‹ La pacification de MadagascarChapitre 1 sur 92 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

la superficie de l'île est supérieure à celle de la France, que les voies de communication y étaient à l'état rudimentaire, et, en maints endroits, rendues encore plus difficilement praticables par d'épaisses forêts, des marais, de larges fleuves au courant rapide, — on reconnaîtra que la tâche n'était pas aisée.

Et encore nos troupes ne se sont-elles point borné à conquérir le pays, elles l'ont encore réorganisé de manière à substituer a l'anarchie, aux luttes de village à village, une administration stable, conforme aux besoins des différentes tribus.

Si des résultats rapides, et, dans la plupart des cas, décisifs, ont été obtenus, c'est grâce à l'application d'un petit nombre de principes : — unité d'action et de direction dans chaque cercle ; — la plus large initiative laissée aux chefs en sous-ordre dans le choix des moyens d'exécution; — occupation progressive et méthodique du pays, avec, pour sanction de tout bond en avant, la création de postes militaires, auxquels se substituent plus tard, quand la pacification est complète, des postes de milice et des villages armés ; — emploi de la force dans les seuls cas où les moyens politiques échouent (i).

Les troupes sans cesse en mouvement, ont assuré

(1) Les principes fondamentaux de la métliodc adoptée pour l'occupation et la pacification de Madagasccir, basés sur une combinaison étroite et constante de l'action militaire et de l'action politique, ont été formulés dans les instructions du 22 mai 1898 (Voir page 332).

leur ravitaillement et se sont aménagé, à chaque temps d'arrêt, des installations aussi confortables que possible, grâce au système si ingénieux, si souple et si simple des masses de ravitaillement et de baraquement, dont l'expérience a aujourd'hui démontré qu'on ne saurait trop préconiser et étendre l'application aux troupes coloniales. Les cadres militaires ont guidé la main-d'œuvre indigène dans l'exécution des travaux de routes, entrepris aussitôt après l'occupation du pays pour améliorer les communications.

Tout cela représente, dans un pays insalubre comme le sont les régions interlropicales, et dont les ressources sont nulles, comparées à celles que nous sommes habitués à trouver en Europe, — une somnic énorme d'énergie, d'intelHgence, d'initiative, de discipline active et de dévouement. Mais on peut tout demander aux troupes coloniales, fières de supporter les plus dures privations pour accroître la grandeur de la France.

Janvier 1900.

Le 30 septembre 189o, la colonne légère entrait à Tananarive.

Par le traité de paix que le général Duchesne fit signer à la reine Ranavalo/Manjaka III, celle-ci reconnaissait le protectorat de la France avec toutes ses coîiséquences. Rien ne fut changé à la forme du gouvernement et de l'administration liova.

Rainilaiarivony fut remplacé par Rainitsimbasafy, mais celui-ci conservait le titre de Premier jninistre et Commandant en chef. Nous laissions subsister l'hégémonie hova ; des gouverneurs hovas étaient maintenus à la tête de toutes les provinces, au grand étonnement des Betsiléos, Betsimisarakas, Antankaras, etc., qui s'étaient imaginé que la conquête de ïananarive par les Français aurait pour conséquence immédiate la destitution des gouverneurs qui les opprimaient et les pressuraient de longue date.

L'occupation militaire devait se borner à l'installation de fortes garnisons à Tananarive, Fianarantsoa, et sur quelques points de la côte : Tamatave, Majunga, Diégo-Suarez.

L'armée malgache fut licenciée et désarmée ; le désarmement fut loin d'être conq)let; certaines provinces même gardèrent toutes leurs armes. Dans les autres, on lit un recensement sommaire des armes et des munitions; une partie

fut versée au parc cVartillerie du corps expéditionnaire, l'autre laissée à la disposition des gouverneurs indigènes responsables du maintien de l'ordre dans leurs gouvernements.

La paix semblait d'ailleurs assurée en Émyrne : plusieurs officiers en mission, ainsi que beaucoup de colons, purent, à cette époque, effectuer de longs voyages en toute sécurité.

Le soulèvement de l'Ambodirano (1), provoqué par les menées fétichistes, en novembre 1895, et qui coûta la vie au pasteur anglais Johnson, à sa femme et à sa fille, ne s'étendit pas. Vigoureusement pourchassés par le commandant Ganeval, les rebelles se dispersèrent et firent leur soumission après plusieurs combats où ils montrèrent un courage dont les troupes hovas n'avaient nulle part fait preuve au cours de la précédente campagne.

Dès le commencement de 1896, la tranquillité était revenue dans l'ouest; un poste français, établi à Arivonimamo, suffisait à la surveillance du pays.

En janvier 1896, le général Duchesne remettait les pouvoirs de résident général à M. Laroche, et quittait Tananarive avec M. Ranchot. Le général Yoyron devenait commandant supérieur des troupes.

La situation respective du Résident général et du Général commandant supérieur des troupes était réglée par le décret du 11 décembre 1895, dont les articles 3 et 5 étaient ainsi libellés :

Art. 3. — Le résident général a sous ses ordres directs toutes les autorités, sauf l'exception mentionnée à l'article 5, relative au commandant des troupes.

Art. 5. — Le commandant supérieur des troupes exerce le commandement des troupes.

Pour tous les objets qui concernent son commandement : discipline, personnel, matériel, administration, justice militaire, il correspond avec le ministre dont il dépend.

(1) Province au sud-ouest de Tananarive, chef-lieu Arivonimamo.

Chaque fois que le résident général est dans la nécessité de recourir a l'action militaire, il se concerte avec le commandant supérieur des troupes, et, dans le cas où le concert ne peut s'établir et où il est impossible d'en référer au ministre responsable de la garde et de la défense des colonies, il délennine, par voie de réquisition, le but à atteindre.

Ce décret portait atteinte au principe de ïu/iilr f/c (/ircc/ion et traction; cette unité existait jusqu'au départ du général Duchesne, et il est évident qu'elle est indispensable dans un pays neuf oîi tout est à créer et à organiser. Les inconvénients de ce manque d'unité n'allaient pas tarder ;\ se faire sentir.

Le traité de paix du l*^"" octobre 1895 avait été complété par la déclaration de prise de possession de Madagascar, portée à la connaissance du Parlement le 29 novembre \ 893 et notifiée aux Puissances le 11 février 1896 par voie diplomatique.

Le résident général fit signer à la reine, le 18 janvier, un acte unilatéral reconnaissant cette prise de possession.

Madagascar devenait ainsi terre française ; néanmoins, la France continuait à reconnaître l'hégémonie hova et maintenait à la reine ses avantages et ses honneurs (H. Mais il ne parut pas possible de conserver dans la colonie Tex-iiremier ministre Rainilairivony, notre ennemi juré, qui continuait à nous faire une sourde opposition ; il fut embarqué le 21 février! ^"^^ à Tamatave et exilé en Algérie.

Les populations de la côte orientale n'avaient pas tardé ii manifester leur mécontentement du maintien de l'hégémonie hova.

Au mois de janvier, une ])ande de 200 Fahacalos a\ ait pillé Foulpointe ; elle fut facilement dispersée par un détaclioment

(1) Les actes officiels émanant de la reine débutaient ainsi :

« Moi, Hanavalo Manjaka III, ayant succédé au litre de mes anci'^tros et, sous la puissance de la République française, reine de Madagas-ar et proleotrico des lois de mon pays. »

de tirailleurs envoyé de Tamatave, et ses chefs furent amenés dans cette ville pour y être jugés.

Précédemment, la région d'Andevorante^avait été troublée par un soulèvement de la population betsimisaraka contre les gouverneurs ho vas. Le calme s'y était rétabli rapidement, et d'autant plus facilement que les bandes se soumettaient et rendaient leurs armes à la première apparition des troupes françaises ; c'était aux Ho vas qu'elles en voulaient, et non aux Européens.

Une fois l'effervescence calmée, rien n'empêcha plus lesgouverneurs ho vas de la côte de continuer leurs exactions.

A part ces incidents, le calme régnait sur toute l'île au commencement de 1896 ; la seule préoccupation du commandement était le ravitaillement des troupes tenant garnison en Emyrne (1).

Ce ravitaillement se faisait par Tamatave, à l'exclusion de la route de Majunga, qu'il avait fallu abandonner en raison du mauvais état de la flottille de la Betsiboka et de la diffi-

Tableau de l'eff'ectif en Émyrne.

Etat-major

Gendarmerie

Artillerie

Génie

Régiment d'infanterie de mari

Régiment colonial

Ré^'iment d'Algérie

Train

30« section de commis

Chasseurs d'Afrique

Hôpitaux

Totaux. . .

OFFI- CIERS.

EURO- PÉENS.

ALGÉ- RIENS.

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