‹ La pacification de MadagascarChapitre 53 sur 92 · DIRECTION GÉNÉRALE POUR L'OGGUPATION DE L'OUEST · texte numérisé non relu

DIRECTION GÉNÉRALE POUR L'OGGUPATION DE L'OUEST

Les opérations d'août-septembre 1897, dans la vallée de la Tsiribiliina et la région de Maintirano, semblaient nous avoir assuré la possession d'une base solide pour l'occupation progressive du reste du pays, quand la révolte d'Inguerezza vint tout remettre en question.

L'idée première qui, alors, présida à la formation d'un territoire sakalave s'étendant sur la presque totalité de la côte ouest, fut de grouper sous la même autorité toutes les tribus de même race qui peuplent cette côte ; il y avait lieu d'espérer, d'ailleurs, que les communications par mer seraient relativement aisées h établir. L'expérience a démontré qu'il n'en était pas ainsi; et comme, d'autre part, les différentes peuplades sakalaves n'ont aucun lien entre elles, qu'elles agissent toutes pour leur compte, sans direction d'ensemble, il a semblé

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iitilo de substituer à l'action sur un front trop étendu une action en profondeur.

Le but général poursuivi est maintenant de relier la côte à Tintérieur, par des communications effectiTes et les plus nombreuses possible. La difficulté, en efiet, n'est pas de réunir entre eux les divers points de la côte, mais bien de les incorporer, de façon indivise en quelque sorte, aux régions centrales; or, cette difficulté paraît plus aisée à résoudre, en plaçant sous le même commandement les éléments qui marchent au-devant les uns des autres, à travers Vhinterland, inconnu le plus souvent, de la zone côtière. De là, la dislocation du territoire sakalave, le rattachement du cercle de Maintirano et du secteur de Makarainga au P territoire, du cercle de Morondava au 2"= territoire.

à" territoire. — Le mouvement en avant de Test à Touest se prolongera suivant deux axes. Le premier, au nord, jalonné par Ankilahila, Beravina, traversant la zone inexplorée qui s'étend au sud de la province de Majunga ; le second, jalonné par les points de Makarainga, Morafenobé, Ambalarano et le Manambaho.

Sur le premier de ces axes, l'objectif est d'abord Ankilahila, d'où l'on se reliera au nord avec Stampitsy, au sud avec Makarainga, en ayant soin d'organiser toute la région à l'est de la Mahavavy. Un second bond amènera nos postes sur l'Andranomavo, la liaison étant exactement maintenue avec le sud et avec le nord (province de Majunga, poste d'Andranomavo). Le but à atteindre, pendant la troisième période, sera d'établir la soudure avec le cercle de Maintirano, sur toute la zone de contact de cette circonscription avec le cercle annexe de la Mahavavy. La seule indication à poser dès maintenant est que, d'après les renseignements, c'est au nord de la ligne Morafenobé — Ambalarano, dans le massif du Fonjia, qu'existeraient encore des rassemblements sérieux et hostiles. Ce serait contre eux que le commandant du cercle de Maintirano aurait îi opérer d'abord. C'est donc vers le sud-ouest du cercle annexe de la Mahavavy que le commandant de ce dernier cercle devra porter son effort, de manière à y produire une action de forces concentriques.

Sur l'axe Makarainga— Ambalarano, les opérations successives devront amener nos troupes sur le sud de Fonjia, par la haute vallée du Manambaho; elles tendront la main aux forces du cercle de Maintirano.

Le commandant de ce cercle, en raison de sa situation particulière, privé de conununications rapides, conservera toute initiative 'pour la direction des mouvements de l'ouest à l'est, en se basant sur les indications ci-dessus, en tâchant d'entrer et de rester en relations avec le ccrcle-annexe de la Mahavavy et le secteur de Makarainga, en faisant converger en temps utile leurs efforts, joints aux siens, sur le massif du Fonjia, si une action militaire y est inévitable.

2" territoire. — Dune manière générale, on peut considérer comme assez tranquille le pays au sud de la ligne Malaimbandy — Mahabo — Morondava, et comme troublé, celui qui est au nord.

Dans les régions voisines, le secteur do Midongy est relativement calme et les trr)upes qui l'occupent suffisent à y assurer la sécurité locale ; toutefois, les environs d'Ankazoambo, dans l'angle Mania— Sakeny, qui viennent d'être ratta-

chés à ce secteur après la récente occupation d'Ankazoambo, sont trop à proximité du Ménabé pour ne pas se ressentir de l'état troublé de ce pays.

Le cercle annexe du Betsiriry étend maintenant son action, non seulement dans la boucle inème formée par le Mahajilo et la Mania, mais encore plus au sud ; le capitaine Lucciardi Tient d'arriver à Ankatrevo, et il est permis d'espérer que l'on pourra maintenant assurer la séciu-ité complète dans le Betsiriry, sécurité qu'il faut obtenir avant de s'engager plus à l'ouest.

Au nord du Mahajilo, Démena, sur la Tsiribihina, est relié <à Beria, qui remplace Anosymena, par un poste créé sur le Bemaraha ; Manandazza est de même relié à Beria. Des rôdeurs traversent encore le pays, mais ce ne sont que des rôdeurs.

Manandazza se relie à Ankavandra par courriers ; on ne signale aucune tentative hostile de ce côté ; toutefois, des gens de Bebozaka sont venus dernièrement, en petit nombre, non loin d'Ankavandra.

Entre Ankavandra et Bekopaka, les relations par voie de terre ont eu lieu, jusqu'à présent, sans difficulté, et les courriers y passent aisément; des convois de bœufs ont suivi le même chemin. Il n'en est pas de même du trajet par le Manambolo, et les gens de Bebozaka interdisent le passage des pirogues.

On devra donc s'occuper d'abord du Ménabé proprement dit. Après s'être établi solidement de Tsimanandrafozana à Ambiky, on progressera méthodiquement vers l'est, le long de la Tsiribihina, en maîtrisant le cours de ce fleu-ve et ses abords.

Le cercle annexe du Betsiriry, dont le mouvement est commencé, progressera de même au delà de Bemena, quand il sera en état de le faire, appuyé au nord par les troupes du cercle de Miarinarivo, qui partiront de Manandazza pour occuper Ankalalobé. Au sud, le cercle de Betafo maintiendra la sécurité sur la route Midongy — Morondava et agira sur la rive gauche du Sakeny, selon les forces dont il disposera.

On avancera de même le long du Manambolo, et le cercle annexe d'Ankavandra coopérera, si possible, à l'occupation de Bebozaka et à celle de la haute Tallée.

Dès que nous serons maîtres des cours complets de la Tsiribihina et du Manambolo, dans la traversée du pays sakalave, que la côte ouest sera réunie à l'intérieur par des lignes de communication appuyées sur une série de postes solides et judicieusement choisis, il y aura lieu de réunir les postes entre eux, en progressant, d'une part, au sud du Manambolo, d'autre part, au nord de la Tsiribihina, et en organisant au fur et à mesure le pays conquis. La soudure avec les cercles voisins se fera dans des conditions identiques, il importe que les commandants territoriaux se tiennent en relations constantes, de façon, le cas échéant, à assurer la convergence de leurs efïorts et de leur politique.

Je leur recommande, en outre, sans attendre les chaloupes à vapeur demandées en France, d'organiser, des maintenant, sur tous les fleuves de la côte ouest, des moyens de transport fluviaux : boutres, chalands, grandes pirogues, etc., de manière à pouvoir abandonner le plus tôt possible le ravitaillement de leurs postes par l'intérieur. Ces mesures auront, en outre, l'avantage de montrer aux Sakalaves que nous sommes dans le pays, avec la ferme intention de nous y installer d'une manière définitive.

Direction générale pour les provinces de Tuléar, de Fort-Dauphin, de Farafangana et le cercle des Baras et Tanalas.

Les derniers événements viennent de montrer que les populations de ces diverses provinces sont dans un état d'agitation qu'il importe de calmer par de sages mesures. En ce moment, les trop faibles ressources du corps d'occupation ne nous permettent pas d'envoyer du renfort dans ces territoires du sud pour étendre notre action parmi les peuplades rebelles, jusqu'à ce jour, à notre autorité.

Il faut donc nous borner à maintenir solidement les postes que nous occupons et à garder les communications qui relient ces provinces soit entre elles, soit avec l'intérieur de l'île.

Dans la province de Tuléar, il faut, notamment, continuer à occuper d'une façon ferme les postes du Mangoka ; une fois les Sakalaves du Ménabé mis A la raison, un heureuv contre-coup se fera immédiatement sentir sur la frontière nord de cette province.

La ligne Tuléar — Manera — Ranobira — Ihosy doit être conservée avec le plus grand soin ; elle permet d'assurer la continuité des communications entre la province de Tuléar et le cercle des Baras.

Il en est de même pour les grandes artères : Ihosy — Bctroky — Tamo-Tamo — Tsilamahana— Fort-Dauphin, Ivoliibé— Farafangana, Ihosy — [vohibé — Fianarantsoa.

La conservation de ces lignes de comnuinication et des postes que nous avons créés dans ces régions doit être le but que nous devons, avant tout, nous proposer en ce moment.

Plus tard, après l'occupation définitive du Ménabé et la pacification complète de l'ouest, il sera certainement possible de faire progresser notre action dans le sud d'une manière plus énergique et plus rapide.

C'est donc à l'esprit de sagesse et de fermeté de tous que je fais appel actuellement pour maintenir notre situation présente dans le sud de la grande île. Il ne faut pas oublier qu'un pas en avant, fait d'une façon trop hâtive et inconsidérée, risque de remettre en question les résultats qui ont été souvent très chèrement acquis. Plus que partout ailleurs, les administrateurs civils et militaires de nos provinces et cercles du sud devront s'inspirer des principes exposés dans les instructions qui suivent, agir avec méthode et prudence, essayer de pénétrer les motifs de l'hostilité des peuplades baras, tanalas, antanosy, antandroy, etc., opposer les éléments favorables aux éléments hostiles, ne gagner du terrain en avant que loi'sque le pays en arrière sera bien acquis et organisé. Leur premier devoir est de se tenir constanuuent en rapport les uns avec les autres, de se prévenir de tous leurs mouvements, de toutes leurs négociations avec les peuplades ou tribunes voisines, afin d'obtenir une unité d'action qui est absolument indispensable et que je serais forcé de déterminer par la réunion, sous un commandement unique, de toutes ces provinces ou cercles, s'il résultait, de leur indépendance réciproque, des inconvénients qui ne doivent pas exister.

En résumé, sans restreindre leur initiative, je recommande à nos officiers et administrateurs des provinces du sud de Tîle de conserver les résultats acquis, de ne pas les compromettre par des tentatives imprudentes et insuffisamment préparées, de les étendre, au contraire, par des négociations politiques sagement conduites avec les chefs des peuplades insoumises, de maintenir ouvertes les o-randes voies de communication qui relient les différentes provinces entre elles et de gagner ensuite du terrain, progressivement et méthodiquement, par des transversales unissant entre elles ces grandes lignes, de manière à étendre peu à peu notre influence sur les territoires voisins, mais en proportionnant leurs efforts aux ressources dont ils peuvent disposer et aux résultats déjà obtenus. Enfin, je leur rappelle, surtout, qu'ils doivent rester constamment en relations entre eux pour se tenir mutuellement au courant de leurs projets.

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