‹ La pacification de MadagascarChapitre 2 sur 92 · INDI- GÈNES · texte numérisé non relu

INDI- GÈNES

culte cVorganiser, pendant la mauvaise saison, des convois de voitures ou de mulets de bât.

D'ailleurs, cette route n'était pas dlialjitude suivie par les porteurs de profession, nommés hoiirjanfs, qui, de tout temps, lui avaient préféré les routes de Tamatave ou de Vatomandry ; ces routes sont plus courtes que celle de Majunga et traversent un pays paisible, tandis que la route du nord-ouest était exposée, sous la domination hova, aux attaques des Sakalaves.

Malheureusement, le service de l'intendance ne parvenait pas à recruter un nombre suffisant de porteurs pour les liesoins du ravitaillement.

L'effectif des troupes stationnées en Kmyrne (l) était, à la date du 15 janvier 189G, de 2,614 Européens ou Algériens et 1811 indigènes.

Les besoins de ces troupes, rien qu'en vivres (sans compter l'habillement, les munitions, etc.), représentaient un tonnage journalier de trois tonnes environ à faire monter de la cote.

Les prétentions des bourjanes augmentaient, bien entendu, en proportion de nos besoins ; le transport d'une tonne de Tamatave à Tananarive, alors qu'il coûtait 450 francs avant la guerre, atteignait en février de 1000 à 1100 francs; de plus, il était difficile de recruter des porteurs. Aussi, la ration de vin n'était plus distribuée que tous les dix jours, et une indemnité représentative était allouée souvent en remplacement d,e ^ain .

Pour remédier à cette situation déploralde, le général Voyron se préoccupa d'améliorer les deux sentiers conduisant de Tananarive à la côte est, de manière à les rendre accessibles aux mulets de bi\t, savoir : le sentier d'Aiidevoranle ;\ IJeforona et Tananarive, et celui venant de Vatomandry, qui rejoint h' ])i'(Mnior à l'ouest do lîeforona, au col dlrihiti'a.

(1) Voir le taliloau à la page précédente

Dés reconnaissances furent entreprises, au commencement de février, par le service du génie, et les travaux commencèrent aussitôt après, mais avec des moyens insuffisants.

Commencement de finsurreclion hova. — Au mois de février, une bande de 400 Fa/mvalos, commandée par Rabezavana, est signalée près du lac Alaotra, à six jours de marche au nordest de Tananarive. Cette bande est assez fortement organisée et bien armée de fusils Suider et Remington.

Tout le monde, à ce moment, croit qu'il s'agit d'une bande de voleurs de bœufs, comme il s'en forme tous les ans avant la fin de la saison des pluies.

Mais le mouvement prend bientôt un caractère inattendu de rébellion. Rabezavana, ancien gouverneur d'Antsatrana, et Rabozaka, son frère de sang, groupent autour d'eux d'anciens soldats hovas non désarmés et tous les malandrins du pays, et, dans la deuxième quinzaine de mars, ils occupent Anjozorobé, à 90 kilomètres de Tananarive. Ces insurgés se déclarent nettement réfractaires à l'autorité française ; ils affichent la prétention de nous attaquer à Tananarive. Leurs coureurs atteignent bientôt Ambatomainty, à 50 kilomètres de Tananarive.

En même temps, un mouvement se dessine dans le sud-est de rimerina : le chef de brigands Rainibetsimisaraka (1) massacre, à la fin de février, deux prospecteurs européens, MM. Mercier et Patrick Molineux ; puis, le 31 mars, trois Français, MM. Duret de Brie, Grand et Michaux ; après une résistance opiniâtre, ils succombent au village de Manarintsoa, à 40 kilomètres au sud-est de Tananarive.

(1) Rainibetsimisaraka, ancien chef de Faliavalos, s'était amendé depuis quelque temps, pour surveiller l'exploitation de l'or dans le Voromahery, exploitation qui se faisait, au su de tout le monde, pour le compte du premier ministre et d'autres gros personnages hovas.

Mesures militaires prises contre les rebelles. — Lo 22 mars, le lieutenant-colonel Borbal-Combret quitte Tananarive avec 3 compagnies de tirailleurs malgaches, 1 compagnie de Haoussas et 1 section d'artillerie, pour disperser les l)andes du nord; le 2o, deux compagnies de tirailleurs algériens quittent Ilafy pour appuyer son mouvement.

Les 26, 27 et 28 mars, le lieutenant-colonel a des engagements assez vifs avec les rebelles à Ambatomainty.

Le 29, le colonel Combes vient prendre le commandement de la colonne ; le 2 avril, il enlève Anjozorobé, et apprenant qu'Aml)atondrazaka, où nous avons un résident, est cerné par les rebelles, il se met en marche sur ce point qu'il atteint sans coup férir le 10 ; il y laisse une compagnie malgache et rentre à Anjozorobé le 16, après avoir bousculé une bande établie dans la foret, entre Tanifotsy et Mandanivatsy.

Le mouvement du colonel Combes vers le nord avait été flanqué, dans la vallée du Mangoro, par la compagnie de tirailleurs haoussas du capitaine Legrand.

D'autre part, aussitôt que l'assassinat de MM. Duret de Brie, Grand et Michaux avait été connu à Tananarive, une petite colonne, forte de deux compagnies algériennes et une conq^agnie haoussa, avait quitté cette ville, le 1^'' avril, sous le commandement du général Oudry. Elle atteignit Manarintsoa le 3, châtia les habitants et se mit à la poursuite de Rainibetsimisaraka. Mais celui-ci s'étant dérobé par une marche rapide, le général Oudry renonça à le rejoindre ; il parcourut la région insurgée afm de rassurer les populations et de les ramener dans le devoir.

La colonne rentra bientôt à Tananarive, après avoir laissé une com[)agiue algérienne à Manarintsoa pour surveiller le pays.

Développement de l'insurrection, ses causes. — Malgi'é les succès obtenus sur l<>s rel)ollos j)ar les colonnes du nord et

(lu sud, l'insurrection gagnait du terrain de jour en jour.

Le 30 avril, cinq officiers hovas nommés par l'autorité française, qui avaient été envoyés à Manjakandriana, pour arrêter un prêtre d'idoles accusé de prêcher la rébellion, étaient assaillis par la population du village et brûlés vifs dans la maison où ils s'étaient réfugiés.

Le 25 mai , Rainibetsimisaraka attaquait Antsirabé ; les Européens se réfugièrent dans tine maison appartenant à la mission norvégienne et lui opposèrent une résistance énergique. Ils ne furent délivrés que le 27 dans l'après-midi par l'arrivée de M. le résident Alby, du gouverneur général indigène du Vakinankaratra et de c[uelques miliciens.

Le 5 juin, le commandant Gendron, qui amène de Majunga à Tananarive un convoi de mulets, est attaqué vigoureusement près de Babay. Le Père Berthieu est massacré le 8 juin à Ambohibemasoando, à 12 kilomètres au nord-est d'Ambohimanga.

Un employé des travaux publics, M. Savourgeran, est massacré, le 9 juin, à Anosivato, au nord de Manjakandriana.

MM. Emery, Colin, Rigal et Savouyan, qui exploitaient la forêt d'Ankeramadinika, au nord de la route de Tamatave, pour le compte des Travaux publics, sont tués par les rebelles le 7 juin.

Enfin, MM. Garnier, Ducrot, Grave et Louis, qui montent de Majunga à Tananarive pour les besoins de leur commerce, sont massacrés, à Ankazobé, les 12 et 14 juin.

Au commencement de juillet, MM. Haberer et Derommé sont assassinés près d'Andriba.

Cinq prospecteurs étrangers, qui sont allés visiter le Yalalafotsy, disparaissent, et ce n'est que longtemps après qu'on apprit qu'ils avaient été massacrés dans les environs de Fenorivo.

Ainsi l'insurrection s'étend autour de Tananarive dans toutes les directions, et l'audace des rebelles s'accroît de jour

en jour ; ils nous ont juré une guerre sans merci et vont essayer de nous affamer en coupant nos communications avec Tamatave : le 1" juin, ils attaquent Soavina sur la route d'étapes; le 17 juin, ils pillent un convoi à Manjakandriana ; le 22, ils coupent 6 kilomètres de la ligne télégraphique.

Ce n'est plus un simple mouvement de Faliavalos, comme on avait pu le croire tout d'abord, c'est une insurrection générale de la population hova. Fait plus grave encore, les données précises et les indices recueillis par le service des renseignements de l'état-major ne permettent plus de douter de la connivence du gouvernement malgache avec les insurgés. Ces données et ces indices devaient être confirmés plus tard par les lettres échangées entre la cour et les chefs rebelles, lettres que nos soldats trouvèrent dans les camps abandonnés par les insurgés, et aussi par les aveux des chefs de l'insurrection.

Mais, à ce moment, les hauts personnages malgaches de Tananarive eurent l'habileté de faire croire qu'ils étaient tout à fait étrangers au mouvement insurrectionnel. Ils agissaient, dans ces circonstances, avec leur habituelle duplicité : pendant c[u'ils se répandaient, auprès des autorités françaises, en protestations de fidélité à notre cause, ils excitaient la rébellion en sous-main et faisaient tenir aux insurgés des armes et des subsides.

La reine, en particulier, semblait se montrer dune docilité complète à se conformer aux moindres indications ([ui lui étaient données en vue de la répression de l'insurrection.

C'est ainsi que, par ordonnance du 28 mai, elle accorda jus(j[u'au 12 juin aux hal)itants de l'Fniyi'nc pour r(Mi(h'e leurs armes.

Mais ses prescri2)tions et ses discours restaient lettre morte ; les autorités indigènes des provinces savaient parfaitement ([ue la reine et les ministres encourageaient en secret les rebelles, et que leurs actes publics étaient dictés par la nécessité de ne pas éveiller la défiance des représentants de la

France. Ces autorités agissaient en conséquence; bien qu'elles fussent soi-disant responsables du maintien de l'ordre dans leurs provinces, elles se gardaient bien de dénoncer ou de pourchasser les reljelles, avec qui elles étaient pour la plupart de connivence, et leur responsabilité n'était qu'un mot vide de sens.

Nous nous trouvions, en résumé, en présence d'une insurrection hova à laquelle participait, ouvertement ou non, l'immense majorité de la population et de ses chefs. Ce n'est pas ici le lieu de développer les causes de cette insurrection ; on les trouvera dans le Rapport d'ensemble sur la pacification et Forganisation de Madagascar (1). Elles se résument comme il suit : réveil du sentiment national dans le vieux parti hova, dont la résistance à l'influence étrangère avait été momentanément abattue par la prise de Tananarive, mais qui se ressaisissait peu à peu en constatant que nous n'avions en somme qu'une poignée d'hommes en Émyrne et que nos communications avec la côte étaient très précaires.

Crainte justifiée, de la part des gouverneurs ho vas, surtout ceux de la côte, de voir mettre fin à leurs exactions.

Méfiance vis-à-vis des prospecteurs européens arrivés en grand nombre, dès les premiers mois de 1896, pour étudier les gisements aurifères ; les Hovas pensaient naturellement que l'exploitation de l'or allait leur échapper et passer entre nos mains, et qu'ainsi serait tarie une source importante de leurs revenus.

Enfin, ])ruits, habilement semés dans le peuple par les chefs, que les Français enlèveraient aux indigènes la propriété du sol, forceraient la population à renoncer à ses coutumes, etc.

Insuffisance des moyens employés pour réprimer l^insurrec-

(1) Publié au Journal officiel de la République française.

tion. — Il est incontestable que les moyens employés jusqu'au mois d'août 1896, pour combattre l'insurrection et faire cesser l'anarchie, ne produisirent pas les résultats qu'on en attendait.

Une colonne, dite colonne du Nord, opéra jusqu'à la fin de juin contre Rabezavana et Rabozaka dans le nord de rÉmyrne; elle fut disloquée après la prise de Vohilena. Le général commandant supérieur des troupes constatait, à la date du 26 juin, après la dislocation de la colonne du Nord, que « celle-ci n'avait pas donné les résultats auxquels il était en droit de s'attendre, avec un tel déploiement de forces, et malgré le dévouement montré par tous, officiers et soldats. Non seulement l'insurrection est plus vivace que jamais, mais encore elle s'étend : à l'ouest, dans le Yonizongo ; au sud, presque en vue de Tananarive, et elle a gagné la haute vallée de la Mananara et inquiète nos communications ».

Le général Yoyron ajoutait :

« L'insuccès de cette colonne vient surtout de ce que les insurgés ont pour mot d'ordre de fuir toujours devant nos troupes, après une résistance insignifiante, en sorte que le passage d'une colonne française n'a d'action que dans les villages mômes qu'elle traverse et dans leurs environs immédiats. »

Si l'action militaire ne produisait pas d'effet appréciable, c'est qu'elle n'était pas suivie de l'action politique. Si l'anarchie régnait en Emyrne, c'est qu'il n'y avait pas unité d'action et de direction, et que la responsabilité des représentants du pouvoir central était illusoire.

La reine faisait des hahari/s, |)reiiait des arrêtés contre les insurgés, mais tout cela restait lettre morte, parce que ka])arys et arrêtés restaient sans aucune sanction, et (jue les autorités provinciales n'étaient point rendues responsables des événements qui se passaient dans leurs provinces.

Le commandant supérieur des troupes envoyait une colonne sur un point menacé ou créait des postes pour tenir efficacement une certaine région ; mais, une fois le but militaire de l'opération atteint, une fois les bandes dispersées, le commandant de la colonne ou les commandants des postes, n'ayant ni pouvoirs politiques, ni pouvoirs administratifs, <lemeuraient impuissants pour réorganiser le pays conquis ou occupé, et les bandes se reformaient un peu plus loin.

Enfin, en haut de la hiérarchie administrative et militaire, divergence de vues complète sur les moyens à employer pour réprimer rinsurrection : l'autorité militaire prétendant qu'il fallait s'en prendre aux hauts fonctionnaires malgaches ; l'autorité civile continuant à s'appuyer sur ces hauts fonctionnaires pour rétablir la vie normale du pays.

Il ne j)ouvait y avoir, dans ces conditions, et il n'y avait, en réalité, que conflits perpétuels et confusion. Le gouvernement français le comprit et réunit les pouvoirs civil et militaire entre les mains du général Gallieni, qui débarquait à Tamatave le 6 septembre.

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