cette affaire, » qu'il y avait des hypocrites qui ne cherchaient qu'à gagner

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du temps pour attendre la réponse qui devait être remise à un courrier parti pour l'Espagne. Or, le Taciturne mandait à ses commissaires qu'on devait traiter avec eux à la flamande et non à l'italienne et à l'espagnole. D'autre part, il conjurait l'abbé de Sainte-Gertrude d'user de toute son influence, afin que la conclusion des négociations fût poussée si loin que rien ne pût l'entraver désormais. — Gardons-nous, disait-il, de favoriser par tant de longueurs les projets de l'ennemi. Déjà il s'approche d'Anvers, et Dieu veuille que nous n'en ayons de mauvaises nouvelles! Mais je le crains fort. Et si vous ne prenez garde à vous, — ajoutait-il en s'adress€uit aux représentants de l'assemblée de Bruxelles , — il est à redouter que vous n'ayez bientôt aussi l'Espagnol aux portes de Gand.

Anvers surtout était alors la préoccupation dominante du Taciturne. Il avait décidé que quatorze ou quinze compagnies de Hollande iraient au secours de la grande métropole; mais déjà il était trop tard.

Sancho d'Avila occupait la citadelle d'Anvers, alors réputée sans égale dans le monde et reconnue comme le vrai boulevard de la domination espagnole dans les Pays-Bas. Par les galères qu'il commandait sur l'Escaut, le châtelain d'Anvers communiquait librement avec la rive gauche où le mestre de camp Valdès avait élevé le fort de la Tête de Flandre ^ qui dominait également la ville. Celle-ci contenait au moins cent cinquante mille habitants , tandis que la garnison de la forteresse ne dépassait pas d abord deux cents hommes. Il est vrai que, par la Tête de Flandre^ Sancho d'Avila, commandant du château, et Gieronimo de Roda, qui se disait le représentant du roi Philippe II, pouvaient

correspondre avec les mutinés d'Alost et les autres détachements de ï'armée espagnole.

Une vague inquiétude régnait dans la grande cité, qui était comme l'entrepôt du monde. Les habitants, redoutant les Espagnols qui occupaient la citadelle, avaient peu de confiance dans les compagnies allemandes qui formaient la garnison de la ville, et cherchaient à deviner les intentions de l'escadre hollandaise qui, sous le commandement de l'amiral Treslong, croisait silencieusement non loin de la ville neuve j au tournant de l'Escaut. Le commerce était languissant. Ne se croyant plus en sûreté dans Anvers, les marchands de toutes nations, principalement les Italiens, émigraient en foule vers Liège ou Malines.

Un des chefs castillans, le mestre de camp Julian Romero, conseillait perfidement au gouverneur d'Anvers, Frédéric Perrenot, seigneur de Champagney, de sortir aussi de la ville sous prétexte que les Espagnols s'armaient contre lui. Champagney répondit que le roi lui avait confié le gouvernement d'Anvers et qu'il resterait à son poste. Il s'efforça donc de s'y main-

tenir, malgré les chefs espagnols qui méconnaissaient sans cesse son autorité et s efforçaient de miner également celle du comte Othon d'Eberstein, commandant des troupes allemandes. Quant aux ordres du conseil d'État, ils ne s'en souciaient, disant que le conseil n'était pas libre.

Le 23 septembre, Champagney avertissait le conseil d'État que les Espagnols, ne se dissimulant point que les armements ordonnés à Bruxelles étaient dirigés contre enx, prendraient sans doute l'initiative de l'attaque. Maîtres de Hoogstraeten et de Lierre, ils se concentraient autour d'Anvers et tâchaient d'attirer à eux les colonels allemands. La citadelle était bien fournie d'artillerie et de munitions, tandis que Champagney ne disposait que de quelques canons pour défendre la rivière. Telle était déjà la méfiance du peuple que, ayant soupçonné les théatins (c'est à dire les jésuites) d'être de connivence avec la citadelle, la maison d'Aix^ où se trouvait leur monastère, fut cernée par une foule menaçante, et il fallut, pour contenir ces gens exeispérés, l'énergique interven-

tion du gouverneur et du comte d'Eberstein.

A la suite de cette émeute, les « guides » se réunirent dorénavant la nuit dans leurs chambres et dans la maison de ville.

Le comte d'Eberstein, quelquefois suspect aussi à la bourgeoisie, était un homme faible et de médiocre intelligence, mais non déloyal. Les colonels Fugger et Polweiler, ainsi que le lieutenant-colonel Cornélius Van Enden subissaient, au contraire, Tinfluence de Roda. Le comte d'Ebêrstein eut alors Tidée malheureuse de renforcer la garnison de la ville, en y appelant quatre compagnies de Cornélius Van Enden.

Elles entrèrent à Anvers, le 29 septembre, malgré les représentations de Champagney, qui regardait Cornélius Van Enden comme faisant partie de la conjuration du château.

La crainte qu'il exprimait était fondée à tous égards. A peine les nouvelles compagnies furentelles entrées dans la ville que, par leur indocilité, elles corrompirent les troupes, jusqu'alors fidèles, du comte d'Eberstein. Celles-ci, excitées par des émissaires du château, voulurent savoir pourquoi elles servaient et comment elles

seraient payées. Elles finirent, le 2r7 octobre, par se mutiner ouvertement et menacèrent de prendre conune otages leur commandant et Champagney lui-même. Mais ces deux chefs réussirent à se soustraire à la captivité dont ils étaient menacés. Champagney, d'accord avec certains membres du magistrat, s empressa de recueillir quelque argent et le distribua aux Allemands d'Eberstein. Tout ce tumulte paraissait apaisé lorsque le comte d'Eberstein se laissa circonvenir par les autres colonels allemands et surtout par Charles Fugger, que Champagney désignait comme le «Mercure » de Roda. Ils représentèrent à cet honnête mais faible capitaine que les troupes des états arriveraient bientôt pour expulser toutes les bandes étrangères, tandis que les Espagnols s'avanceraient de leiu* côté pour reprendre Anvers. S'il ne voulait pas se trouver entre les uns et les autres, il y avait donc nécessité de se concerter avec le château.

Dans la soirée du 29 octobre, le comte d'Eberstein apposa sa signature sur un écrit en langue espagnole que lui présentaient les colonels Fugger

et Palweiler. C'était un pacte d'alliance offensive et défensive avec Sancho d'Avilà et les seigneurs du conseil d'État et de guerre qui résidaient en la citadelle d'Anvers.

Afin d'assurer l'autorité royale en même temps que la sécurité et le repos de la ville, les contractants^ se juraient union et amitié réciproque. Eberstein et Van Enden s'engageaient ensuite à désarmer les bourgeois, que Champagney avait adjoints aux Allemands pour la garde d'Anvers, et à faire déposer à la citadelle les armes des « guides. » Ils devaient, en outre, s'opposer à l'admission dans la ville d'autres troupes que celles qui s'y trouvaient déjà, si ce n'était avec le consentement des seigneurs du conseil résidant dans la citadelle. Cornélius Van Enden aurait la garde de la ville neuve^ et le comte d'Eberstein exercerait son commandement sur l'autre partie d'Anvers. Enfin, ils reconnaissaient Sancho d'Avila pour leur général et lui promettaient obéissance.

1 Le traité portait les signatur'es de : Nicolas, baron de Polwei- 1er, — Carlos Fugger, — Otto G. zu Eberstein, — Cornélius Van Enden, — Ger«»o de Roda, — L Isunça, — Alessandro Gonzaga, — Sancho d'Avila, — Francisco Verdugo.

ÎW LA fTBIE ESI'XOSfjLE

hm Étete-Généraox continuaient leurs armeuuml» et linir» négociations. Ds avaient ordonné tiux <M>mpagiiies wallonnes du colonel Mondragoii diî quitter Zierikzee et de venir dans le Brahnnt. iU avaient même proposé au conseil iVliUit de révoquer Mondragon, de le déclarer lainnmi du roi et du pays, de même que SancJio d'Aviltt et Charles Fugger, et de donner à Ja(;(|u<m d(î Glymcs le commandement de son n^giinniit. Vax même temps, ils réitéraient leur (h^chirulloii do ne plus vouloir traiter avec les Iroupcvs ospagnoles, si ce n'était pour déteruùnw Imu» sortie du pays. Quant aux Alleiiutuds, comme il paiviissait impossible de s'asmwv d(^ tous los colonels, les états voulaient au moins (|uo Ton gagnât le comte d'Eberstein, on lui piHUueltant un pot-de-vin de cinquante uùUo tUu'ius. L'intention de rassemblée de lUHixoUes tHuît d ailleurs de licencier les coml^aguie^ suspectes, au fur et à mesure qu elles ivwvmîeut k>s ai^rêrages qui leur étaient dus.

IX^à Tauturitê du colonel de Polweiler avait êti> m^kouuue à IVrmoude. Trois compagnies de $ou régiment occup^ent cette place impoc^

tante. Pour empêcher que ces Allemands ne se joignissent aux Espagnols, François de la Kethulle, seigneur de Ryhove, au nom des états de Flandre, se mit en rapport avec eux et les gagna au moyen dune somme convenue. Les, soldats arrêtèrent leur colonel et laissèrent rompre le pont sur FEscaut, refusant ainsi le passage à la cavalerie de Fernando de Tolède, qui se proposait d'aller au secours du château de Gand. Polweiler, relâché par ses soldats, informa le conseil d'État que les « écharpes » du prince d'Orange se voyaient de plusieurs côtés. Il s'enquérait en conséquence si lé conseil tenait encore le prince pour ennemi du roi.

Malines, qui couvrait le Brabant, avait pom»

les États-Généraux une importance encore plus grande que Termonde. Aussi, Roda s'était -il efforcé de les y supplanter. Dès le 12 septembre, il avait exhorté le grand conseil à se défier des états de Brabant et l'avait engagé à accepter, pour garnison, des soldats allemands, au lieu des deux compagnies wallonnes qui gardaient la ville. Informé de cette communication, le conseil d'État défendit aux autorités de Malines

de correspondre encore avec les chefs rebelles d'Anvers. Le grand conseil, le magistrat, les doyens des métiers, les bourgeois, tous auraient bien voulu garder la neutralité, car ils se souvenaient de Thorrible sac de 1572. Craignant à la fois d'irriter Julian Romero, qui se trouvfiût à Lierre avec des forces assez considérables, et de mécontenter les États-Généraux, qui rassem-^ blaiént leur armée, le grand conseil, les gens d'église, le magistrat, les bourgeois, tous deman* daient que leur situation ne fût pas changée. Ils Avaient promis de ne laisser entrer dans Malines aucun soldat espagnol ou autre, tenant le parti de Gieronimo de Roda. Mais cet engagement ne satisfît point le conseil d'État. Obéissant aux réquisitions des États-Généraux, il exigea que Malines se déclarât pour eux et reçût les troupes qui allaient se mettre en marche. Une députation fut envoyée près du conseil d'État; ses sollicitations échouèrent. Le conseil et les États-Généraux déclarèrent que, de gré ou de force, leurs troupes entreraient dans Malines pour prévenir l'occupation de la ville par les Espagnols. Le magistrat et les bour-

geais cédèrent enfin et envoyèrent de nouveaux députés à Bruxelles , avec la mission d'adhérer à l'union des provinces. Le 15 octobre, Malines faisait définitivement partie de la confédération, et, ^dques jours après, le seigneur de Câpres était nommé gmveraeur de la ville.

Les troupes fédérales, commandées en chef par le marquis d'Havre, se rapprochaient alors d'Anvers. Quelques compagnies du régiment de Jean de Withem, baron de Beersd, étaient venues occuper le village de Waelhem, avec l'intention de s'emparer du pont star la Nè&e, afin de s'assurer le passage et de couper les communications du château d'Anvers avec les Espagnols de Lierre. Infonné de cette expédi* tion, Julian Romero sortit de Lierre, le 18 octobre, avec cinq ou six cents arquebuiâers et la compagnie de cavalerie de Mendoça. Malgré une vive résistance, la première avant-garde de fermée fédérale fut taillée en pièces. Julian Romero battit également et fit prisonnier Florent de Berlaymont qui, avec cinq enseignes de son régimrait, s'avançait entre Ha:«nthals et Lierre.

Mais, le 26 octobre, Romero essaya vaine-

ment d'arrêter devant le pont de Dufifel le comte Philippe d'Egmont qui, avec sept compagnies de son régiment et trois cents vieux soldats français, s'acheminait vers Anvers. Le pont, miné p€u? les Espagnols, se rompit et une quarantaine de soldats se noyèrent. Les fédérés ne reculèrent pas cependant; ils refirent le pont avec quelques bateaux, le traversèrent et continuèrent leur chemin.

Le marquis d'Havre, qui s'était transporté à Malines, hâtait la marche de ses troupes. Les États -Généraux venaient de l'avertir que les mutinés d'Alost se préparaient à sortir de cette ville, et ils lui recommandaient, « pour encourager les bien affectionnés et étourdir les autres », de publier que la paix avec la Hollande et la Zélande était faite.

Le vendredi, 2 novembre, dans l'après-midi, les troupes fédérales, commandées par le marquis d'Havre, arrivèrent à Boi^rhout. Elles se composaient de vingt et une compagnies de gens de pied, dont sept sous les ordres de Philippe d'Egmont, et de quatre bandes d'ordonnance, indépendamment des six compagnies de chevau-

légers qui obéissaient au seigneur de Bièvre. Le marquis d'Havre était accompagné du seigneur de Câpres et du seigneur de Goignies, ce dernier faisant lofEce de maréchal de camp.

Il eût fallu ouvrir immédiatement les portes d'Anvers à l'armée qui se proposait, bien tardivement déjà, de prévenir une effroyable catastrophe. Champagney, qui était venu s'aboucher avec le marquis d'Havre, eut des scrupules, en l'absence d'un ordre exprès du conseil d'État. Il engagea toutefois les troupes fédérales à garder les passages hors de la ville, de manière à isoler la citadelle, promettant de leur envoyer tout ce dont elles auraient besoin.

Les chefs espagnols, réunis à la citadelle, n'étaient pas restés inactifs. Dès qu'ils avaient connu l'approche des troupes fédérales, ils avaient envoyé des émissaires porter cette nouvelle à Yeledo des mutinés d'Alost, avec lesquels ils n'avaient cessé d'être en communication ; ils avaient également averti Julian Romero, qui occupait Lierre, et don Alonzo de Vargas qui, après avoir laissé à Maestricht une garnison suffisante, se trouvait déjà dans le

voisinage de Lierre, à trois lieues d'Anvers, avec nne partie de sa cavalerie et les quatre compagnies allemandes qui, naguère, à Maestricht^ avaient abaissé lâchement leurs piques devant les Espagnols.

Champagney parlementait encore avec les chefs des troupes fédérales lorsqu'on lui apporta une lettre interceptée. C'était une missive que Yelecto des mutinés d'Alost adressait à Sancho d'Avila pour l'informer qu'il se mettait en chemin, selon son désir.

Tandis que les troupes fédérales attendaient devant les portes d'Anvers la décision du conseil d'État, les colonels Polweiler, Frunsberg et Fugger, venus de la citadelle dans la ville, s'efforçaient de soulever le régiment d'Eberstein. Polweiler apprit aux soldats l'accord qui avait été fait par leur colonel avec le château et somma Eberstein de tenir sa parole. Mais Eberstein, soit qu'il regrettât sa défection, soit qu'il eût été efifectivement gagné par les États-Généraux, défendit à Polweiler de parler à ses geus pour les débaucher. Les soldats d'Eberstein prirent le parti de leur colonel, baissèrent les

piques contre les auxiliaires de Boda et les obligèrent de regagner la citadelle.

Le conseil d'État ayant fait parvenir à Ghampagney Tordre d'ouvrir les portes d'Anvers aux troupes fédérales, le gouverneur obéit. Les troupes entrèrent donc dans la ville le 3 novembre, avant midi.

On disposait alors, pour la défense d'Anvers, de plus de huit mille hommes de pied (WalkuQs et Allemands) et de mille cavaliers. Ceux-ci se logèrent près du Marché-aux-Chevaux, tandis >que l'infanterie wallonne s'acheminait vers l'abbaye de Saint-Michel. Pleins d'efiroî, des marchands espagnols et italiens cherchèrent un refuge à la citadelle. Ayant appris par ces fugitifs l'entrée des troupes fédérales, Sancho d'Avila, sans avertissement préalable, commença aussitôt à eanonner la ville. Un détachement, commandé par le capitaine Gaspard Ortis, sortit de la citadelle pour faire une reconnaissance; mais il fut repoussé par la compagnie des vétérans français qui formait l'élite du régi-^ ment de Philippe d'Egmont. Le marquis d'Havre, d'accord avec Champagney, avait ordonné à ses

Wallons de creuser un retranclmnent sur Tesplanade de la citaddle et de barricader les rues aboutissantes. En moins d^une heure, dix à onze mille ouvriers étaient venus les seconder. Mais, par la nonchalance des capitaines, plus soucieux de trouver de bons logements que de surveiller leurs soldats, ces travaux n avançaient guère. Redoutant les suites de cette négligence, Champagney résolut de faire, pour la défense commune, appel aux bourgeois. Pendant la nuit, et avec leur aide, il plaça, au jardin des Escrimeurs, une batterie doù Ton commença, le matin, à répondre à Tartillerie du château.

Le temps pressait. Le 4 novembre, à trois heures du matin, les mutinés d*Alost étaient sortis de cette ville, au nombre de deux mille, sous la conduite de leur eleeto^ Jean Navarèse, de Baeca. Celui-ci marchait à leur tète, portant un âendard sur lequel étaient représentés, d*un côté, le Sauveur crucifié, et, de lautre, la Merge Marie. Alléchés par Fespoir de piller la plus opulaite ville de TEurope, ces vétérans de la guerre des Pays-Bas s avançaient allègrement. Comme présage de victoire, chacun avait orné

d un rameau de chêne son morion ou sa bourguignotte. Tous aussi avaient juré de ne boire ni ne manger avant qu'ils fussent entrés dans la citadelle d'Anvers. Au point du jour, ils arrivèrent sur les bords de l'Escaut, au dessus de l'abbaye de Saint-Bernard. Là, ils passèrent le fleuve sur les galères et les pontons que Sancho d'Avila leur avait envoyés.

Or, tandis que les mutinés franchissaient l'Escaut à Saint-Bernard, Alonzo de Vargas, avec sa cavalerie et les compagnies allemandes de Maestricht, et Julian Romero, avec ses arquebusiers, arrivaient sur la route de Maliues, au point où elle rencontrait celle de Lierre, à une petite lieue d'Anvers. •

Vers onze heures, ils entrèrent tous ensemble dans la citadelle par la porte de secours. Leç fantassins espagnols étaient au nombre de deux mille deux cents ; les quatre enseignes d'Allemands donnaient huit cents hommes, et la cavalerie s'élevait à environ mille chevaux. Les chefs firent immédiatement distribuer, à chacun, ime bouchée de pain et un trait de vin, poudre et mèche. Sancho d'Avila les passa

ensuite en revue et leur donna des ordres pour lattacfue.

Le marquis d'Havre et les autres chefs de l'armée fédérale se trouvaient réunis en conseil lorsque, vers midi, on vint leur apprendre que les Espagnols étaient entrés dans la citadelle. Ils se montrèrent d'abord incrédules; surtout, ils ne pouvaient croire k l'arrivée des mutinés d'Alost, parce qu'ils supposaient que des navires de guerre surveillaient le passage de l'Escaut- Mais un habitant not€d)le de Schelle vint leur affirmer qu^il avait vu ies navires de guerre jse t^etirer et les mutinés d'Alost franchir le fleure sans rencontrer d'obstacle. Alors Chanqmgney se dirigea à cheval vers l'esplanade et fit publier dans toute la ville que les bourgeois devaient prendre les armes. Il inspecta ensuite les retranchements confiés à la garde des Wallons.

Au château, les Espagnols étaient impatients de se gorger des dépouilles d'Anvers. Cepeibdant Roda fit publier un ban destiné sans aucun doute à mettre sa responsabilité à couvert. Cette proclamation défendait aux soldats, sous peine de mort, d'entrer dans aucune maison tant que

la ville ne serait pas entièrement soumise. Elle leur recommandait de ne faire aucun mal aux boui^eois , femmes et enfants , sinon aux personnes qui seraient armées: Elle leur interdisait de toucher aux églises et aux monastères. Enfin, elle leur promettait que, après qu'ils auraient gagné la ville, on ferait avec elle une composition de telle sorte que les soldats auraient contentement, sans que cette indemnité vînt même en décompte de leur solde arriérée. Les soldats promirent, selon Roda, de se conformer à ces ordres. Mais il est plus que vraisemblable que Sancho d'Avila les avait déjà excités par d'autres promesses. En effet, Champagney soutint plus tard que Sancho était convenu avec eux qu'il mettrait Anvers à leur discrétion pendemt huit jours.

Entre midi et une heure, les Espagnols sortirent de la citadelle en poussant leur vieux cri de guerre : Saint Jacques et en avant Espagne ! Les mutinés, leur electo en tête, après avoir traversé le pont du château, s'engagèrent dans la rue Saint-Michel , suivis de trois compagnies allemandes des régiments de Frunsbei^ et de

Fugger qui les commandait en personne. Julian Romero et Francisco Valdès, avec leurs gens, pénétrèrent dans la rue Saint-Georges. Les compagnies allemandes de Maestricht étaient entre deux. Près des soldats s agitait une multitude de goujats et de coiui;isanes portant des bottes de paille et des torches allumées. La cavalerie, sous Alonzo de Vargas, suivait Romero dans la rue Saint-Georges.

Velecto atteignit l'un des premiers le haut des barricades et tomba mortellement blessé. Les Wallons et les Allemands, soutenus par les bourgeois, se défendaient avec bravoure sur l'esplanade et dans les rues voisines. Mais la défiance se glissa dans leurs rangs lorsqu'ils surent que les quatre compagnies allemandes de Cornélius Van Enden , qui gardaient la rue Saint-Georges, avaient baissé leurs armes devant Alonzo de Vargas. S'avançant avec ime sorte de furie, les Espagnols s'emparèrent enfin de la rue Saint-Michel et de rÉd)baye, où ils firent , prisonniers le comte d'Egmont, le seigneur de Câpres, le seigneur de Goignies et d'autres gentilshommes wallons.

Les troupes fédérales essayèrent alors de se rallier au delà de la Bourse, sur la place de Meir; mais elles furent de nouveau dispersées par les vétérans espagnols qui, avec la cavalerie d'Alonzo de Vargas, se dirigèrent vers la Grand'Place et ITiôlel de ville. Les arquebusiers des « guides », mêlés à des soldats allemands des compagnies fidèles d'Eberstein, occupaient rhôtel communal ainsi que les maisons voisines, d où ils ajustaient les Espagnols aussitôt que ceux-ci se montraient. Déjà même la cavalerie de Vargas avait été mise en fuite. Pour faire cesser cette résistance, les Espagnols nTiésitent point à mettre le feu au palais communal et dans les maisons avoisinantes, toutes remplies d épiceries et d'autres marchandises. L'incendie se propage avec ime ejBFrayante rapidité. Le magnifique hôtel de ville, les maisons de la Grand'Place et des rues voisines, tout ce splendide quartier, une des merveilles de cette époque, est bientôt la proie des flammes. Pour échapper à la mort, les arquebusiers des « guides » se jettent des fenêtres de ITiôtel de ville; ailleiu*s on voit des bourgeois périr dans leurs

maisons en feu; on en voit d autres que les soldats égorgent froidement. Le soir était venu et les flammes du palais communal projetaient une lueur sinistre sur les innombrables fuyards, boui^eois et soldats, qui se précipitaient pêlemêle, et dans un effroyable désordre, vers la ville neuve, afin de se sauver par TEscaut.

Champagney faisait des efibrts magnanimes pour rallier les Wallons près de la maison Hanséatique. Mais déjà pénétrait dans la ville neuve la cavalerie espagnole. Tout le monde voulut se sauver. On voyait des cavaliers wallons armés de toutes pièces se jeter du haut en bas des murailles dans les fossés. Le comte d'Eberstein, en voulant sauter d'un pont sur un bateau, fut entraîné de côté par le poids de son armure et se noya. Le seigneur de Bièvre eut le même sort. Plus heureux, le marquis d'Havre et Champagney, avec d'autres gentilshommes, parvinrent à gagner les vaisseaux du princie d'Orange qui , pendant la lutte , s'étaient rapprochés de la ville. Treslong avait l'intention de se joindre aux fédérés, si ceux-ci avaient eu le dessus; mais n'ayant point de gens de guerre,

il ne pouvait se mêler activement au combat.

Il s empressa de recueillir les fugitifs et les transporta en Zélande.

Lorsque le colonel Verdugo conduisit à la citadelle ses prisonniers, c est à dire le comte d'Egmont, le seigneur de Câpres et le seigneur de Goignies, ceux-ci trouvèrent Roda assis « en une chaire » sous la galerie. Un contemporain rapporte que Câpres lui ayant fait une profonde révérence, Roda lui donna du pied sur la poitrine, disant qu'il n'avait que faire de ses salu*tations et qu'il n'était qu'un tréiître. Il fut plus courtois à l'égard du comte d'Egmont. Quoique celui-ci ne l'eût pas même salué, Roda lui dit, mais sans se lever : « Monsieur, je suis marri de votre malheur. »

Anvers, dans cette horrible nuit du 4 au 5 novembre, fut livré sans défense à une soldatesque irritée, féroce, excitée par la luxure et l'avarice. On n'entendait plus, dans toutes les maisons, que d'affreux hurlements. Tous les soldats wallons qu'ils trouvaient cachés, les Espagnols les massacraient. Quant aux bourgeois, ils leur promettaient la vie s'ils

payaient une grosse rançon; mais lorsqu'ils trouvaient de la résistance ou qu'ils n'étaient point satisfaits, ils infligeaient des tortures inouïes à leurs victimes, hommes ou femmes, les pendant, les fouettant, les brûlant. Ils n'épargnaient même pas les enfants.

Roda descendit dans la ville le 5, et voulut faire cesser ces atrocités; mais il ne fut pas écouté. Le lendemain, les chefs de l'armée, Sancho d'Avila, don Alonzo de Vargas et Julian Romero, virent aussi leurs ordres méconnus.

Le sac continua. Les plus belles rues de la ville n'ofirirent bientôt plus que des monceaux de décombres, et les cadavres s'amoncelaient partout. Des incidents horribles signalaient le saccagement. Quelques soldats, étant entrés dans une maison où l'on célébrait des noces, enlevèrent la mariée, la conduisirent à la citadelle, la dépouillèrent de ses vêtements et de ses bijoux, et, après l'avoir fustigée, la ramenèrent nue hors de la porte et la poignardèrent. Eij vain les magistrats communaux tentèrentils d'arrêter le carnage : la plupart furent

égorgés de sang-froid, car les Espagnols ne respectaient même pas ceux qui tenaient leur parti. Le bourgmestre Jean Van der Meeren, quoique bon royediste, eut le sort de Técoutête Goswin Van Warick, des échevins Jean Van de Werve et Gérard Despommeraulx, et d'autres patriciens ou anciens magistrats consulaires, tous massacrés par les soldats de Philippe II. Parfois les bourgeois, surpris dans leurs maisons, essayaient de résister aux bandits qui venaient les dépouiller. Ils les tuaient et jetaient ensuite leurs cadavres dans les rues. Ce n'était point, selon la remarque d'un ancien annaliste, le courage et la hardiesse qui avaient manqué aux bourgeois; mais, faute d'une direction intelligente et énergique, ils avaient été en quelque sorte livrés aux mercenaires qui convoitaient leurs richesses.

Moins de quatre mille vétérans, après avoir mis en déroute les troupes des états, purent ainsi se rendre maîtres d'une ville qui tenait alors le troisième rang en Europe. Ils avaient pu réduire à l'impuissance les milliers d'habitants qui avaient pris les armes. Et leurs pertes

furent insignifiantes : à peine si le nombre des tués s'éleva à cent quarante.

Spectacle effroyable! Les cadavres des soldats fédérés et des bourgeois remplissaient les rues. L'ordre ayant été donné aux paroisses de les enlever et de les enterrer, on en compta deux mille cinq cents. On les jeta dans deux grands fossés qui furent creusés dans le cimetière de la cathédrale. Mais on ne retrouva point les dépouilles de ceux qui avaient été la proie des flammes ou qui avaient été engloutis dans FEscaut. On estimait au double le chifire de ceux-ci, et on n'exagérait point. Plus de six mille personnes, pour rester encore au dessous de la vérité, avaient été ou massacrées, ou noyées, ou brûlées.

Après s'être d'abord livrés à tous les emportements de leur haine, les Espagnols, fatigués de tuer, organisèrent, le quatrième jour, un pillage général. En efiet, ils n'exceptèrent de leurs extorsions ni les marchands étrangers, pas plus les banquiers espagnols et italiens que les allemands et les anglais, ni même le clergé séculier et régulier. La maison Hanséatique et la maison

des Anglais durent acquitter des rançons énormes. Les curés et autres gens d'église furent également contraints de racheter leur vie et leurs biens par une bonne somme de deniers qu'ils allèrent emprunter dans les villes voisines. Les religieux et les religieuses de tout ordre, à l'exception pourtant des jésuites et des récollets, étaient conduits à la citadelle pour y être taxés. Les prisons mêmes n'étaient point respectées. Le capitaine Gaspard Ortis s'était installé dans le Steen et avait mis à rançon tous les prisonniers. Il rendait libres ceux qui pouvaient le satisfaire, et, sans se soucier des décrets de l'Inquisition, relâchait à ce prix luthériens, calvinistes et jusqu'aux anabaptistes. De son côté, Roda finit par rançonner les blessés. Il enjoignit aux doyens des chirurgiens d'Anvers de remettre la liste des blessés qu'ils avaient soignés ou qu'ils soignaient, avec désignation de leur demeure, annonçant qu'il avait le droit de les emprisonner et de confisquer leurs biens, parce que, selon lui, ils avaient reçu leurs blessures en combattant les Espagnols. Or, il était avéré que la plupart avaient été, dans leurs

maisons mêmes, victimes de la fureur des pillards.

Brantôme dit, avec vérité, que trois mille bandits « butinèrent » une ville assez riche pour rassasier une armée de cinquante mille honmies. Les soldats s'emparaient de tout, argent comptant, joyaux, vaisselle, meubles, etc. Gorgés de richesses, ils se rendaient à la Bourse ou ailleurs et risquaient jusqu'à dix mille écus dans une partie. Les plus prévoyants ou les plus sages, dans l'espoir de conserver leur gain, faisaient faire de pur or la garde de leurs épées ou de leurs poignards. Ils faisaient même fabriquer, avec ce précieux métal, des corselets entiers, qu'ils avaient soin ensuite de brunir, pour ne point exciter des convoitises dangereuses. En résumé, le pillage seul coûta à la ville d'Anvers quarante tonnes d'or ou au delà de huit millions de florins (c'est à dire soixante millions de francs) .

Le dommage occasionné par le feu était plus considérable encore. De l'hôtel de ville, célèbre dans le monde entier, il ne restait plus que les murailles; et autour des murs calcinés de ce

magnifique palais étaient amoncelés les décombres des hôtels des Serments et des Corporations, les débris de plus de huit cents maisons qui formaient naguère le quartier le plus opulent d'Anvers.

Sur ces ruines régnait Gieronimo de Roda, se prétendant gouverneur général, au nom du roi d*Espagne. Les principaux magistrats avaient été égorgés; les wykmeesters, centeniers et dizainiers étaient ou arrêtés, ou menacés ; suspects aussi étaient tous les anciens secrétaires, greffiers, messagers. Roda voulut les remplacer. Il délégua donc, pour administrer l'ancienne métropole du commerce, un capitaine de chevau-légers ! . . .

Tandis que les États-Généi'aux envoyaient leurs troupes à Anvers, mais inutilement, hélas! ils avaient poursuivi activement les négociations entamées avec le prince d'Orange.

La paix, la paix immédiate : tel était aussi le vœu du Taciturne. Informé que don Juan d'Autriche traversait alors la France pour venir prendre possession du gouvernement des Pays- Bas, il pressait, de son côté, les commissaires réunis à Gand de cimenter l'union des dix-sept provinces avant l'arrivée du nouveau lieutenant de Philippe IL Mais la conclusion de la paix était encore subordonnée à deux points importants. Les commissaires du prince d'Orange et de la Hollande demandaient si l'assemblée de

Bruxelles recevrait, soit don Juan d'Autriche, soit tout autre personnage « armé ou désarmé » que le roi d'Espagne enverrait pour gouverner le pays; ils voulaient savoir, en outre, si l'assemblée souffrirait que l'exercice de la religion catholique fût suspendu dans les provinces de Hollande et de Zélande jusqu'à l'entière pacification du pays et la décision des États-Généraux, convoqués et réunis selon les traditions du règne de Charles-Quint.

Les commissaires de l'assemblée de Bruxelles avaient insisté pour que les catholiques de Hollande et de Zélande fussent remis, au moins provisoirement, en l'exercice de leur culte ; , mais les députés du prince d'Orange et des états de Hollande et de Zélande s'y étaient refusés, alléguant que cette concession serait trop dangereuse ; des commotions populaires, qu'il ne serait pas en leur puissance de prévenir ni de réprimer, disaient-ils, en résulteraient infailliblement.

Dès que les lettres de leurs plénipotentiaires eurent été reçues à Bruxelles, les membres des États - Généraux furent immédiatement con-

voqués, sous peine de grosse amende, afin de délibérer sur les demandes des commissaires hollandaise Plusieurs députés étaient d'avis qu'il ne fallait pas recevoir don Juan d'Autriche. On pouvait les regarder ou comme des partisans dévoués du Taciturne, ou comme des approbateurs de ces patriotes indépendants qui, depuis le commencement des troubles, disaient à chaque crise : « Pourquoi ne pourrions-nous parvenir, en ces pays, en la liberté dont les Suisses jouissent?» Toutefois, personne n'osait encore soutenir publiquement qu'il fallait interdire à don Juan d'Autriche l'entrée des Pays-Bas. La plupart des membres déclaraient, au contraire, qu^il convenait de le

1 II résulte d'un acte du 23 octobre 1576, que les députés des états de Brabant, Flandre, Hainaut, Lille, Douai et Orcbies, Namur, Tournai, Toumésis et Malines avaient pouvoir de résoudre, approuver, recevoir et avouer la pacification « avec le prince d*Orange et les états de Hollande et de Zélande ». — Les députés d'Artois, de Valenciennes et d'Utrecht étaient simplement autorisés « pour adviser sur les moyens de ladite pacification, attendant de leurs commettants des pouvoirs plus amples, lesquels ils ont Tespoir de recevoir prochainement ». Recueil de documents inédits sur les troubles des Pays-Bas. (Mss. de la Bibliothèque royale.)

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recevoir, attendu qu'on ne pouvait alléguer de justes raisons pour ne pas l'admettre ; mais son admission devait pourtant être subordonnée à certaines conditions. En premier lieu, don Juan devrait approuver tout ce qui avait été fait ou se ferait encore par les états jusqu'au moment où le gouvernement lui serait remis. En outre, il devrait lui-même, avant sa réception, coopérer à l'expulsion des Espagnols et autres soldats étrangers, et jurer, lorsqu'il prendrait le gouvernement au nom du Roi, que jamais il n'appellerait des troupes étrangères dans les Pays- Bas, sans le consentement exprès des états des dix-sept provinces. Il devrait également promettre de gouverner la patrie avec le seul concours des nationaux, et à l'exclusion absolue des étrangers. Les États-Généraux pourraient se réunir une ou deux fois par an sans avoir besoin de l'assentiment royal, et il leur serait permis d'avoir leurs orateurs et ambassadeurs près du pape et de l'empereur, près du roi de France, près de la reine d'Angleterre et près des autres potentats. Certains députés voulaient aussi que le nouveau gouverneur jurât de

démolir et de raser tous les lieux fortifiés et tous les châteaux qui avaient été construits dans les villes « emmurées ». Enfin, tous étaient d accord qu'il fallait empocher le roi d'Espagne de faire retomber en servitude ces provinces autrefois renommées pour leurs libertés et leur splendeur.

Si un tel esprit d'indépendance animait l'assemblée, il était difficile que celle-ci ne répondît pas d'une manière satisfaisante aux deux questions soulevées par les plénipotentiaires hollandais. La réponse, envoyée à Gand, le 28 octobre, fut adoptée à l'unanimité. L'assemblée mandait à ses commissaires que, faisant profession de persister en l'obéissance due au roi, elle ne pouvait rejeter celui qui, de sa part, serait envoyé légitimement pour gouverner les provinces, pourvu que la pacification tàt pî»éalablement arrêtée et accomplie, et le pays absolument délivré des Espagnols et autres étrangers. De môme, le lieutenant du roi serait tenu de gouverner les provinces par le conseil, l'avis et l'assistance des seigneurs et pei'sonnages « naturels », sans pouvoir en

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introduire d'autres, ni directement ni indirectement, rétablissant et observant les anciens usages , prérogatives , droits et libertés de chacun, tant en général qu'en particulier, et avouant tout ce qui serait accompli, sans pouvoir rechercher personne poiu* cause de la présente entreprise. Il devait, en outre, jurer de maintenir et d'observer tous les articles de la pacification et tout ce qui avait été décidé par les États-Généraux; même il promettrait de se conduire et régler, après la paix, par le bon avis et avec l'assistance du prince d'Orange ainsi que des états de Hollande et de Zélande. L'assemblée écrivait à ses commissaires que les débats avaient été plus vifs sur la demande qui concernait la suspension de l'exercice de la religion catholique dans les deux provinces où la réforme prédominait. Toutefois ils avaient enfin abouti à une sorte de transaction. L'assemblée avait décidé que les commissaires pourraient « glisser sur ce point », encore que plusieurs le trouvassent assez dur; mais ils espéraient que bientôt, par la déclaration des États-Généraux réunis selon les anciennes traditions, on

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parviendrait à un accommodement définitif et satisfaisant.

Les commissaires de rassemblée de Bruxelles, ayant reçu cette décision, s'empressèrent de la communiquer aux plénipotentiaires hollandais qui s'en contentèrent. Le projet de traité fut alors accepté de part et d'autre.

Le dernier jour d'octobre, le docteur Leoninus et le seigneur de Fresin, peirtis de Gand à franc étrier, l'apportèrent à Bruxelles et le eommimiquèrent aux États -Généraux. L'assemblée en fît donner lecture.

Cet acte mémorable proclamait d'abord une amnistie absolue et générale pour toutes les ofienses commises à l'occasion des troubles passés : il n'en serait jamais fait mention et pei^onne ne pourrait être recherché pour la |>art qu'il aurait prise à ces événements. Une forme imion et inviolable paix est conclue euUv les provinces repwsenlées à Bruxelles, d une part , le prince d'Orangie et les âats de Ui\UamU\ de Zelamle et leurs associés, de rautn\ l>He iHM[if^\lêr»ti^>n a pour objet d'miir leurs fvMfvH^s ;iltîn de ehassier des Fays-Bas

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et tenir hors de ces provinces les soldats espagnols et autres étrangers qui s'étaient eflforcés d'ôter la vie aux seigneurs et nobles, de s'approprier les richesses du pays et de réduire et tenir la nation en perpétuelle servitude. Pour résister, s'il en est besoin, à ceux qui contrarieront cette volonté formelle, les confédérés et alliés promettent de s'imposer tous les sacrifices nécessaires. Incontinent après le départ des Espagnols et de leurs adhérents, et lorsque la tranquillité sera entièrement rétablie, les deux parties convoqueront ime assemblée des États-Généraux, dans la forme qui avait été usitée pour l'abdication de l'empereur Charles- Quint. Cette assemblée sera chargée de mettre ordre aux afiaires du pays, tant en général qu'en particulier, de statuer sur le fait de l'exercice de la religion dans les pays de Hollande et de Zélande, et de se prononcer sur la restitution des forteresses, bateaux, artilleries, etc., dont ceux de Hollande et de Zélande s'étaient rendus maîtres pendant les troubles. Désormais, les communications seront entièrement rétablies entre les habitants des diverses

provinces. Ceux de Hollande et de Zélande devront, hors de leur territoire, respecter la religion catholique romaine, sous peine d'être punis comme perturbateurs du repos public'. Mais pour que personne ne soit légèrement exposé à quelque siu^rise ou danger, seront suspendus, jusqu'à décision ultérieure des États-Généraux, les anciens placards concernant l'hérésie , ainsi que les ordonnances criminelles faites par le duc d'Albe. Le prince d'Orange est maintenu en l'état d'amiral général et de gouverneur en Hollande et Zélande, dans l'île de Bommel et autres places associées, avec les prérogatives dont il jouissait. Les prisonniers détenus à cause des troubles passés seront relâchés sans payer rançon. Les confiscations ordonnées depuis l'an 1566 seront abolies, et les biens séquestrés restitués à leurs possesseurs ou héritiers. On abattra et démolira les colonnes, trophées et effigies dressés par le duc d'Albe au

1 Le projet de traité (art. 14) contenait ce qui suit : « Il n'est permis, hors des païs de Hollande, Zélande et places alliées, d'attenter quelque chose contre le repos et la paix publique, notamment contre la religion catholique romaine. »

déshonneur de ceux qui avaient pris les armes contre lui. Les biens ecclésiastiques seront restitués à leurs anciens possesseurs, à l'exception de ceux qui sont situés en Hollande et en Zélande; quant à ces derniers, leurs détenteurs seront tenus de payer des pensions viagères aux anciens bénéfîciers et religieux . Enfin , les pays, seigneuries et villes qui n'avaient pas encore adhéré à la cause nationale seront privés des avantages résultant du présent traité, jusqu'à ce qu'ils aient rompu à leur tour avec les étrangers pour se joindre à la confédération.

Pendant la lecture de ce projet de pacification, les catholiques inflexibles avaient eu peine à contenir leur impatience. Ils étaient, scandalisés qu'il n'y eût point d'articles stipulant formellement pour la religion ancienne et pour l'autorité royale. Ils finirent par censurer assez aigrement les commissaires, blâmant leur condescendance et leur faiblesse. Mais ceux-ci répondirent que, sans les concessions auxquelles ils avaient adhéré, la paix ne pouvait être conclue.

Les ultra-catholiques et les royalistes sincères pouvaient -ils se faire illusion? Ils voyaient bien clairement que le traité négocié avec les agents du prince d'Orange humiliait Philippe II et détruisait en même temps Tancienne prédominance du catholicisme. Comment auraient-ils pu adhérer sans hésitation, sans angoisse, à un pacte qui suspendait, dans toutes les provinces des Pays-Bas, les édits punissant rhérésie et qui maintenait, en Hollande et en Zélande, l'exercice public de la religion réformée, à l'exclusion du catholicisme? En abolissant les placards de Charles-Quint et les ordonnances criminelles du duc d'Albe, n'ouvrait-on pas la porte aux ministres d'Augsbourg et de Genève, aux factieux, aux bannis, aux exilés qui reviendraient en foule pour pervertir le peuple? Les hérétiques, n'étant plus retenus par les lois, sûrs de l'impunité, ne persévéreraient-ils point dans leurs erreurs? Ne s efforceraient-ils pas de les propager et de ruiner le catholicisme?

Oui, sans aucun doute, les concessions faites au prince d'Orange et aux réformés étaient

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considérables. Elles étaient si grandes , selon un contemporain, que, trois mois auparavant, le Taciturne n'eût jamais espéré en obtenir le tiers. Mais, si l'on voulait se soustraire au joug abhorré des Espagnols, si l'on voulait reconstituer en quelque sorte les Pays-Bas, il fallait bien contenter les vaillantes populations de la Hollande et de la Zélande, les combattants de Harlem, les héros de Leyde, les vétérans de Walcheren. Puis, il importait de ne pas oublier que, si l'exaction du dixième denier avait été le prétexte du soulèvement, la véritable cause, de l'aveu des catholiques eux-mêmes, fut la liberté de religion. C'était pour conquérir l'exercice libre de leur culte, que la Hollande et la Zélande luttaient, depuis 1573, contre le maître des Espagnes et des Indes. Le sang répandu à flots, loin d'étoufler la religion réformée dans ces deux provinces, l'avait fécondée.

Le prince d'Orange avait eu soin de rassurer ceux de son parti, principalement les ministres de Leyde, lesquels lui objectaient que cette convention ne serait que provisoire, qu'elle pourrait être annulée par une autre assemblée

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générale. Il répondit que cette autre assemblée gt^néralc ne se tiendrait pas de longtemps. Le calvinisme resterait donc le culte public et, dominant do la Hollande et de la Zélande, tandis que le catholicisme conserverait la suprématie dans los quinze autres provinces. Mais de même qui\ on Hollande et en Zélande, les catholiques dinniont iVro tolérés, de môme, dans les autres pi\>vinws, les protestants, |K)urvu qu'ils ne se livtti^ont |H)iut à des actes publics, étaient A lahri doiS auciens inquisiteurs. Le prince d'Omugi^ aurait voulu davantage. Un de ses |\k^ui|H>toutiain^ a>^t demande formellement |\hi5^ do lîboH^^ réelle (vciur les reformés qui luihitmont k>$i provinces dites catholiques; mais \\>(K^ ^mvori^ir^^ u^ivait |^a$ ele accueillie, sous lo |\i\<h^\U^ qut^ ni lo Rralviut. ni la Flaiidie, ni K*^ ;^^)îr^>s; |srv>\ iuicirs no <i)oa:i)<ii3K3oraient jamais wn x-^i^N^Vï^^J nUa^îi î i%^5 *3o !b rei^iioii. Le |m^<!h^Î h^*^ Sk^ré^^cMVrtni.îo^ 09 îo »^35«ur JOe-

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voudrez. » Le prince n'insista point. Il savait bien qu'un jour viendrait où le traité de Gand pourrait être étendu, et, en attendant ce moment, il prévoyait que partout les peuples accueilleraient cette pacification comme le fondement de leurs libertés.

Pendant deux jours, les ultra-cathoîiques résistèrent, dcuis l'assemblée, au parti nombreux qui les interrompait par ce cri : « Que la peux soit parfaite et arrêtée! » Le 2 novembre, les articles du traité ayant été de nouveau lus et proposés à l'agréation des États, certains catholiques voulurent encore manifester leur opposition; mais on ne les écouta plus. Un gentilhomme déclara même à haute voix que le peuple réuni sur le Marché, devcuit l'hôtel de ville, massacrerait celui qui empêcherait l'approbation . Les voix furent ensuite recueillies par provinces, et, dans toutes, la pluralité se prononça pour l'acceptation du traité.

Le 4 novembre, tandis que les mutinés d'Alost entraient dans la citadelle d'Anvers, le conseil d'État délibérait à son tour sur l'acceptation du traité négocié à Gand. Hésitant, lui aussi, il vou-

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lait, avant de le ratifier, que les États-Généraux déclarassent préalablement, et par écrit, qu'ils trouvaient bons et raisonnables les points et articles insérés dans 1 acte. Bientôt les nouvelles du sac d'Anvers parvinrent à Bruxelles. Le peuple fut sur le point de se soulever d'horreur, d'indignation et de colère. Dans la ville, même })rès de rassemblée des états, on entendait les « patriotes » s'écrier que le prince d'Orange devait être appelé pour présider à la guerre et gouverner le pays. Les États-Généraux se hâtèrent. Le 5 novembre, ils dédarèrcnt que, eu t^^ard aux circonstances, ils trouvaient bons et adiEÙssibIe$ les articles arfétés à Gand. Le lendiHnain, les représentants du Brabant, de la Flandre» de FArti]^, du Ibunaut, de Yalaieieimes» de LOle» de Ikkoai et dOrehies, de Namur. de Toiumai et du Toura^K$> dTtrecfat et de Malittes déclarèrent accepter, agn^ et ap- |>n>u\Tr. sous le bon plaisir du e^iis^ d*État, tous kts^ points et articles convenks à Gand entre leurs ix^mmbaiir^ et ks pli^iipoleiitiiiies du prÙKV dX^nuige et des états de HoUande et de Zêt^juide. Le «n^iie K'ur. le cottseil dlâat donna

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son approbation. Le seigneur de Fresin et Leoniniis retournèrent à Gand, avec pouvf)ir de conclure, signer, jurer et sceller le traité, au nom de tous les états réunis à Bruxelles. Deux ou trois de leurs commissaires devaient ensuite être délégués pour prendre le serment du prince d'Orange, à moins qu'il ne l'eût envoyé de Zélande par écrit et acte public.

Leoninus et Fresin, de retour à Gand, trouvèrent cette grande commune profondément agitée. Depuis quinze jours, la grosse artillerie battait la citadelle de Charles-Quint, et le siège n'avançait point. Deux cents hommes, enfermés d6ms cette forteresse, tenaient en échec et menaçaient Gand. Le commun peuple murmurait hautement contre le comte du Rœulx et d'autres chefs wallons ; on disait qu'ils retenaient leurs bandes devant le château, pour ne pas aller au secours d'Anvers. Le 6 novembre, le magistrat appela aux armes tous les hommes de dix-huit à soixante ans. Deux brèches ayant été pratiquées le lendemain, le comte du Rœulx ordonna de disposer les troupes pour l'assaut. A onze heures de la nuit, par un beau clêiir de lune, trois mille

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hommes se rangèrent devant chaque brèche, tandis que les boui^eois armés gardaient la ville. Mais les défenseurs du château, animés par la femme de leur gouverneur absent, Guillemette de Chastelet, et par son lieutenant, Antoine de ÂlamosMaldonado, résistèrent avec une héroïque bravoure aux troupes qui avaient tenté l'escalade. Celles-ci battirent enfin en retraite, vers trois heures du matin.

Vers neuf heures, tandis que les plénipotentiaires des étals des Pays-Bas et du prince d'Orange se réunissaient à l'hôtel de ville, dans la salle dite de Y Arsenal^ les batteries dirigées par le seigneur de Trelon recommencèrent leur feu contre la citadelle. Au bruit de ces canons, qui faisaient crouler l'un des derniers « nids de la tyrannie espagnole, » les plénipotentiaires, en présence des états de Flandre et de la plupart des notables de Gand, apposèrent leurs signatures sur l'acte qui était destiné (on l'espérait alors) à relever les libertés politiques et à préparer la liberté religieuse des Pays-Bas. A onze heures, les plénipotentiaires, les états de Flandre et les notables se dirigèrent vers le grand balcon.

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Quatre trompettes sonnèrent pour annoncer la paix. Puis, lecture fut donnée au peuple du traité qui était destiné à une si éclatante célébrité sous la dénomination de Pacificatian de Gand^.

Le même jour (8 novembre), un nouvel assaut fut donné à la citadelle. Les assiégés le repoussèrent encore une fois, mais non sans subir des pertes sensibles. Ils avaient, en outre, épuisé leurs munitions de guerre et leurs vivres. Le 10, ils arborèrent le drapeau bleuie. La capitulation, arrêtée quelques heures après, leur permit de sortir avec leurs bagages, mais sans armes. Ils étaient encore cent cinquante, y compris les blessés et les malades. Le 11, cette vaillante troupe quitta la citadelle, avec une escorte qui devait l'accompagner jusqu'aux frontières de France. Guillemette de Chaslelet sortit la dernière, accompagnée de ses deux filles, et prit le chemin de Tournai. Déjà la citadelle était occupée par une compagnie wallonne, sous le commandement du seigneur de Crecquis, de la maî-

^ L'original de la Pacification de Gand, rédigé en français, est conservé aux archives du royaume, à La Haye.

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son de Croy, et par une compagnie d orangistes, sous les ordres du capitaine Groenevelt. Le 15 et le 16, de nouvelles compagnies du prince d'Orange entrèrent dans la ville, et sur leurs étendards on lisait : Pugno pro patria^ ou bien : Pro fide et pace.

Les états fédérés virent également leur autorité reconnue à Valenciennes et à Cambrai. En même temps, les Espagnols abandonnaient les derniers postes qu'ils occupaient dans la Hollande : Oudewater, Beverwyck et Sparendam.

Redevenu maître aussi de Zierikzee , ce qui lui donnait la possession de toute la Zélande, Guillaume de Nassau ne perdait pas de vue Harlem et Amsterdam, où les royalistes dominaient encore. Lui-même écrivit aux conseils de ces deux villes pour les presser d accéder aux dispositions conciliantes et généreuses du traité de Gand, et ces exhortations patriotiques ne devaient pas demeurer stériles.

La Pacification de Gand ouvrit ainsi de nouvelles et heureuses perspectives aux peuples des Pays-Bas. Ceux-ci bénissaient cet acte décisif; ils manifestaient leur confiance dans

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rœuvre bienfaisante du Taciturne et des états fédérés; les tièdes et les indifférents eux-mêmes paraissaient se ranimer. Dans toutes les provinces, la Pacification de Gand était accueillie avec une telle allégresse, que jamais, de mémoire d'homme, disent les contemporains, on ne vit pareil contentement.

Guillaume le Taciturne avait écrit aux États- Généraux : « Un faisceau, étant délié en plusieurs petites verges ou baguettes, se rompt bien aisément; mais quand il est très bien joint, il n y a bras si robuste qui le puisse forcer. Ainsi pareillement, si vous vous tenez liés et unis, toute l'Espagne avec l'Italie sera impuissante pour vous faire mal. » Ces conseils avaient été écoutés et l'union conclue.

Elle ne dura point, hélas !

La trompette, comme disait plus tard le prince d'Orange, sonnait encore pour la Pacification de Gand que déjà celle-ci était en danger.

Don Juan d'Autriche était arrivé, le 3 novembre, à Luxembourg. Guillaume donna aux États-Généraux un conseil que les circonstances

justifiaient, si Ton était bien décidé à rompre irrévocablement avec l'Espagne. Il proposa de s assurer de la personne de don Juan, parce qu'il était venu sans sauf-conduit, et de le garder comme otage. <c Si nous pouvons, disait-il, nous assurer de lui, il est certain que, sans effusion de sang, sans dépense, nous mettrons facilement, avec Taide de Dieu, fin à cette guerre, car le Roi aimera mieux, sans doute, nous accorder nos justes requêtes et ordonner le départ des Espagnols que de laisser don Juan en tel état. »

il fallait opter entre don Juan d'Autriche et le conseil d'État, entre la servitude et la liberté. Si don Juan venait à se déclarer chef des Espagnols, n anuulerait-il point tout ce qui avait été fait par le conseil d'État ou en son nom au préjudice des Espagnols? Ne casserait-il pas le Conseil?

Les États-<îénéraux n'osèrent point porter la main sur io ft^^re du Roi. sur son mandataire, sur son iiiHiKniant Us étaient antiespagnols, oommi^ la nation tout iHitière, mats ils n'étaient |>as oiUH^re Hutir^wHlistit^; sous Imfluence du |MiHi arist\H^r^^th|iie et o^ttM>lique, ik arrêtèrent

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les conditions auxquelles ils subordonnaient l'admission de don Juan comme gouverneur général. Il devait faire sortir des Pays-Bas les Espagnols, approuver la Pacification de Gcuid, réunir les États-Généraux dans la forme usitée lors de l'abdication. de Charles-Quint, jurer le maintien des anciens privilèges et ne se servir, dans son conseil et autrement, que des gens du pays. Le Taciturne, n'ayant pu faire prévaloir la mesure décisive qu'il avait indiquée, exhorta les États-Généraux à ne point se contenter de ces conditions; il les adjura, s'ils voulaient reconnaître don Juan d'Autriche, de ne point se suicider, mais, au contraire, de maintenir lem*s droits, leur influence, leur autorité, en stipulant pour eux la liberté de se réunir quand bon leur semblerait. Les États se contentèrent d'affirmer de nouveau la Pacification de Gand. Le 9 janvier 1577, les représentants de toutes les provinces des Pays-Bas, à l'exception du Luxembourg, souscrivirent l'acte connu sous la dénomination de Union de Bruxelles. Ils déclaraient qu'ils s'étaient unis pour s'assister les uns les autres avec armes, conseil, gens et deniers

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contre les bandes espagnoles ; ils promettaient d'entretenir inviolablement et à jamais cette union et association. Ils ajoutaient qu'ils n'avaient d'ailleurs d'autre but que « la conservation de la religion catholique, l'accomplissement de la Pacification de Gand, l'expidsion des Espagnols et de leurs adhérents, l'obéissance due au roi, le maintien de tous les privilèges du pays, enfin, le bien et le repos de la patrie. » Les députés de la Hollande et de la Zélande qui, depuis le 23 décembre précédent, siégeaient aussi dans l'assemblée, signèrent, comme leurs collègues, l'acte confirmatif de la Pacification de Gand, mais avec cette restriction importante qu'ils n'entendaient point, en ce qui concernait la religion, déroger aux stipulations du premier pacte fédéral.

Le 12 février, don Juan signait, à Marche en Famène, l'acte appelé Y É dit perpétuel. Il accordait, au nom du Roi, une amnistie complète, le renvoi des troupes étrangères et ratifiait toutes les clauses de la Pacification de Gand. Mais, de leur côté, les États-Généraux devaient prendre l'engagement de maintenir « en tout et partout »

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la foi catholique, apostolique et romaine. Une obligation aussi formelle était en contradiction manifeste avec le traité de Gand, puisque celuici concédait provisoirement la liberté de conscience, moins lexercice public du culte. Toutefois la majorité des États-Généraux passa outre, malgré les représentations des députés de la Hollande et de la Zélande. Bientôt ceux-ci se retirèrent de l'assemblée. Quant au prince d'Orange, il refusa de faire publier YÉdit perpétuel dans les deux provinces qui avaient combattu avec iant d'héroïsme poiu* la religion réformée.

Les troupes espagnoles sortirent des Pays-Bas et don Juan d'Autriche, reconnu gouverneur général, fit, le l®"* mai, son entrée solennelle à Bruxelles. Mais l'autorité, dont l'avaient revêtu les adversaires secrets du Taciturne, ne tarda point à se briser, en quelque sorte, contre l'ascendant toujours plus puissant du chef de la révolution. Don Juem réclama vainement des États-Généraux leur concours pour contraindre le prince d'Orange, de même que la Hollande et la Zélande, à se soumettre à YÉdit perpéttiel.

Irrité, désappointé, crai^ant même pour sa liberté, don Juan, le 24 juillet, s'empara du château de Namur et appela autour de lui les troupes allemandes qui, au nombre de quatorze mille hommes, étaient restés dans les Pays-Bas. Alors Guillaume de Nassau conseille aux États de prendre immédiatement les armes pour ne pas laisser au lieutenant de Philippe le temps de rappeler aussi les troupes espagnoles, italiennes et bourguignonnes.

La faction aristocratique et catholique, qui avait maintenant à sa tête le duc d'Arschot, entra dans une autre voie. Elle résolut d'opposer l'archiduc Mathias, neveu de Philippe II, tout à la fois à don Juan d'Autriche, avec lequel elle était mortellement brouillée, et au prince d'Orange, dont la supériorité l'ofTiisquait. En deux mots, elle voulait à la fois se soustraire à la domination espagnole et à la suprématie orangiste. L'archiduc Mathias, alors âgé de dixneuf €ins, se laissa séduire. Mais le Taciturne sut bientôt déjouer l'intrigue dirigée contre lui. Les députés de la Hollande et de la Zélande revinrent dans l'assemblée de Bruxelles, et, vigoureu-

sèment soutenus par la bourgeoisie, dictèrent à leurs collègues des résolutions qui changeaient la face des choses. Appelé solennellement par un vote des états, le prince d'Orange, après un exil de dix années, rentre triomphalement, le 313 septembre, dans le palais des Nassau, à Bruxelles. Dès ce moment, les États-Généraux obéissent au Taciturne. Il fait rejeter de nouvelles propositions de don Juan et déclarer, le 8 octobre, que les états fédérés ne le reconnaissent plus pour gouverneur. Le 10 décembre, ceux-ci signèrent la nouvelle Union de Bruxelles^ fondée sur une alliance plus étroite entre les catholiques et les réformés. En effet, leurs représentants promettaient de se conformer véritablement en amitié et union les uns envers les autres, et d'employer tous leurs moyens contre les ennemis de la patrie. Le prince d'Orange fut ensuite nommé ruward du Brabant et lieutenant général de l'archiduc Mathias.

Le 22 juillet 1578 paraît un édit qui aurait dû faire cesser toutes les luttes religieuses et perpétuer l'union . Il établissait la liberté pleine et

entière de religion. — « Chacun, en ce qui

touche les deux religions, disait 1 edit, demeure libre et franc, et selon qu'il en veut répondre devant Dieu. » — Paroles trop belles pour cette époque, où la véritable tolérance était encore inconnue! Loin de faire cesser les luttes religieuses, elles les envenimèrent; loin de fortifier l'union, elles l'affaiblirent. Elles creusèrent un abîme entre les Wallons catholiques et les calvinistes flamands. Les états du Hainaut et de la Flandre wallonne se hâtèrent de protester contre un édit qui ne faisait plus de distinction entre les deux cultes. De leur côté, les ultra-calvinistes de Gand, dirigés par Hembyse et Ryhove, •ne se bornèrent pas à refuser aux catholiques l'égalité, même la liberté et la tolérance ; ils les combattirent à outrance, ils les persécutèrent comme le duc d'Albe avait châtié les « hérétiques » . De pareils excès, une si grande iniquité (le Taciturne ne se le dissimulait point) devaient ouvrir dans la confédération une brèche par laquelle les Espagnols rentreraient bientôt.

Aussi lui et Mamix risquèrent-ils leur popularité et leur vie même en reprochant énei^quement à Hembyze de ne point exécuter la Paci-

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fication et en s'interposant en faveur des catholiqueSy dans Imtérèt de la cause nationale.

Mais déjà il était trop tard. Les excès des partisans de Hembyze provoquaient une réaction; leurs violences brisaient le faisceau que les Pays-Bas formaient depuis 1576. Les Wallons étaient exaspérés. Capitaines, soldats, membres des états, tous alléguaient les désordres sacrilèges commis à Gand, pour excuser les représailles qu'ils exerçaient contre les réformés, le fanatisme avec lequel ils défendaient la foi catholique et le désir de se réconcilier avec le roi d'Espagne, protecteur de leur religion.

Le 6 janvier 1579, les états d'Artois s'allient avec ceux du Hainaut et avec Douai, pour maintenir la sainte foi catholique. Cette première sécession prend le nom de Confédération d'Arras. Mais de même que les violences des ultra-calvinistes de Gand ont amené la ligue wallonne, de même la Confédération d'Arras provoque YUnion d'Utrecht.Le 23 janvier 1579, elle est conclue entre la Hollande, la Zélaude, la province d'Utrecht, la Gueldre et les Omme-

landen, dans le dessein de combattre les Espagnols et de maintenir la liberté religieuse •

Les États-Généraux s'interposent comme arbitres entre les Wallons et les confédérés d'Utrecht. Ils requièrent les premiers de ne point sortir de TUnion générale. Les Wallons répondent que les États-Généraux doivent s'adresser non p£is à eux, puisqu'ils sont toujours demeurés en l'Union, telle qu'elle avait été délimitée à Gand, mais bien à ceux qui ont transgressé la Pacification de 1576. Les États-Généraux reconnaissent alors que la paix de religion du 22 juillet 1578 excédait les termes de la Pacification. « Mais nous ne voyons pas, ajoutent-ils, pourquoi l'on voudrait, pour le difiërend de la religion, rompre l'Union. Mieux vaut satisfaire provisoirement les deux parties par une transaction, que de recommencer à détruire des armées et à ruiner des forteresses dont nous avons besoin contre nos ennemis communs. »

Ces exhortations demeurèrent impuissantes.

Le 19 mai, les députés des provinces wallonnes signent avec le prince de Parme, successeur de don Juan, un traité qui replace sous l'auto-

rite de Philippe II, moyennant certaines conditions, l'Artois, le Hainaut et la Flandre wallonne. La PaciGcation deGand et TÉdit perpétuel sont conGrmés; mais tout autre culte que la religion catholique est proscrit dans les provinces réconciliées •

Dès lors, les adversaires de l'Espagne, forcés de délaisser la Pacification de Gand, s'efforcent de fortifier et d'étendre l'Union restreinte, formée à Utrecht. Celle-ci attire successivement la Frise, l'Over-Yssel et Groningue, et, dans les provinces du Midi, elle reçoit les adhésions de Gand, de Venloo, d'Ypres, d'Anvers, de Bruges et du Franc de Bruges.

Le Taciturne n'avait donc pu établir sur des bases durables la confédération générale des Pays-Bas. Il avait été vaincu par le fanatisme religieux et par le provincialisme. Catholiques et réformés, après s'être donné la main, tirèrent de nouveau l'épée les uns contre les autres; Brabant, Flandre, Artois, Hainaut ne surent pas sacrifier leiœs intérêts propres et leurs mesquines rivalités à la grande et noble cause de tous.

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Heureux les Belges, si leurs chefs, au lieu de conspirer contre leur propre liberté, avaient énei^quement soutenu ITnion contractée en 1576! Plus heureux encore les Pays-Bas si, au lieu de se disjoindre, ils avaient toujours, ligués ou alliés, combattu ensemble pour le maintien de leur indépendance ! Mais, hélas ! deux partis extrêmes, les ultra-réformés et les ultra-catholiques, eiœent le tort d'oublier la noble et féconde devise des premiers fédérés : f^is unita fortior.

Les résultats de la séparation furent désastreux pour les provinces du Midi. Deux siècles encore de domination étrangère, des démembrements successifs, une triste décadence : voilà ce qu'il faut reprocher à ceux qui commirent l'irréparable faute de déchirer le pacte fédéral de

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