VUE D'ENSEMBLE SUR LA PACIFICATION DE L'EMYRNE
Situation en mai-juin 1897.
Le Lut assigné aux commandants des cercles militaires en octobre 1896 était atteint en mai 1897.
Nos troupes bordaient les frontières de rÉmyrnc et se tenaient prêtes à les défendre contre les incursions des pillards de l'ouest. Un réseau serré de postes et de villages armés surveillait le pays et empêchait l'éclosion de tout nouveau mouvement insurrectionnel.
La réorganisation du pays hova avait suivi immédiatement sa pacification ; chacpie commandant de cercle, de secteur ou de poste, avait mené de front les deux choses.
L'administration indigène, soutenue, surveillée et contrôlée, les écoles repeu])lées, les marchés plus fréquentés que jamais, la rentrée régulière des impots, tout prouvait ([ue le pays renaissait à sa vie normale.
Mais l'insurrection avait laissé des traces ([ui ne s'elfaceront ([u'à la longue.
Succédant [)res({ue s;ins intcn-NaUc à hi guerre do I8!).">. cUo produisit chuis toute rLmyrnc une jxM-lurhatinn elfroyahlc.
Beaucoup de rizières étant restées en friche pendant denv années consécutives, la récolte du riz de mai LSîlT fut à
peine suffisante pour la consommation locale ; c'est dire qu'il faudra du temps pour reconstituer les réserves possédées jadis par les villages.
Le riz monta, en 1897, à 1 franc le kilogramme, alors qu'il valait autrefois 0 fr. 15 à 0 fr. 20.
Des milliers et des milliers d'individus, hommes, femmes, vieillards et enfants, passèrent riiivernage 1896-1897 dans la forêt, sous des abris insuffisants, vivant de racines et d'un peu de viande, exposés aux intempéries. La mortalité fut énorme pendant cette période, et beaucoup de ceux qui ne moururent pas furent profondément atteints dans leur santé.
Un des principaux éléments de la richesse du pays, les troupeaux de bœufs, diminuèrent considérablement.
Les insurgés les abattirent en grand nombre pour subvenir à leur alimentation à défaut de riz, ou même pour les empêcher de tomber entre nos mains.
Les chefs de certains postes n'hésitèrent pas non plus à abattre des bœufs pour leur nourriture, même quand les garnisons étaient d'un faible effectif; il fallut des ordres spéciaux du commandement pour le leur interdire.
En résumé, les pertes matérielles résultant du fait de l'insurrection furent considérables ; elles l'eussent été Inen davantage encore, si sa répression avait tardé, et si, aussitôt le pays occupé militairement, nos troupes n'avaient pas mis autant d'ardeur à y ramener le calme et la prospérité par une administration à la fois ferme et bienveillante.
Car, il ne faut cesser de le répéter, le programme tracé aux commandants de cercle consistait moins à détruire défi bcuidea rebelles qu'à réorganiser un pays livré à V anarchie.
Ce programme avait été exécuté : chaque bond en avant de nos troupes fut toujours suivi de l'organisation administrative du pays en arrière, organisation qui tenait compte, dans la plus large mesure possible, des antécédents administratifs indigènes. 11 n'entre pas dans le cadre de cette
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étude d'examiner quel fut, à ce point de vue, le rôle des commandants de cercle, mais il ne faut pas oublier qu'il s'exerça partout, concurremment à l'action militaire, et que c'est la réunion dans les mêmes mains de tous les pouvoirs qui a été un des facteurs principaux du succès.
Dans les précédents chapitres, nous avons étudié, cercle par cercle, la marche de la pacification, avec plus ou moins de détails, suivant qu'il devait ressortir des faits exposés plus ou moins d'enseignements.
Nous avons, à dessein, intercalé dans le récit un certain nombre d'instructions et de lettres émanant du général commandant le corps d'occupation, pour montrer quelle fut la méthode de commandement employée.
La pacification de l'Emyrne a été, en somme, la résultante de la progression méthodique des troupes des diliérents cercles vers les frontières de l'Emyrne. Elle a été peu à peu produite par un mouvement continu du centre vers la périphérie.
Si ce mouvement fut beaucoup plus régulier et plus méthodique dans certains cercles que dans les autres, cela tint surtout à la diversité des terrains sur lesquels opéraient les troupes des difierents cercles, et non pas à la valeur relative des adversaires, qui ont été partout médiocres au point de vue militaire.
Dans les cercles d'Arivonimamo et de Babay, le terrain mamehjnné et découvert s'est admirablement prêté au succès de la méthode des bonds successifs exécutés [)ar les postes de première ligne.
Quand ces postes sont arrivés à la limite du pays peuplé, les dernières bandes d'insurgés se sont trouvées acculées an désert au delà duquel commence le pays s;ikala\e.
Même en admettant qu'ils craignissent Ac n<)tn> pari une répression exenq)laire, les rebelles n'hésitèrent point à venir se soumettre à nos postes plutôt ([ue de chercher un refuge
dans le pays sakalave, où ils étaient sûrs de trouver Fesclavage et la misère. D'ailleurs, le Hova aime son pays, et il ne peut se faire à l'idée de passer toute sa vie ailleurs qu'en Émyriie; il le quitte volontiers, mais pour quelque temps seulement, et lorsqu'il se croit siir d'y revenir dans un délai plus ou moins rapproché.
Au contraire, dans les cercles d'Anjozorobé et d'Ambatomanga, la marche de la pacification fut beaucoup moins régulière, à cause de l'existence de la forêt d'Emyrne, oii les insurgés trouvèrent pendant longtemps un refuge inviolable.
Il fallut non seulement border les lisières est et ouest de deux lignes de postes et de blockhaus très serrés, mais encore faire, à l'intérieur de la forêt, des battues et de petites opérations combinées.
Ce n'est fj[u'à la suite des opérations du lieutenant-colonel Hûrstel, au nord d'Ankeramadinika (janvier 1897); du colonel Combes, à Mampidongy (mars 1897); des troupes du cercle d'Ambatomanga, au sud d'Ankeramadinika (avril et mai), que les chefs de la rébellion finirent par se soumettre, et que les pays bordant la forêt se repeuplèrent.
Seul, Rabozaka se montra irréductible. Par patriotisme, peut-être seulement par orgueil, il voulut continuer, alors que les autres chefs de l'insurrection, Rabezavana, Rainibetsimisaraka, etc., s'étaient soumis, à incarner en sa personne la révolte contre le nouvel état de choses ; et, avec quelques rares fidèles, il erra dans la forêt de Tanifotsy à Ankeramadinika.
Psi les « partisans » de Tananarive envoyés contre lui au mois de juillet sous le commandement du capitaine Staup, ni les patrouilles fournies par les postes des cercles d'Anjozorobé, de Moramanga et d'Ambatondrazaka, ne réussirent à se saisir de lui.
Ce n'est qu'au mois de janvier 1898 qu'il fit enfin sa soumission au commandant Pourrat, à Anjozorobé.
K.\1!()/.AI<A CONDIIT A I,A C. K U K M O N I K I > K SA S t) T M I SS lo N'
TUE d'ensemble SUR LA PACIFICATION DE LEMYRNE. -213
Cet exemple montre assez quelle fut Finfluence du terrain sur les résultats de la campagne 1896-97 en Émyrne.
Un autre point mérite de fixer l'attention : c'est l'emploi simultané des moyens politiques et militaires dans la répression de l'insurrection. Les commandants de cercle se sont toujours efforcés d'agir, par des émissaires convenablement choisis, sur les chefs rebelles, afin de déterminer leur soumission sans l'usage de la force. A peine un chef, abandonnant la lutte, était-il venu se rendre, qu'une des conditions qui lui étaient imposées était d'user de son influence et d'intervenir personnellement auprès des insurgés.
C'est ainsi que le commandant Lyautey et le capitaine Rémond se servirent de Rabezavana pour pacifier, sans aucune mesure de rigueur, une étendue considérable de pays.
Enfin, au point de vue de l'emploi des troupes, on a pu voir que les « colonnes » avaient été employées exceptionnellement et pour un court délai contre des ol)jectifs bien déterminés ; et que ces colonnes avaient un faible eli'ectif : deux ou trois compagnies d'infanterie, une pièce d'artillerie.
La règle générale a été le bond en avant exécuté par des détachements prélevés sur les garnisons des postes en arrière, et chargés d'aller occuper de nouveaux postes.
Situation militaire et administrative des cercles miUtaires en mail 897.
Le général Gallieni quitta Tananarivc à la fin du mois d'avril 1897 pour aller inspecter les provinces cotières et prendre sur place les mesures touchant leur occupation et leur administration.
Il hiissait le centre do l'ilc en bonne voi«' de réorganisation sur les ])ases suivantes :
Le (joncenii'iiwnl nii/ihùrr dr TaiKtiuirirc eoni[)r(Mi;iil la capitale et les environs ;
Le 2*' tcrriloire militaire, créé en décembre 1896, comprenait les cercles d'Arivonimamo, de Miarinarivo, de Tsiafaliy (Ambatomanga) et de Betafo.
Ce dernier cercle avait été créé le 1®'' mars.
Jusqu'à cette date, la région Betafo — Antsirabé dépendait de la résidence (/\Anfsirabé, correspondant, au point de vue de l'administration indigène, au gouvernement général du Yakinankaratra .
Cette résidence, à cheval sur les pays ho vas et betsileos, comprenait des populations des deux races. L'arrêté du l^*" mars rattacha à la province du Betsileo (chef-lieu Fianarantsoa), les districts betsileos du Yakinankaratra, et groupa sous le commandement du capitaine Durand les districts hovas de : Antsirabé, Betafo, Inanatonana, Miandrarivo.
Ces districts n'avaient pas pris part à l'insurrection ; leur gouverneur général indigène, Rainijoanary, resta fidèle à la cause française. La création d'un cercle militaire ne répondait donc point à une nécessité militaire immédiate ; elle était faite en vue de la défense des frontières de l'Emyrne contre les incursions périodiques des Sakalaves et aussi de notre pénétration ultérieure dans leur pays.
Préparer cette pénétration était un des objectifs fixés au commandant du 2® territoire militaire.
Les cercles d'Ankazobé, d'Anjozorobé, d'Ambatondrazaka et de Moramanga relevaient directement du Résident général.
Les commandants des cercles d'Anjozorobé et de Moramanga avaient pour unique mission de poursuivre la pacification complète et la réorganisation des territoires placés sous leur commandement, puisque leurs cercles avaient atteint leurs limites naturelles.
Quant aux cercles d'Ambatondrazaka et d'Ankazobé, qui se trouvaient en contact par leurs frontières du nord et de l'ouest avec les pays sakalaves, le général avait donné pour objectif à leurs commandants la progression vers le nord-
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ouest ; ils devaient chercher à se relier dans cette direction avec les résidents des provinces côtières.
La Mahajamba formait la limite de leurs zones d'influence respectives.
Tous ces cercles étaient divisés en secteurs :
Cercle d'Ambatondrazaka (comnianilaiit Rouland). ' Anibatondrazaka.
o . 1 \ Soalazaina.
secteurs do . . . / ,
(Amparafaravola.
Inieriniandioso.
Cercle de Moramanga (coinniandant Noël).
Moramanga.
Boparasy.
„ , , , Mandialaza.
Secteurs de. . . < ., , .
babotsy.
Mérimitatra.
Didy.
Cercle-annexe d'Anosibé (capitaine Oddoz). Cercle d'Anjozorobé (commandant Pourrat).
/ Ambohitrolomahitsy.
Anjozorobé.
Secteurs de,
Betatao.
Ankazodandv.
Cercle d'An/cazobé (commandant Lyautey).
Vohilena.
Ambohimanjaka.
Secteurs de. . . / Antsatrana.
Mananktisina.
Filiaonaua.
Secteur du.... Voni/ongo, chcl-Iiini Ankazobt".
I ( Kiangara.
Secteins de. ... , ":,
( Andntia.
(L'-C()b)nel SucILLON).
Cercle de Tsiafalnj (commandant CoiTTENÈciRE). Secteur nord de la Varaliina, cbef-lieu Manjakandriana.
— sud de la Vaharina, cbef-lieu Imerinarivd.
— d'Andramasina.
— du Voromabéry, clief-lieu Tsinjoaiivo.
Cercle de Betafo (capitaine Durand).
ilnanatonana.
Betafo.
Antsirabé.
Cercle de Miarinarivo (commandant Reynes). Secteurs de.
IVliannarivo.
Soavinandriana.
Fenoarivo.
Tsiroanomandidy.
Cercle-annexe d' Arivonimamo (capitaine Sghaeffer).
Arivonimamo.
Secteurs de... { Ramainandro.
Ambatolampy.
Organisation défensive des frontières de l'Émyrne.
Le général commandant le corps d'occupation avait, à plusieurs reprises , prescrit aux commandants de cercle d'organiser, dès qu'ils seraient parvenus par leur progression méthodic£ue aux limites de l'Emyrne, une ligne solide de postes et blockhaus, de manière à barrer aux pillards des contrées limitrophes leurs routes habituelles d'incursions. Cette ligne devait être occupée par les troupes blanches. En arrière, les milices et les villages armés suffiraient à la garde du pays.
Quant aux troupes noires (tirailleurs sénégalais et haoussas), les commandants de cercle étaient invités à les remettre le plus tôt possible à la disposition du général, qui se proposait de les employer à la pénétration des territoires encore insoumis.
Cette ligne frontière fut jalonnée, au nord et à l'ouest, par les postes de : Tanifotsy, V^ohilena, Merinkifeno, Manankazo, Manankasina, Fenoarivo du Yalalafotsy, Tompomanandrarina, Aml)ohitandriamanitra, Inanatonana.
VLE d'eNSKMHLE SIR LA PACIFICATION I)K l'kMYRNK. 'lll
A l'est, la ligne était coiisfituée par les postes et blockhaus installés sur la lisière occidentale de la foret d'Eniyrne ; mais son but était, non pas de s'opposer aux incursions des peuplades voisines qui sont pacili({ues, mais bien de surveiller la foret et d'empêcher les bandes de s'y reformer.
Il est clair, d'ailleurs, que cette ligne de postes frontière
BlucAliaiis sur la pôripliério ilr i I,
j)erdit peu à peu de son importance au fur et à mesure des progrès de la pénétration dans les territoires insoumis.
Délimitation des frontières et liaison constante entre les cercles.
La (h'iimitalion (Wiictc (h's IVontières entre les cerch's fut un des points ([ui lixèrent d'une manière toute spéciale l'attention (les conunaudants (1(> teri-itoire et de cercle. Il était, en (>ll"et, (I(> la plus liaulc iniporliincc (|u";iucuuc |)arccllc de
mS rUEMlÈRE PARTIE. — CHAPITRE IX.
terrain ne restât indivise entre deux subdivisions administratives voisines, afin qu'en cas de trouble, les responsabilités pussent être nettement définies. Aussi, à partir du mois d'avril, les cercles de TEmyriie ayant à peu près atteint leurs limites, chaque commandant dut désigner un officier chargé de délimiter sa frontière avec le cercle voisin, de concert avec un représentant de ce cercle.
Ces officiers prirent pour base de leur travail les traditions locales concernant soit les groupements indigènes, soit les anciennes divisions administratives indigènes, et firent un croquis topograj)hique de la zone frontière, croquis sur lequel ils reportaient la limite proposée par eux.
Les commandants de cercle transmettaient ces propositions, avec leur avis personnel, au commandement qui tranchait en cas de différend.
Liaison entre les cercles.
Des instructions, souvent renouvelées au cours des progrès de la pacification, avaient rappelé aux commandants de cercle la nécessité de bien lier leur mouvement de progression avec celui des cercles voisins.
La création des territoires militaires (l^"" et 2^ territoires) avait justement répondu à cette nécessité dans certaines circonstances spéciales.
C'est surtout pour les cercles touchant à la forêt qu'une liaison étroite était indispensable. Des mesures particulières furent prises à cet effet. Les postes et blockhaus frontière furent réunis par groupes, commandés chacun par un officier. Chaque groupe dut effectuer trois reconnaissances par semaine :
Une à travers la forêt, vers la lisière opposée ;
Une vers le nord ) , ,
,- 1 1 Me long de la lisière.
Lne vers le sud ) ^
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Chaque reconnaissance se rencontrait avec celle, partant le même jour, du groupe correspondant. Les chefs de reconnaissance échangeaient leurs renseignements et fixaient, de concert, la date et l'itinéraire de la reconnaissance suivante.