‹ La pacification de MadagascarChapitre 12 sur 92 · COMMANDANT LE CERCLE · texte numérisé non relu

COMMANDANT LE CERCLE

Amhaloudrazakfi.

I. Instructions d'ordre militaire. — M. le chef de bataillitn Odininandiint le corclo niilitiiirc d'Ainbatoiulrazaka ne disposera provisoiimiont. (•oiiiino garnison de son corclo, quo d'une conipagnio do tirailleurs sénégalais, d'uno conipagnio de lirailleurs malgaches et d'nn détaclioniont d'artillorio (I pii-co).

Avec ces unités il devra :

1" Assurer tout d'abord, d'uno niaiiièie absolue, la séouriti' tlu poste d'Auibatondrazaka, centre de notre action militaire cl politiijui- dans le (tays dos Silianakas;

2° Assurer' lt> plus tôt possible le lavilaillenienl de la garnison de son eerele, tant avec les approvisionnoiuents apportés par la colonne de M. le culunel

7b PREMIERE PARTIE. — CHAPITRE III.

Combes, qu'avec ceux qui ont été déposés à Sahatavy et ceux qu'il sera possible de faire nionfer de la côte. Une compagnie de tirailleurs malgaches (capitaine Chieusse) a été laissée provisoirement à Sahatavy et à Fénérive pour assurer la conununication entre Ambatondrazaka et Tamatave.

M. le commandant Rouland ne devra pas compter sur des ravitaillements venant d'Émyrnc ou de Moramanga avant la fin de la saison des pluies, c'està-dire avant le 1«' mai ;

3° Étendre progressivement son action sur les populations en rayonnant auto\n- d'Amliatondrazaka, spécialement dans la direction du sud-ouest, en vue d'établir ultérieurement une liaison entre le cercle d'Ambatondrazaka et les cercles d'Ambohidrabihy et de Moramanga.

Quand M. le commandant Rouland jugera possible d'installer ime partie de ses forces dans un poste détaché, celui-ci devra de préférence être établi à proximité de la route de Tananarive par Anjozorobé.

Par analogie avec les prescriptions de l'article 3 de l'arrêté du 27 septembre 1896, constituant l'Imériua et le pays Betsiléo en territoire militaire, les milices qui aiu-aient pu être formées par M. le résident Penel passent, à dater du jour de la promulgation de cet arrêté à Ambatondrazaka, et au plus tard dès l'arrivée dans ce poste de M. le commandant Rouland, sous les ordres de cet officier supérieur qui complétera et améliorera leur organisation au moyen des ressources en armement et habillement qu'il trouvera dans la région; pour l'administration de ces milices, il se conformera aux règles posées par l'arrêté du Résident général du 2o avril 1896.

II. Instructions politiques. — l.e cercle d'Ambatondrazaka comprend le pays des Sihanakas et forme une unité administrative distincte de TÉmyrne.

Le commandant du cercle devra, au point de vue politique, porter son attention sur les points suivants :

1° Se mettre en rappoii avec les fonctionnaires indigènes qui se trouvent sur son territoire, et leur faire connaître que, Madagascar étant devenue colonie française, lui seul représente le pouvoir central et que toutes les demandes, tous les rapports des gouverneurs doivent lui être adressés pour être transmis par ses soins au général commandant supérieur, qui a seul qualité pour prendre des décisions ou provoquer celles de la reine ; • 2° Étudier les limites de son territoire, particulièrement vers la côte et les cercles militaires de Moramanga et d'Ambohidrabihy ; en dresser le plus tôt possible une carte par itinéraire ou par renseignements qu'il fera parvenir à l'état-major ;

3° S'attacher à connaître les races diverses qui habitent la région, leurs coutumes, leurs désirs, leurs aspirations ; rechercher les notables influents qui pourraient être appelés plus tard à remplacer les gouverneurs hovas nommés par la ix'ine, car le but à atteindre est de détruire l'hégémonie hova, de faire administrer les provinces par des chefs de même race que la population autochtone; des propositions dans ce sens devront être soumises au général commandant supérieur;

4» Au point de vue de l'impôt, ne pas modifier pour le moment les taxes sur lesquelles il est établi, mais rechercher les recettes qui nous échappent; il

PACIFICATIO.X DU CERCLE D AMKAT()NJ)KAZAKA. //

ost à d(3sircf que l'impôt on nature soit suffisant pour assuier la nourrituie des indigènes de la garnison (troupes régulières et milices);

5° Procéder au recensement de la population dans les centres habités, au fur et à mesure qu'ils sont visités pai' un officier en reconnaissance ; ce sera la meilleure base pour la répartition équitable de la corvéje, qui doit être maintenue, mais seulement quand elle se rapporte à l'exécution de travaux d'une utilité évidente pour les gens qui y sont employés. Ainsi, l'aménagement de postes militaires, la création et l'entretien des chenuus nécessaires pour assurer les communications des villages entre eux, etc., peuvent être demandés à la corvée; mais il est essentiel de veiller à ce que les travailleurs soient au moins nourris, qu'ils ne soient ni trop nombreux ni trop éloignés de leurs villages ni arrachés à leurs occupations au moment où les ti'avaux des champs sont les plus urgents, afln d'éviter la disette qui amène toujours une recrudescence de fahavalisme ;

6° Parcourir le pays et le faire parcourir par les officiers, se mettre en rapport avec les populations, convoquer les assemblées de notables, sans pour cela négliger d'écouter les gens du peuple, afin de reconnaître les besoins de tous ; en profiter pour lever des itinéraires, recueillir des renseignements géographiques, topographiques, agricoles, industriels et commerciaux ;

1° S'appliquer à favoriser la création de marchés nouveaux, tout en maintenant ceux qui existent, de manière à augmenter les échanges sans modifier les coutumes locales ;

8° Faire comprendre à tous que nous sommes définitivement installés à Madagascar, que nous accorderons à ceux qui marcheront avec nous une protection efficace et permanente. Si l'établissement des postes militaires ne suffit pas à assurer cette protection, on pourra, dans certains cas, distribuer des armes aux villages ; mais c'est une mesure délicate qui ne doit être employée qu'avec une grande circonspection. 11 faut toujours que l'on puisse trouver les personnes responsables de la conservation des armes délivrées;

9° Enfin ne pas oublier que le commandement a besoin d'être renseigné non seulement sur la situation militaire, mais encore sur la situation politique et commerciale, sur les ressources encore peu connues de la région, sur son avenir au point de vue de la colonisation, etc.

III. Rapports à établir. — Des rapports devront être établis et adressés au général commandant supéiieur tous les quinze jours d'ici le l"' janvier 1897, et ensuite mensuellement, pour faire connaître notanuuent :

Les opérations militaires exécutées (croquis à l'appui) avec des indications sur les rebelles, leuis points de réunion, leurs chefs, leurs ressources, etc.

Les renseignements obtenus sur les cultures existantes ou à créer, sur le commerce de; la région, le prix de toutes les deiuées ;

Les noms des colons européens et leur natioiuilité, enfin tout ce ([ui est relatif à l'état moral et matériel des troupes et de la population.

Il y aura lieu d'établir des rapports distincts pour la situation militaire et pour la situation politique et éviter les redites; ne pas repioduire sur un rapport les renseignements contenus dans le précédent s'ils n'ont pas été modifiés dans l'intervalle.

Aucun modèle n'est donné poui- rriablissenifiit tir ces compilas icndus. Les

78 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE Ht.

indications gt^nt^rales ci-ilcssus doivent suffire à un commandant de cercle qui, en ne pouvant recevoir régulièrement des ordres du général, doit faire preuve d'une grande initiative afin d'atteindre le but par les moyens que lui dicteront son expérience et son bon sens.

Gallieni.

Opéralions du colonel Combes. — Le colonel Combes quitta Tananarive le 29 septembre et rejoignit à Moramanga le gros de la colonne.

La marche de Moramanga sur Ambatondrazaka se fît sans incident ; les rebelles n'osèrent pas s'attaquer à une colonne aussi nombreuse, dont la marche rapide et résolue leur en imposait; le pays était désert et ruiné par les rebelles.

Arrivé à Ambatondrazaka le 13 octobre, le colonel Combes ht aussitôt opérer la remise des pouvoirs au commandant Rouland. Il se rendit compte immédiatement de l'excellent effet que produirait sur les populations sihanakas la déposition du gouverneur ho va Rabeony, puisque l'anarchie était due en partie au mécontentement causé par le maintien en fonctions de ce gouverneur et de ses adjoints.

Il était nécessaire de dissiper au plus vite l'équivoque qui obscurcissait notre politique depuis quelques mois et de faire comprendre aux Sihanakas que nous nous installions chez eux, non plus en protecteurs des Hovas, mais en maîtres bienveillants, désireux de les gouverner et de les administrer avec équité, par l'intermédiaire de chefs autochtones. C'est ce que le colonel Combes réussit à persuader aux gens de la région d'Ambatondrazaka et d'Imerimandroso, dont un grand noml)re réintégrèrent leurs villages.

En outre, afin de frapper leur imagination et de les bien convaincre que nos actes étaient d'accord avec nos paroles, il ramena avec lui à Tananarive non seulement le gouverneur Uabeony et ses adjoints, mais encore la majeure partie des colonies hovas établies autour d'Ambatondrazaka, en tout oOO personnes, hommes, femmes et enfants.

Le colonel Combes quitta Ambatondrazaka le 29 octobre

PACIFICATION DU CERCLE D AMBATONDRAZAKA. /î'

et se dirigea sur Tananarive par ritinéraire Tanifotsy-Aiijozorobé. La marche de retour se fit sans incident jusqu'à l'entrée de la forêt qui borde l'Eniyrne.

Celle-ci fut traversée sans trop de difficultés, malgré la résistance des rebelles qui nous tendirent ([uelques embuscades : dans l'une d'elles, le lieutenant Garnier fut atteint à la tête d'un coup de feu tiré à bout portant, qui ne lui fit heureusement qu'une blessure sans gravité.

Aiin de faciliter à la petite colonne sa rentrée en Emyrne, le chef de bataillon Mougeot, commandant le cercle d'Ambohidrabiljy, s'était porté avec ses forces disponibles à Anjozorobé.

Opérations du commandant Rouland autour du lac Alaotra.

Les habiles mesures politiques prises sur place par le colonel Combes avaient réussi à nous rallier les populations silianakas de la rive orientale du lac Alaotra ; mais les bandes de Marofotsy tenaient la campagne à l'ouest du lac et inquiétaient les populations paisibles des environs d'Ainbatondrazaka.

11 fallait rassurer le plus tôt possible ces [xjpulations et leur prouver l'efficacité de la protection ([ue nous leur avions promise. A cet effet, le commandant Houlaud réunit, dans les premiers jours de novembre, une petite colonne composée de trois pelotons de tirailleurs malgaches et sénégalais et d'une pièce d'artillerie; il dispersa tout d'abord, par une opération combinée, les bandes solidement reti'ancliées autour d'Ambohitromby, qui s'enfuirent sous la menace d'un investissement complet, après avoir incendié elles-mêmes leurs cases et leurs approvisionnements.

Puis, toujours dans le même but [)olili([ue, c'est-à-dire pour détacher les Silianakas des Marofotsy, il continua sa

marche vers le nord, reconnut toute la rive occidentale du lac Alaotra et revint par Imerimandroso, ayant fait ainsi tout le tour du lac et exécuté en huit jours une marche de plus de 200 kilomètres dans un pays accidenté, coupé de nombreux marais et de rivières d'un franchissement difficile. Afin de ne pas être retardé par les passages de rivières, le commandant Rouland avait fait fabriquer un radeau démontable en bois très léger ; il était porté par une équipe de seize hommes, se montait en une demi-heure, et pouvait recevoir six à huit hommes armés.

Ce radeau rendit les plus grands services.

A Imerimandroso, où la colonne s'arrêta le 11 novembre, les chefs indigènes firent part au commandant de leurs craintes au sujet des représailles des insurgés et réclamèrent la création d'un poste.

Cet officier supérieur déféra à leur désir; d'ailleurs, l'occupation d'Imerimandroso s'imposait pour assurer la sécurité des communications avec Fénérive. Aussi, la 9* compagnie du régiment malgache (capitaine Chieusse), qui occupait alors Fénérive et Sahatavy, ayant été mise à la disposition du commandant du cercle d'Ambatoiidrazaka, celui-ci envoya un détachement à Imerimandroso, où il s'installa le l*^"" décembre.

A ce moment, la garnison du cercle comprend donc :

La 6" compagnie sénégalaise (capitaine Feldmann) ; La l""" — malgache (capitaine Lironguurt); La 9® — — (capitaine Chieusse);

Une pièce d'artillerie de 78'"™.

Le commandant du cercle renonça à occuper effectivement la rive occidentale du lac , quelque intérêt qu'il y eût à refouler les insurgés vers l'ouest ; car il avait pour le moment une tclche plus importante à remplir : il devait se relier

étroitement avec les cercles de Moramanga et d'Ambohidrabiby, afin de se souder à Flmerina et d'assurer ses communications avec Tananarive et la vallée du Maneoro.

Liaison avec les cercles de Moramanga et d'Ambohidrabiby.

Crmlion du 1^'" lorritoire militaire. — Mw examen approfondi de la situation des provinces du nord-est de Flmerina et des régions voisines avait permis au général de se rendre compte de la corrélation indiscutable qui existait entre l'insurrection de ces provinces et celle de la haute vallée du Mangoro.

L'Imerina, au nord-est d'Anjozorobé , est séparée de la haute vallée dû Mangoro (pays des Bezanozanos) et du bassin du lac Alaotra (pays des Sihanakas) par la foret formant le prolongement vers le nord de celle d'Ankeramadinika. Cette forêt recouvre la ligne de partage des eaux entre les rivières tributaires des bassins précités et les affluents de la Betsiboka.

Sa largeur n'est que de G kilomètres en moyenne ; mais clic constitue néanmoins un ol)stacle d'une valeur considcral)le, parce que le terrain y est des plus accidentés. De rares et mauvais sentiers la traversent; le plus iiiq)ortant est celui qui conduit d'Anjozorobé à Ambatondrazaka : il entre dans la forêt à l'est de Tanifotsy et en sort à Mandanivatsy.

En somme, cette forêt constituait pour les insurgés une zone à peu près impénétral)le, ([uils utilisaient pour se dérol^cr à nos poursuites, se déplacer du nord au sud et vice versa, et passer d'un cercle dans un autre.

Rabozaka avait son centre d'action non loin de Tanifotsy, dans les environs de Yohidrazana, son village natal ; sou influence dans toute la région était C()nsidérabh\

11 correspondait avec Rabezavana , (jui opérait dans les

vallées tributaires de la Betsiboka , et avec les chefs des insui'iiés bezanozaiios et iiiarofotsy.

Il se servait de la foret pour se porter rapidement et à l'abri de nos postes, de Tanifotsy jusque dans les environs d'Ankeramadiuika.

Il était difficile aux commandants des trois cercles d'Anibatondrazaka, d'Ambohidrabiby et de Moramanga, de coordonner leurs mouvements de manière à faire face aux déplacements toujours extrêmement rapides de l'ennemi, à pacifier méthodiquement les lisières et l'intérieur de la forêt, à interdire d'une manière absolue l'accès de cette forêt aux insurgés.

En ce qui concernait, en particulier, le cercle d'Ambatondrazaka, un des objectifs fixés au commandant Rouland était sa liaison avec les cercles d'Ambohidrabiby et de Moramanga. Il devait se souder avec le premier de ces cercles, de manière à obtenir la sécurité de la ligne d'étapes Tananarive — Ambatondrazaka, et avec le second, pour établir des communications faciles avec Moramanga par la vallée du Mangoro.

En résumé, l'organisation administrative que les divisions naturelles du pays avaient fait adopter jusque-là, si elle avait sa raison d'être au point de vue politique, offrait des inconvénients au point de vue militaire, parce que la forêt, au lieu d'être sous un commandement unique, servait de frontière à trois cercles, dont les commandants avaient leur résidence à une grande distance de la région dans laquelle ils devaient se souder les uns aux autres.

Aussi, pour assurer l'unité d'action militaire et politique, tout en maintenant des divisions administratives conformes aux traditions locales, le général décida-t-il, à la date du 16 novembre, la création du 1" territoire militaire, comprenant les trois cercles de Moramanga, d'Ambohidrabiby et d'Andjatondrazaka.

PACIFICATION DU CERCLE d'AMBATO.NDRAZAKA. 83

Le colonel Goinbes en fut nommé commandant.

Cet officier supérieur connaissait particulièrement bien le pays sur lequel allait avoir à s'exercer son activité, pour l'avoir parcouru pendant les opérations de la colonne du Xord, et, tout récemment, lors du déblocus d'Ambatondrazaka.

Sur la proposition du colonel Combes, le siège du commandement du territoire fut placé à Tanifotsy, sur la route de ïananarive à Ambatondrazaka, près de l'entrée de la forêt. La région au sud de Tanifotsy n'était pas encore pacifiée , tant s'en faut ; le colonel Combes devrait donc s'installer en plein pays ennemi et ne pourrait tirer ses approvisionnements de l'arrière qu'au moyen de convois fortement escortés; mais à Tanifotsy, il exercerait une action directe et efficace sur la zone à pacifier.

Les instructions ci-après lui furent envoyées pour détinir la mission qu'il avait à remplir :

Tananarivo, le 17 uovemljre 1896.

M. LE COLONEL COMMANDANT LE l»-^ TERRITOIRE MILITAIRE

M. lo colonel commandant le l" tonitoirc mililaiiv aura pour mission principale de coordonner les elfoits des trois cercles d'Anibohidrabiby, de Moram.inga et d'Ambatondiazaka en vue de la pacification de toute la région comprenant la vallée du Mangoro, le bassin du lac Alaotra, la haute vallée de la Mahajamba et les vallées de la Mananara et des autres affluents de droite de la Betsiboka. Son attention devra se porter spécialement sur les points suivants :

A. — Une fois qu'il aura constitué à Tanifotsy ou en un point voisin un

solide point d'appui susceptible de servir de centre à notre influence dans le nord-est. M. le colonel Combes devra étendre progressivement son action sur toute la haute vallée du Mangoro, sur toute la région du lac Alaotra et sur les hautes vallées des affluents supérieurs de la Betsiboka (Mananara et rivières avant leurs bassins plus au nord).

Dans ce mouvement d'extension progressive, il y aura lieu de veiller tout particulièrement à la concordance des efforts faits dans chacun des trois théâtres d'opérations susindiqués, afln d'éviter que les bandes n'arrivent à se maintenir entre ces hautes vallées en passant alternativement de l'une dans l'autre, suivant qu'elles seront poursuivies par l'un ou par l'autre des commandants de cercle intéressés.

B. — M. le colonel Combes devra se tenir en mesure d'exercer, en cas de besoin, de la région de Tanifotsy, une action militaire vigoureuse dans chacune des trois directions précitées, -en poussant au besoin jusqu'à la limite des pays sakalaves vers le nord-ouest, et au nord jusqu'à la région de Mandritsara. Il demeurera entendu toutefois qu'aucune opération d'ensemble de ce genre ne sera entreprise, sans que le général commandant le corps d'occupation ait été consulté sur son opportunité et ait donné l'ordre d'exécution.

C. — Au point de vue du ravitaillement, les efforts de M. le colonel Combes devront avoir pour but d'arriver à ravitailler la majeure partie de ses forces, et, en particulier, toutes les unités stationnées dans le bassin du lac Alaotra, par des convois de bourjanes envoyés directement à Tamatave.

Pour assurer la sécurité de cette ligne de communications entre Ambatondrazaka et la côte, M. le capitaine Chieusse a reçu l'ordre d'aller s'installer avec un fort peloton à Imérimandroso, l'autre peloton de sa compagnie à Sahatavy et M. le résident de Tamatave a été invité à faire occuper Mahambo par un poste de milice.

D. — Au point de vue politi(iue, M. le colonel Combes devra s'inspirer du programme tracé aux différents commandants de cercle par les instructions générales qui leur ont été adressées lors de la création des cercles militaires et qui lui ont été communiquées. Il devra laisser aux commandants de cercle ime large initiative pour toutes les mesures politiques à prendre pour la réorganisation méthodique et progressive du pays, en veillant à ce qu'ils n'apportent pas de perturbations dans les groupements traditionnels des races ou des tribus et à ce qu'ils fassent appel, dans une large mesure, au concours de chefs autochtones soigneusement choisis. Afln de faciliter cette politique, un lot de ■JdûO fusils modèle 1874 avec 100 cartouches par fusil est mis à la disposition de M. le colonel commandant le l^' territoire militaire. Des ordres ont été donnés pour que ces armes et munitions soient transportées de Tamatave à Imérimandroso, sous l'escorte du peloton de la compagnie Chieusse qui doit aller s'établir dans cette localité. Il appartiendra à M. le colonel Combes de répartir ces armes comme il le jugera convenable entre les populations sihanakas qu'il a su déjà ramener dans le devoir, et les populations qu'il arrivera successivement à soumettre à notre influence.

En résumé, la création du 1*''^ territoire militaire a pour objet, en consolidant

PACIFICATION DU CERCLE d'aMBATONDRAZAKA. 85

les résultats déjà obtenus dans les cercles d'Ambohidrabiby, de Moramanga et Ambatondrazaka, d'étendre encore plus au nord et à l'ouest la zone du pays qui a été déjà pacifiée. M. le colonel Combes s'inspirera des principes qui ont déjà été posés à ce sujet par le général commandant et qui prescrivent de pousser peu à peu au loin un réseau de postes et blockhaus, tandis que les contrées en arrière sont remises sous notre influence et organisées de manière à rendre libre la troupe en avant et à amener une pacification durable, permettant d'ouvrir le pays à nos colons et commerçants.

Gallieni.

Le colonel Combes ne s'installa à Tanifotsy qu'au mois (le décembre (1); mais il envoya, dès sa prise de commandement, ses instructions au commandant l{ouland pour la progression vers le sud du cercle d Andjatondrazaka, en vue de la liaison avec les cercles d"And)ohidrabiby et de Moramanga.

Progression du commandant Rouland ir/'.s le sud de son cercle. — Le commandant Rouland commença d'abord par s'assurer la possession de la région à l'est et au sud-est d'Ambatondrazaka jusqu'à la grande forêt.

Il envoya de petits détacbenients reconnaître le pays et l'état d'esprit des babitants : du 16 au 20 novembre, une reconnaissance de tirailleurs malgaclies explora la région de Didy, mais ne put entrer en relation avec les indigènes, qui, sans faire acte d'bostilité, s'enfuirent dans la foret.

Les 2o et 20 novembre, un détacliement de Sénégalais j)arc()nrut les environs de Mangatany (route d'Anjozorobé) et les trouva déserts. Le commandant du ((M'cIo résolut de créer des postes dans les régions (jui étaient, avant riiisuirrction. les plus peuplées du l)ays, pour faire i-enlrer les habitants encore hésitants.

Le capitaine Feldniann s'installa avec ti'ois siulions de sa

fl) Voir, pour cette installation, le rliapitrc ayant liait à la iiaoifiration dn rcnli' d'.\inl)olii(lrul)il)y, page 91.

comi)ai;nio à ManakaniLahiuy (est d'Ambatondrazaka) ; le lieutenant Marchegay créa un poste p^o^•isoire dans la région d'Ivondrozana ; puis des postes définitifs furent installés par la l''« compagnie malgache à Ambohimasina et Ivondrozano.

Au ])Out de peu de temps, le but poursuivi était atteint. Grâce à la modération et au tact des officiers chefs de poste et à la discipline de leurs subordonnés, la population, rassurée, rentrait dans ses villages et se remettait aux cultures.

Le commandant Rouland se relia ensuite avec Tanifotsy, chef-lieu du 1^'' territoire militaire, en jalonnant la route de postes suffisamment rapprochés pour pouvoir se soutenir mutuellement.

Un poste fut installé à Mangatany à la fin de décembre, un autre à Antanimenakely à la fin de janvier.

A la même époque, des blockhaus furent construits à Andranofotsy et Amboasano.

La liaison était donc obtenue.

Progression vers le nord du cercle. — Ramenamaso, chef des Marofotsy insurgés, avait réuni au nord- ouest d'Ambatondrazaka, à l'abri des marais, un grand nombre d'individus armés. Le moment n'était pas encore venu de marcher contre eux. Leurs camps, entourés de marécages inondés, étaient inabordables jusqu'au mois d'avril. D'ailleurs, les rebelles ne bougeaient presque pas : seul, le petit poste de Mahakary lut l'olijct de deux ou trois attaques sans importance.

Ambatondrazaka et la région au sud du lac étant bien protégés du côté de Fouest par le poste de Manakambahiny de l'ouest, qui fut créé au mois de janvier, le commandant Rouland remit à plus tard l'offensive de ce côté.

Par contre, il invita le capitaine Chieusse, commandant le secteur d'Imerimandroso, à étendre l'influence française vers le nor(L

Cet ofticier poussa une recoiiiiaissaiice sur Anosiiubohangy, à oO kilomètres au nord (rimerimandroso , centre d'une aggiomération assez importante. Les habitants l'accueillirent bien. Il installa avec un certain cérémonial, devant toute la population réunie, un gouverneur autochtone, arma un certain nondDre d'habitants et constitua ainsi un premier point d'appui, qui devait servir plus tard à la progression vers Mandritsara (1).

En outre, afin de protéger contre les pillards de l'ouest les habitants de la région d'Imerimandroso, le capitaine Chieusse installa un poste à Amboavory, au nord du lac.

Sitiiutioa au commencement de février. — En trois mois, le commandant Rouland avait pacifié et réorganisé tout le pays sihanaka à l'est et au sud du lac Alaotra et s'était relié avec les cercles du sud.

La progression vers le nord était entamée.

Quant à la pacification de la rive occidentale du lac et à la progression vers l'ouest, elle était remise au début de la saison sèche.

La répartition des trois compagnies était, à la fin de janvier, la suivante :

Îlvorulrozano \ sous-officicr 13 hommes.

Ambohimasina d officier 15 —

Mahakary 1 caporal 4 —

Mangatany \ officier 40 —

Andranofofsy \ officier 15 —

Ambatondrazaka. . . . i officier le reste des hommes.

-, ( Antanimenakelv .... 1 officier 60 —

6* compagnie i . , " • rr ■ oa

, , \^. { Amboasano 1 officier 20 —

sénégalaise 9" compagnie

Ambatondrazaka.... 1 officier le reste des hommes.

Imerimandroso.

, , X Sahatavy.

Igachc ) . . •" ^ ' Amboavory.

(1) M. Pradon, résident de France à Maroantsi'tia, avait fait occuper Mandritsara, le 18 déceml)re, par un poste de milice. Ce poste fut renforcé, au mois de mars 1897, par des tirailleurs malgaches du capitaine Clavel.

Peiulaiit les mois de février et de mars, la partie pacifiée du cercle resta calme ; les opérations entreprises dans la forêt, à Test d'Anjozorobé, contre Rabozaka, n'eurent aucune répercussion dans le cercle. Ces opérations ayant obligé les partisans de Rabozaka à se soumettre ou à se disperser, le point noir existant jusque-Là au sud-ouest du cercle disparaissait, et le colonel Combes put autoriser le commandant Rouland à entamer la progression à l'ouest du lac Alaotra, vers la Mahajamba.

Opérations à f ouest du lac Alaolra. — Le commandant Rouland constitua deux colonnes :

L'une à Ambatondrazaka, sous ses ordres directs, composée de trois sections de la 1'"^ compagnie de tirailleurs malgaches, de 20 miliciens et de 150 partisans;

L'autre à Imerimandroso, sous les ordres du capitaine Chieusse, composée d'un peloton de la 9^ compagnie de tirailleurs malgaches, de 35 miliciens et de 150 partisans.

Cet officier franchit le lac le 15 avril, en face d'Imerimandroso, enlève le 16 le village fortifié d'Ambohijanary et y installe un poste destiné à maîtriser la région comprise entre le lac et la haute chaîne qui forme la limite occidentale de son bassin. Il se porte ensuite directement sur Ampandrano.

Le commandant Rouland marche sur Amparafaravola, y crée un poste et se dirige par Ambilona sur Ampandrano, en refoulant devant lui des bandes qui n'opposent pas de résistance sérieuse. Il y arrive le 23 avril et fait sa jonction avec le capitaine Chieusse.

La vallée de la Mahajamba était alors à peu près déserte ; le commandant Rouland ne crut pas nécessaire d'y établir un poste, au moins tant que le mouvement de progression vers le nord, entamé par les troupes du cercle de Babay, ne serait pas assez avancé pour permettre de tenir à la fois les deux rives.

Il résolut donc de ramener ses forces sur Amparafaravola

PACIFICATION DU CERCLE d'aMBATONDRAZAKA. 89

pour opérer contre des rassemblements importants signalés autour de ce poste, qui avait subi, en effet, des attaques répétées dès le lendemain de son installation ; la garnison de tirailleurs malgaches y était serrée de près, bien qu'elle eût infligé des pertes importantes à ses assaillants.

Le commandant Rouland quitte Ampandrano le 21 avril, arrive à Amparafaravola le 26 et attaque, le 28, le camp de Morafeno. Mais les rebelles Tévacuent avant de recevoir notre choc. Un poste y fut installé (lieutenant Marchegay et oO tirailleurs).

Le commandant Rouland se remet en route pour Ambatondrazaka, où il arrive le l*"" mai, après avoir laissé une garnison de 1 sergent et 30 tiralHeurs à Am])ohitromby au passage de la rivière Sahabé.

1700 bœufs avaient été enlevés aux rel^elles au cours de ces opérations. Désormais, le cercle était protégé contre les incursions des pillards de l'ouest par les postes d'Amparafaravola et de Morafeno, dont l'action fut complétée ])ar la création de quelques blockhaus intermédiaires.

L'occupation miUtaire du pays avait été suivie de sa réorganisation a(hninistrative : le cercle était divisé en secteurs (Ambaton(h'azaka, Imerimandroso, Amparafaravohi, Soalazaina). Il restait à assurer la liaison avec le cercle de Jiabay sur la Maliajamba : les opérations y ayant trait furent «Mitreprises un peu plus tard, sous la direction du coninuuuhint de ce dernier cercle ; elles seront décrites plus loin. Mais, dès cette époque, les rives du lac Alaotra et tout le i).iys silianaka étaient paciliés et r<>peu])lés.

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