‹ La pacification de MadagascarChapitre 36 sur 92 · PRELIMINAIRES · texte numérisé non relu

PRELIMINAIRES

Préparation de la pénétration.

La pacification de l'Emyriie ne constituait qu'une partie de la tâche à accomplir à Madagascar. Il restait, pour préparer l'œuvre de la colonisation, à occuper les vastes territoires de l'ouest et du sud, habites par des populations guerrières et turl)uleutes, et à leur donner une organisation administrative sta])lc.

Une erreur, communément répandue en France au commencement de l'expédition de 1895, consistait à représenter les Sakalaves comme nos alliés naturels, par opposition aux Hovas. Nous devions, en débarquant à Majunga, trouver en eux des auxiliaires précieux cpii nous fourniraient une grande partie dos porteurs, tra\"aill(MU's , etc., dont nous avions besoin.

La réalité, on le sait, ne répondit point (hi tout an\ espérances. La vérité, c'est que le Sakalave est réfractaire à toute autorité : dédaigneux du travail, le j)illage sullit à le faire vivre.

Du jour où nous voudrions faiir cesser le pillage, nous devions forcément rencontrer chez lui une résistance acharnée.

Quelle était, en 1896, la situation des Ilovas, peuplade conquérante, vis-à-vis des tribus côtières?

Sur la côte est, leur suzeraineté était reconnue, pas de bon gré, tant s'en faut, mais elle était reconnue par les Betsimisarakas, les Antaimoros, etc. Les gouverneurs hovas percevaient les impôts, prélevaient les droits de douanes à Tamatave, Mananjary et dans les autres ports. Plusieurs avaient la main un peu dure, comme ce Rainisolofo, resté tristement célèbre dans la région de Mahanoro.

Les populations paisibles de cette côte virent avec joie notre installation à Madagascar ; et, trouvant que nous ne remplacions pas assez vite les gouverneurs hovas par des administrateurs français, les Betsimisarakas voulurent les chasser au commencement de 1896 ; ce n'est qu'en octobre de cette même année qu'ils en furent enfin dél)arrassés.

A la côte ouest, la suzeraineté des llovas ne s'était pas établie aussi facilement ; là où ils avaient réussi à s'installer, leur situation était souvent précaire, et ils ne se maintenaient qu'en n'exigeant à peu près rien de leurs soi-disant vassaux.

La côte ouest est peuplée par les AntanJiCiras, depuis le nord de l'île jusqu'à la rivière Sambirano (en face de ?sossi-Bé) ;

Les Sakalaves, depuis la rivière Sambirano jusqu'à l'Onilahy (en face Nossi-Vé) ;

Les Mahafalij, depuis TOnilaliy jusqu'au cap Sainte-Marie; les Hovas n'avaient jamais pénétré chez eux.

La première de ces tribus, qui peuple également la côte nord-est jusqu'à Sambava (province actuelle de Vohémar), est la seule à laquelle les llovas imposèrent sans trop de difficultés leur autorité ; et encore ses chefs essayèrent-ils à jdusieurs reprises de secouer le joug du vainqueur.

Au moment de notre établissement à Nossi-Bé (18i0)

SITUATION DES TERRITOIRES INSOUMIS A LA FIN DE 1896. 22o

leur roi Tsimiara vint se mettre sous notre protection, et il nous céda même son pays.

L'influence des Arabes (1) a laissé des traces profondes chez les Antankaras ; leurs chefs pratiquent, quoique avec mollesse, la religion musulmane.

La population est mélangée de Comoriens et d'Anjouanais, de religion musulmane également.

Le pays sakalave, qui comprend la plus grande partie de la côte ouest, se divise en plusieurs régions naturelles qui sont, en allant du nord au sud : le Boeni, YAmhongo, le MahUaka, le Alenabé, le Fihei'cnana.

Le Menabé est habité par les tribus les plus guerrières, les plus pillardes et les plus réfractaircs à toute influence étrangère.

D'une manière générale, les Sakalaves habitent l'intérieur, laissant les villages de la côte aux représentants d'une race (lifterente, les Vezo. Le Yezo n'a pas les instincts guerriers du Sakalave: c'est un marin habile, qui vit de la pèche et du trafic qu'il fait sur la côte.

Enfin, un troisième élément ethnique se trouve sur la côte ouest, c'est le Makoa, esclave venu de la côte orientale d'Afrique.

Le Makoa travaille la terre pour le compte du Sakalave.

Depuis la suppression de l'esclavage à Madagascar, l'importation des Makoas a naturellement cessé.

Cette nomenclature ethnographique ne serait pas complète, si nous ne mentionnions pas les commer(;ants indiens, sujets

(I) On a ri'trouvé à Mada;.'asrar la trace de plusieurs iinriiigrations arabes. La promièn- parait remonter au Xll" siècle : à cotte époque les barques arabes auraient aijordé la rôle nord-est; plus lard, la colonie fixée dans cette partie de l'île émijira en totalité ou en partie sur les bords du Matitauana (nord de Farafaufiana) on l'on rencontr(î encore aujourd'hui di's individus présentant le type arabe et où l'écriture aral)e s'est conservée. Eutin, il y a eu une dernière innnij.'ralion à la côte nord-ouest vers le XVl" siècle.

Û'ia DEUXIÈME PARTIE. — PRÉLIMINAIRES.

anglais qui, depuis de longues années, font le commerce d'échange sur la côte ouest.

Avant notre installation dans le pays, les articles d'importation étaient : les esclaves makoas, les armes à feu, la poudre et les cotonnades.

En échange, les Sakalaves cédaient aux Indiens du caoutchouc, de la poudre d'or, des bœufs, etc.

Les Indiens utilisaient la partie navigable des rivières

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Boutre de Zanzibar sur la plage de Moroiidava.

Betsiboka, Tsiribihina, etc., pour pénétrer dans l'intérieur et augmenter leur trafic.

Les Ho vas firent, à plusieurs reprises, des tentatives pour soumettre le pays sakalave; ils réussirent partiellement sur certains points, mais ils échouèrent toujours dans le Menabé central, c'est-à-dire dans la région boisée qu'arrosent la Tsiribihina et le Manambolo.

A la suite de pointes exécutées à diverses époques dans la direction de l'ouest, ils jalonnèrent de postes militaires un cer-

tain nombre de lignes de pénétration de l'intérieur vers la côte. Ces lignes étaient :

1'' Tananarive — Andriba — Mevatanana — Majunga coïncidant approximativement avec la voie d'eau Ikopa — Betsiboka.

2*^ Tananarive — Tsiroanomandidy — Aiikavandra aboutissant auManambolo.

Au sud d'Ankavandra, les Ilovas avaient pris pied dans le bassin de la Tsiriljihina, à Manandazza.

3° La ligne partant de Betafo, descendant dans le Betsileo à Midongy, et aljoutissant sur la cote à Morondava, par Malaimbandy et Mahabo.

Cette voie de pénétration était judicieusement tracée à travers un pays découvert ne se prêtant pas aux embuscades ; elle tournait par le sud le Menabé, où les Ilovas paraissaient, depuis leurs derniers échecs, avoir aljandonné l'idée de pénétrer.

Mahabo était le point le plus important de cette ligne, un gouverneur ho va y était installé, auquel la reine sakalave, Rasinaotra, obéissait.

4*^ La ligne Midongy (Betsileo i — Mandranarivo — Manja aboutissant à quelque distance de la cote, au nord du Maiigoka.

En somme, sur la côte s'étendant au sud du cap Saint- André, les Ilovas n'avaient qu'une seule ligne de pénétration aboutissant à la mer.

Sur cette ligne, comme sur les autres, dailleurs, leurs postes n'avaient aucune action extérieure : les garnisons, de très faible eflcctif, ne quittaient pas les abords des postes, vivant de leur culture et de leurs troupeaux.

Elles étaient donc incapables d'empêcher les incursions que, chaque année, un i)eu avant la saison des pluies, les Sakalaves renouvelaient chius TEmyriie et le Betsileo, pour

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