‹ La pacification de MadagascarChapitre 52 sur 92 · INSTRUCTIONS DU 22 MAI · texte numérisé non relu

INSTRUCTIONS DU 22 MAI

A MM. LES ADMINISTRATEURS CIVILS ET MILITAIRES, CHEFS DE PROVINCE, AU SUJET DU PROGRAMME DE PACIFICATION A POUR- SUIVRE A MADAGASCAR.

Au moment de quitter la capitale de l'île pour me rendre sur les côtes, où je compte séjourner plusieurs mois, il me semble nécessaire de faire connaître à tous mes collaborateurs la situation politique actuelle à Madagascar, les résultats déjà obtenus, ceux qu'il reste à accomplir encore, ainsi que les moyens qui me semblent les plus propres pour terminer l'œuvre de pacification enti-eprise. Tous, nous travaillons à la même tâche. Il est donc juste que nous connaissions tous le but à atteindre, afin que chacun, dans l'étendue de ses attributions et de ses devoirs, puisse concentrer tous ses efforts vers l'objectif final que le gouvernement de la République s'est imposé à Madagascar.

Il est bien entendu, d'ailleurs, que les présentes instructions ne doivent en rien enrayer l'initiative de chacun. Rien n'est plus nuisible, en matière coloniale et surtout dans un pays aussi vaste que Madagascar, comprenant des régions si différentes d'aspect et de climat, des populations si diverses de mceurs et d'aptitudes, que des principes tout faits, des clichés tout préparés, qui, bons dans certaines circonstances, à certains moments et dans certains milieux, ne sont plus du tout applicables quand les circonstances, les moments et les milieux ne sont plus les mômes. Mais, si l'initiative de chacun doit rester entière en ce qui concerne les moyens de détail à employer, personne ne doit oublier qu'en l'absence d'instructions spéciales, en présence d'événements ou d'incidents toujours à prévoir dans ces régions inconnues, oii nous pénétrons

pour la première fois, on ne doit jamais perdre de vue le but général à atteindre, à savoir : la pacification entière de l'île, la soumission de ses habitants à notre autorité et, ensuite, leur participation à l'œuvre coloniale entreprise par la France à Madagascar. Ce but général doit être atteint par les méthodes que tous , administrateurs civils ou militaires , voUs avez déjà employées pour la pacification du plateau central, du nord et de l'est de l'île, et sur lesquelles je juge utile de revenir dans les présentes instructions. Si vous mettez aies appliquer la même intelligence et le même dévouement que vous avez déjià montrés depuis dix-huit mois, je ne doute pas que, malgré l'insuffisance des moyens mis à votre disposition, nous ne parvenions à accomplir la seconde partie de notre tâche aussi heureusement que la première.

Situation sur le plateau central, dans le nord et dans l'est de l'île.

L'année 1897 et les premiers mois de 1898 ont vu s'achever la pacification du plateau central de Madagascar.

La ruine des bandes, la soumission successive de tous les chefs rebelles ont couronné les efforts de tous nos commandants territoriaux.

Au nord de l'île, la destruction des repaires de Tsiafabazaha et de Boalana par le capitaine Toquenne, du camp de Masokoamena par le capitaine de Bouvié, ont été, avec la soumission de Rainitavy, puis, quelques mois après, de Rabozaka, les derniers épisodes d'une résistance opiniâtre qui dura près de, deux ans. La liaison entre les provinces de Diego, Vohémar, Analalava, Mandritsara, Majunga, le 4° territoire, l'Emyrne, le cercle d'Ambatondrazaka et la province de Tamatave est définitivement assurée. La tranquillité la plus parfaite règne actuellement dans ces immenses territoires.

Tout l'est de l'île, où la rébellion avait pénétré moins profondément que dans les autres régions de Madagascar, est en pleine voie de colonisation. Le pays betsiléo n'a vu troubler sa tranquillité que par quelques incidents de peu d'importance.

En somme, le plateau central, le nord et l'est de la grande île, c'est-à-dire la plus grande partie de notre nouvelle possession de l'océan Indien, sont aujourd'hui complètement pacifiés et les voyageurs isolés, les marchands, les colons, y trouvent une sécurité qui était même inconnue sous l'ancien gouvernement malgache. Le pays a été divisé en provinces, en respectant scrupuleusement le principe de l'autonomie des races. Chaque province a reçu une première organisation politique, financière, judiciaire, simple, mais répondant â ses besoins présents. On s'est occupé de suite de réparer les ruines de la dernière insurrection.

Les habitants commencent h comprendre peu à peu les sentiments de justice et de bienveillance qui nous animent à leur égard. Ils payent l'impôt facilement, ils construisent des routes et chemins. Ils envoient leurs enfants apprendre le français dans les écoles. Ue plus, l'œuvre de la colonisation a commencé et de nombreux colons out tléjà choisi une partie des lots de colonisation lovés par les soins des hrigades topographiques et des commandants territoriaux de nos cercles militaires.

Soi TROISIÈME PARTIE. — .CHAPITRE PREMIER.

Ces premiers résultats obtenus, et non sans de grandes difficultés, sans des pertes cruelles pour notre corps d'occupation, il s'agit de les maintenir. Tout serait compromis, si nos administrateurs civils ou militaires se relâchaient du système de surveillance établi dans leurs provinces. Les Malgaches, les Hovas surtout, sont crédules à l'excès. Ils sont prompts à suivre toutes les inspirations, bonnes ou mauvaises, qui peuvent leur être communiquées. Nous devons donc conserver constamment le contact avec nos nouveaux sujets, les administrer avec bienveillance mais fermeté, soutenir énergiquement les chefs qui nous servent d'intermédiaires avec les populations et respecter les moevirs de ces dernières. La tranquillité sera maintenue, notre action ne fera que se consolider et s'étendre, si nous nous conformons à ces principes. Je recommande notamment aux chefs de province de veiller à la garde de leurs frontières, anciennement exposées aux entreprises des Fahavalos, et, surtout, de rester en relations constantes et étroites avec les chefs des provinces voisines, 11 ne faut pas qu'une bande de pillards, repoussée d'une région, puisse trouver asile dans le pays voisin. De plus, nos administrateurs et ofticiers qui commandent dans certaines régions boisées et difficiles, ayant toujours servi de théâtre aux exploits des malfaiteurs de l'île, doivent exiger que leurs postes déploient une grande activité pour disperser immédiatement toute bande en formation. Tel est le cas pour la grande forêt qui borde la frontière orientale de l'Emyrne, pour la région de l'Ankaratra, pour le pays boisé et accidenté qui s'étend entre Anjozorobé et Ambatondrazaka, etc.

En résumé, que ces précautions soient prises, que rien ne soit changé encore au système de surveillance et de police établi dans les différentes provinces déjà pacifiées de la grande île, et les résultats déjà obtenus ne feront que se perfectionner et se développer, au grand avantage de la colonisation.

L'œuvre à achever se borne donc à la pénétration et à l'établissement de notre autorité : 1° dans le sud ; 2° dans l'ouest.

Les effectifs restreints dont dispose le commandement, les obstacles qu'il faut s'attendre à rencontrer au cours des opérations nécessaires pour atteindre ce doulde objectif, obligent à maintenir le statu quo sur un des théâtres d'opérations, le sud, quitte à y pousser activement de l'avant dès que la question de l'ouest sera réglée.

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