‹ La pacification de MadagascarChapitre 67 sur 92 · RAPPORT DU COMMANDANT LAMOLLE · texte numérisé non relu

RAPPORT DU COMMANDANT LAMOLLE

La rébellion du nord-ouest éclate d'abord dans le Sambirano, où le général en chef prend des mesures pour la localiser par Tenvoi de troupes dans cette région, sous les ordres du capitaine Laverdure.

Dans la suite, elle gagne le nord de la province d'Analalava, surtout l'Ânkaizinana qui participe entièrement au mouvement. De là, son but évident est de progresser vers le sud de cette province.

Cette nouvelle situation oblige le général en chef à envoyer de nouvelles troupes : 1° par mer, à Analalava, sous les ordres du commandant Mondon ; 2° par le sud, sous les ordres du commandant Lamolle.

Ces mesures ont pour but de mettre une solide barrière à toute nouvelle progression vers le sud, sur la ligne Antsohihy — Befandriana — Mandritsara et de combiner les efforts de toutes les troupes pour circonscrire la rébellion et Tanéantir par une marche en avant.

Les opérations militaires se font donc, au début, en trois gros groupes :

Au nord, le capitaine Laverdure ; A l'ouest, le commandant Mondon ; Au sud, le commandant Lamolle.

Ces groupes sont isolés les uns des autres et séparés par de grands espaces ; leur marche vers un objectif commun les rapprochera chaque jour et les amènera à une jonction générale qui permettra au général en chef d'assurer l'unité d'action en donnant le commandement à un seul chef.

INSURRECTION DU NORD-OUEST EN 1898. 42o

Ce rapport expose ci-après et séparc^'ment les opérations de chaque groupe, et enfin les mesures d'ensemble prises après l'organisation des provinces d'Analalava et de la Grande-Terre en un seul commandement militaire.

Opérations du groupe du Nord.

Mesures militaires. — Dès qui! eut connaissance du mouvement, le général en chef forma de suite à Majunga une compagnie de marche sénégalaise, sous le commandement du capitaine Laverdure et ordonna son prompt transport à la (Irande-Terre.

La partie de la province de Xossi-Bé située sur la (irandc-Tcrre était érigée en cercle annexe, dont le commandement était donné au capitaine Laverdure, qui avait ainsi tous les pouvoirs pour accomplir sa mission de rétablir l'ordre l't de localiser le mouvement.

Opérations dans le Sambirano. — Embarqué à Majunga le 2 novembre 1898, sur le Pourvoyeur, le détachement du capitaine Laverdure, composé de 3 officiers, 5 sous-officiers, 144 Sénégalais et 42 miliciens, débarquait à Ankify le 3 novembre. L'opération se terminait ta 4 heures du soir ; et à minuit, le commandant du groupe dirigeait une section (sous-lieutenant Scheer) sur Ambalavelona, pour relever les marins du Fubert, qui regagnent leur bord le lendemain dans la soirée.

M. Chauvot et le roi Tsiarasso avaient rejoint Ankify avec les maiins.

Le capitaine Laverdure reçut la visite de Tsiarasso qui lui fournit les porteurs qui lui étaient demandés, mais ne lui donna aucun renseignement.

C'est donc à tâtons que cet officier s'engagea le lendemain dans le pays. Tsiarasso et son jeune frère l'accompagnent dans sa marche sur Ambalavelona ; il trouve tous les villages abandonnés. A Ambalavelona, il y a encore de rares habitants et quelques Indiens qui gardent leurs magasins.

Malgré la situation défectueuse de ce point, le capitaine est obligé d'y laisser un poste et d'en faire le chef-lieu provisoire du cercle annexe.

11 cherche vainement à obtenir quel(|ues renseignements de prisonniers laissés <à ce poste par M. Chauvot. Il laisse un poste de 30 fusils sous les ordres du sergent-fourrier, et il continue sa battue vers l'intérieur du pays.

Le 8 novembre, le groupe arrivait àMarotoalana; le village est complètement abandonné, mais les cases sont intactes. Un amas de cendres et de bois calcinés marquent seuls remplacement du poste. Le mât de paxilion brisé est sur le sol.

Le pavillon est arboré; la colonne cantonne dans le village et, le lendemain, le poste est reconstitué sur l'emplacement de l'ancien avec 1 sergent européen, 30 tirailleurs et 10 miliciens.

Une reconnaissance de nuit est exécutée pour surprendre lui ilief rebelle, mais le mauvais vouloir des guides stérilise les mesures prises.

Le 10 novembre, on retrouve le S(|uelcttc carbonisé de l'interprète du garde Ettori, et le caj)itaine recueille quelcpies renseignements sur latlatiue du poste et la désertion de 8 miliciens dès h- commencenu'nt de l'atlaciiie.

Le 11, le capitaine se met à la recherche des traces du ganle Kttori. Tous

les villages traverst's sont abandonnés dans une fuite précipitée et, le 12, la reconnaissance rentre à Marotoalana.

Le J3, apprenant que Ambalavelona a été attaqué, le capitaine Laverdure décide d'y revenir, et, ne voulant pas laisser Marotoalana sous le commandement d'un sergent, il désigne M. le sous-lieutenant Sautel pour exercer ce commandement.

Le 1-i, retour à 8 heures au poste d' Ambalavelona.

Voici ce qui s'était produit :

Attaque du poste cfAmbalave'ona. — Dans la nuit du 7 au 8 novembre, le lieutenant (iautier, désigné pour remplir les fonctions d'adjoint au commandant du cercle annexe, arrivait à Ambalavelona, venant de Majunga. D'après le rapport de cet officier, vers 2 heures du matin, environ 200 rebelles, dont une trentaine armés de fusils et les autres de sagaies, attaquaient le poste qui était situé au milieu du village.

Après avoir incendié le village, les assaillants s'approchèrent à 50 mètres du poste en criant : « Vazaha, vazaha ». Le lieutenant repoussa l'attaque et poursuivit les fuyards qui abandonnèrent deux des leurs, dont l'un armé d'un fusil fut abattu d'un coup de revolver par le lieutenant. Les tirailleurs disent en avoir vu empoiter cinq autres.

Le lendemain 8 novembre, à 2 heures de l'après-midi, le poste fut attaqué de nouveau par 150 rebelles divisés en trois bandes, qui, après avoir tiraillé sans causer de dommages sur le poste, furent repoussés et poursuivis à environ une heure de marche du poste.

Les iS, 16 et 17 novembre, le capitaine Laverdure séjourne à Ambalavelona et se renseigne pour faire une reconnaissance vers Ampangassy.

Du 18 au 22 novembre, par des pluies torrentielles et des régions inondées, le pays est sillonné par des reconnaissances qui découvrent des campements fraîchement occupés et qui rencontrent des groupes de femmes et d'enfants.

Le 23 novembre, retour à Ambalavelona qui, pendant cette absence du capitaine, a été attaqué de nouveau le 20 novembre.

Deuxième attaque du poste d' Ambalavelona. — Vers 2 heures du matin, par une nuit très obscure, le poste, qui était en ce moment commandé par l'enseigne de vaisseau Galemard, est réveillé par les cris de la sentinelle et des rebelles. Une fusillade assez nourrie se produit sur une face de l'enceinte. La défense du poste y répond promptement et met les assaillants en fuite. L'obscurité ne permit pas de les poursuivre. Au jour, on ne retrouva sur le lieu de l'attaque, que des traces de passage et des culots de cartouches.

Le 22, à 2 heures du matin, une nouvelle attaque était ébauchée, mais, éventée à temps, elle ne s'accentua pas.

Du 24 au 27 novembre, le capitaine Laverdure reçoit un canon de 37 et 10 nudets et une pièce de 80 millimètres de montagne (lieutenant Bailly- Masson), et il se prépare à marcher, de concert avec le commandant Mondon, sur Bealanana, dont le poste a été enlevé parla rébellion qui a gagné toute la région de l'Ankaizinana.

Marche sur Bealanana. — Le 28, le capitaine laisse le commandement du

poste à l'enseigne de vaisseau Bouchard, du Faberl, qui a remplacé M. Calemard, et il se met en marche vers Bealanana. Son groupe comprend :

Le capitaine Lavorduro, commandant ; Le lieutenant Gautier, adjoint ; Le sous-lieutenant Scheer ;

Docteur Le Corre, médecin de 2^ classe des colonies ; Le prince Saïdina ; 83 tiraillciu's; 22 miliciens ;

Le lieutenant d'artillerie Bailly-Mas^on, 14 artilleurs, 1 pièce de 80 millimètres i\i' monta i;n(' et 10 mulets.

Le 29, le groupe arrive à Marotoalana,après avoir surmonté de grosses difficultés de marche pour r;iitillerie. Les habitants de ce village rentrent en nombre appiéciable. Félicités et rassurés par le capitaine, ils prennent rengagement traller chercher leurs amis pour les faire rentrer.

Le 30, on (juitto Marotoalana. Le capitaine giossit son groupe du sous-lieutenant Sautel et de 10 hommes de ce poste.

Les J""", 2 et 3 décembre, le groupe ne se heurte à aucun groupe rebelle ; il lutte avec énergie pour fiayer un passage à ses mulets, qui rencontient des difficidtés considérables. Il pleut et il fait fioid dans les montagnes très élevées que l'on traverse.

Dans la journée du 4 décembre, on arrive aux premiers avant-postes signalés par les émissaires ; ils sont évacués.

Des émissaires sont poussés sur Bealanana : ils ne s'avancent (lu'en hésitant.

Le lendemain, 5 décembre, le groupe arrive en vue de Bealanana, à 10 heures du matin ; on n'aperçoit que quchpies groupes au sommet du mamelon sur la pente duquel est construit le village. Ils s'agitent et semblent s'abriter derrièi'C des ouvrages en terre. Le groupe est arrêté. Un inuuense marais le sépare de Bealanana, aucune colonne n'est en vue et l'on ne reçoit aucune nouvelle du groupe Mondoii. Quelques coups de canon sont tirés sur le village; ils ne déterminent aucun mouvement apparent. Le groupe Ira vei-se avec difficulté le marais «[ui le sépare du village : la pièce est remise en batterie cà 800 mètres pour fouiller uni; dernière fois le village dont un peloton, fractionné en deu\, gravit les pentes d'accès. Quand il arrive dans le village, il le trouve complètement abandonné ; la moitié tles cases est incendiée ; tout dénote une fuite précipitée.

Du poste il ne reste rien, on y trouve des étuis de cartouches modèle 1874 et de fusils à piston ; des elfets de miliciens. A J,800 mètres au sud-ouest du village, on trouve un poteau au sommet du(|uel étaient attachés un casque d'Européen et une mallette en fer coiiteiiiiMt divers (d)jets ayant aiqtartenu au garde (iouraud.

Dans la journée du 6, le groupe séjouine à lU'alanana et le capitaine fait constiuire un petit poste au sonuuet du mamelon pour abriter 30 honunes ; les matériaux sont pris au village. Une garnison composée du sergent (lodefroy et

de 30 hommes est désignée pour roccuper et garder le pavillon jusqu'à, l'arrivée de la colonne du commandant Mondon.

Le 7 décembre, le sous-lieutenant Sautel regagne Marotoalana avec son détachement, et le reste du groupe se dirige vers la rive gauche du Maivarano pour joindre le commandant Mondon,

Les villages traversés sont abandonnés ; les patrouilles rapportent que les habitants viennent de fuir précipitamment. Leurs propriétés sont scrupuleusement respectées et tout est laissé intact. La traversée du Maivarano, qui est infesté de caïmans, nécessite la construction d'un radeau pour le passage du lendemain.

Le 9, le commandant du groupe reçoit un courrier du commandant Mondon ; il apprend ainsi que les deux groupes se sont croisés la veille sans s'apercevoir. Le groupe Mondon continue sur Bealanana pendant que le groupe Laverdure continue sa marche vers l'ouest.

Le 12 décembre, le commandant Mondon et le capitaine Laverdure se rencontrent; ils repartent ensemble, le lendemain 13, et arrivent à Befotaka dans la journée.

Dans cette rencontre, il est décidé que le groupe Laverdure rentrera à Âmbalavelona, en fouillant et en nettoyant les presqu'îles Radama et Lavalohalika et en occupant Anorontsangana, qui a été le point de concentration des rebelles qui ont troublé cette partie du pays, pillé les concessions des îles de nos compatriotes et attaqué le poste d'Andranosamonte.

Le groupe reste au repos à Befotaka, pendant que le capitaine se rend à Analalava par boutre et ensuite par le Gabès (i-encontré dans la baie de la Loza), pour y chercher des vivres et tous les renseignements pouvant se l'apporter aux opérations à entreprendre.

Le groupe Laverdure quitte Befotaka le 16 décem])re et bivouaque le même soir à Andranosamonte qui a été attaqué quelques jours auparavant par les rebelles et qui a été vivement défendu par le sergent Bonnardi, qui leur a infligé des peites sensibles.

Les journées des 17 et 18 sont employées à fouiller le nord de la presqu'île jusqu'à Bérangona.

Le 49, le Gabès, avec qui les mouvements sont combinés et qui tient la mer pour empêcher les bandes de se réfugier dans les îles, entre dans le port Radama où il embarque, le lendemain, le groupe pour le transporter dans la presqu'île Lavalohalika.

Le 20, le Gnbès visite l'emplacement du poste de douane de Bérangona, abandonné par les douaniers indigènes et brûlé par les rebelles.

Le groupe s'embarque dans la soirée et il arrive à Maromandia le lendemain. 11 continue sa marche le lendemain ; des reconnaissances sont envoyées les jours suivants à Ankaramy et dans la presqu'île.

Le groupe du capitaine Laverdure rentrait à Ankify le 31 dt'-cembre, après avoir marché sans trêve ni repos depuis le 1"='' novembre, ayant surmonté des difficultés de marche inouïes : les indigènes croyaient fermement que nos troupes seraient impuissantes à les poursuivre dans \m pays aussi mouvementé, pendant la. saison des pluies. Cette action vigoureuse a exercé un puissant eflet moral sur les indigènes qui, se sentant traqués par des troupes leur arii-

vant de toutes les directions, avec la même rapidité, se sont disloqués sans qu'il leur ait été possible de se regi-ouper dans la suite.

Aucune atteinte n'a été portée aux propriétés et tout a été mis en œuvre pour rassurer les populations et les faire leiitrei- dans leurs villages en reprenant leurs travaux et la vie normale.

Opérations du groupe de l'Ouest (commandant Mondon).

Situation générale. — Une partie des handes du Sambirano sétait dirigée \ers lAnkaiziiiiiiia, où le mouvement était déjà préparé, pour s'emparer du poste de Bealanana, assassiner le chef du poste, M. le garde Gouraud, et s'emparer, par la complicité des miliciens, des armes et des munitions de ce poste.

La bande se présentait à Bealanana le 31 octobre, à 7 heures du soir; l'entente s'étalilissait aussitôt avec les notables du pays et les miliciens du poste.

Vers 8 heures, M. Gouraud, surpris, entretint seul dans son logement contre ses agresseurs, une lutte désespérée, qui dura ime partie de la nuit. Les miliciens l'avaient abandonné, et vers le point du jour, son cuisinier, milicien, le tua d'un coup de feu tiré par derrière et à bout portant.

Les armes et les munitions du poste passaient, par ce fait, entièrement aux mains de la rébellion, et tout lAnkaizinana était la proie de la rébellion.

La population de cette région composée de races variées échappées d'un peu l)artout et réfraclaires à toute soumission, se mettait aussitôt en mouvfmcnt pour entraîner les habitants des secteurs de Mandritsara et de Befandriana dans la rébellion, en augmentant leurs moyens d'action par l'enlèvement îles postes de milice.

Réalisée, cette extension du mouvement serait devenue une grave complication ; il fallait donc agir sans perdre une minute pour l'empèchei-.

M. l'administrateur Guédès (1), informé de ces incidents, en rendait compte aussitôt. M. le commis de résidence Pétrel, de son côté, en informait le cercle d'Anibatondrazaka, (pii en rendait compte au (iénéral en chef.

M. (iuédès venait de réprimer (piebiues actes de désordre ipii s'étaient produits en septembre dans la légion d'Anlonibe, en en\oyant M. l'inspecteur Rome de ce côté.

M. Rome était aussitôt rap|)clé. poui- occuper Maroniaiidia et Bejofo, pour arrêter tout mouvcinciil veiiaiil du Saiiibiraiio et assurer une liaison avec Ik'alanana. Un peu a\aiit, il a\ait i in(i\é un renfort de 12 miliciens au post»; de Bealanana, mais ils arrivèrent trop taril et durent rebrousser chemin.

Le 6 novembre, M, Guéilès a|)|»ienait (ju'une bande de rebelles descendait du Sambirano vers .Vnkaramy.M. Home, en route pour Maromandia, se dirigea vers ce point. La bande hésita et se replia.

Les rebelles de l'ouest ne dissinudaient pas leurs intentions de marcber sur

(1) .\dnuni>lraleur de la province d'Aualalava.

.i30 TROISIEME PARTIE.

Analalava où ils savaient trouver des armes, des munitions et de Farg-ent en très grande quantité.

A ce moment, le (iém'ral en elief était renseigné et il envoyait à Analalava le commandant Mondon avec la 2» compagnie de marche sénégalaise (capitaine Briand) une pièce de 80 de montagne et un Hotchkiss de 37™" ; M. le médecin de l" classe des colonies Lasnet était adjoint à ce groupe.

En même temps il envoyait par le sud des renforts dont il sera parlé plus loin.

Le commandant Mondon était chargé de la direction provisoire de la province d'Analalava. Cet officier supérieur s'embarqua à Majunga le 16 novembre.

Aussitôt débarqué à Analalava, le commandant Mondon dut envoyer lecapitaine Briand avec 60 tirailleurs pour renforcer M. Rome vers le nord, pouiarrêter tout mouvement vers le sud par la région côtière et empêcher toute liaison de ce mouvement avec celui de l'Ankaizinana. En même temps, il préparait une marche sur Bealanana, de concert avec le capitaine Laverdure.

Par des marches rapides, le capitaine Briand parcourut la zone côtière sans pouvoir prendre contact avec l'ennemi, qui se dérobait devant lui.

Il laissa des garnisons sénégalaises à Maromandia et à Andranosamonte, et il rejoignit le commandant Mondon à Befotaka, pour marcher sur Bealanana.

Entre temps, le commandant Mondon envoyait M. Rome pour occuper Befandriana en attendant l'arrivée des troupes venant par terre du sud.

Le groupe du commandant Mondon rencontra de gi'osses difficultés pour reciiiter ses porteurs, mais il y réussit et se mit en marche, le 4 décembre, sur Bealanana par la rive gauche du Maivarano.

Le commandant Mondon arriva devant Bealanana le 9 décembre. Le poste était occupé par le détachement qu'y avait laissé le capitaine Laverdure. Les groupes Mondon et Laverdure s'étaient croisés sans se voir en route, dans les régions découpées et très accidentées qu'ils traversaient.

Après avoir fait relever le poste du capitaine Laverdure, le commandant Mondon y laissa le capitaine Briand avec un colon finançais, M. Mathieu, qui s'était gracieusement offert pour lui servir d'interprète. Le commandant Mondon donnait au capitaine Briand des instructions pour parcourir l'Ankaizinana et pour regrouper la population, et il repartait le lendemain avec une faible escorte pour rejoindre le capitaine Laverdure, afin d'utiliser les forces dont disposait cet officier dans sa marche de retour vers le Sambirano, pour battre la région côtière.

Ces opérations sont exposées plus haut dans le compte rendu des marches du groupe du capitaine Laverdure.

Les postes de Maromandia, d'Andranosamonte et de Befotaka (dépôt de vivres du groupe) n'ayant pas un effectif suffisant pour tenter des sorties à grande distance du poste, la rébellion de la région côtière en profita pour agir.

Partant de la région d'Anorontsangana, une expédition fut organisée par mer et elle alla piller et détruire de fond en comble les concessions et les troupeaux des concessions françaises de MM. Mathieu et Lesueur, aux îles de Berafia et de Nossy-Valiha.

Passant ensuite dans la presqu'île Radania, les rebelles viennent y piller la concession de M. Fonarmes.

Grossis par des gens de la prcs(iu'ile Radania, n'osant plus pousser sur Analalava qu'ils savaient défendu, ils projetèient d"aller attaquer le poste d'Andranosamonte qui les gênait pour aller enil)auclier les populations de la région de Bejefo.

Le 10 décembre, le sergent Bonardi, chef du poste d'Andranosanionte, ayant appris qu'une bande débarquait de la baie Radama, fit une reconnaissance dans la région signalée. 11 surprenait un campement qu'il mettait en déroute par des feux de salve auquels on ne répondit (jue par quelques coups de feu isolés. Il poursuivit la bande, mais craignant qu'elle n'eût profité de sa sortie pour se porter vers son poste, il y revint aussitôt et y parvenait à 2 heures du matin.

Tout semblait tranquille quand, à 4 h. 1/2 du matin, les sentinelles crièrent <( aux armes » ! Une centaine de rebelles étaient déjà au pied de la palissade du poste, qu'ils cherchaient à ébranler.

Une fusillade répondit à cette attaque, la bande se mit en retraite, mais pour revenir quelques minutes après à l'assaut. Cette fois, elle s'enfuit en désordre laissant cinq tués au i)ied des i>alissades et emi)ortant de nombreux blessés.

Opérations du groupe du Sud (commandant Lamolle).

Situation générale. — Le 14 novembre au matin, M. le commis de résidence Pétrel, chargé du Secteur de Mandritsara, faisait connaître les incidents de Bcalanana au commandant du cercle d'Ambatondrazaka, qui en rendait compte aussitôt au Général en chef.

Mandritsara était fortement menacé de la contagion de la rébellion ; il importait de renforcer au plus tôt la petite troupe de milice qui en formait la garnison.

Ordre était aussitôt donné par le commandant Lamollt; au lieutenant de Fraysseix, officier de renseignements du cercle, de se porter avec une force de 2 Européens et de 27 tirailleurs et miliciens, le plus rapidement possible sur ce point pour l'occuper et répandre au loin la nouvelle qu'il était suivi de près par des troupes en nomiire important.

Après une marche très rapide, cet officier arri\ait ù Mandritsara le 21 novembre.

Opérations militaires. — Il s'empressait d'organiser la défense de ce point tout en piciiaiit (riialiilcs et intelligentes mesures pour contrecarrer les tentatives d'emiiaucbage (pie la rébellion avait iléj;\ faites dans la région.

11 apprenait ([ue des groupes rebelles s'étaient montrés sur la haute Sofia et menaçaient de leurs incursions les riches villages de ce pays.

Pour compléter ses renseignements, il faisait pousser une reconnaissance de ce côté par le sergent Moreau, tpii atteignait le petit jtosle de milice d'Aiitsakabary, le(piel était maintenu comme poste d'obser\ation, tout en recevant la consigne de se replier devant l'iinasion.

Le sergent Morcau refoula quelques postes avancés et apprit qu'une bande de 200 fusils tenait TAnkaizinana et que le pays était eu pleine révolte.

La reconnaissance revenait à Mandritsara par la rive gauche de la Sofia, laissant un poste à Ambodivoara, i)oint de passage de la Sofia, sur la route de Mandritsara à Befandriana.

Pendant ce temps, le Général en chef donnait l'ordre au commandant LamoUe de se rendre à Mandritsara, pour établir un solide barrage entie Mandritsara et Befandriana, et pour se porter ensuite au-devant du mouvement de rébellion pour entraver sa progression et le refoider de manière à le circonscrire, en concei-tant ses mouvements avec les groupes du commandant Mondon, venant de l'ouest, et du capitaine Laverdure, venant du nord.

Deux compagnies malgaches et une pièce de 80 de montagne, venant d'Emyrne, étaient mises à sa disposition pour ces opérations :

11« compagnie du 1"='' régiment malgache : capitaine Léger, lieutenant Pujo, sous-lieutenant Rousseau ; 5^ compagnie du 2^ régiment malgache : capitaine Jourdan, lieutenant Huard, sous-lieutenant Dauriat ;

Pièce de 80 de montagne : lieutenant Peralo.

Le commandant partit le 27 novembre d'Ambatondi'azaka avec une escorte prélevée dans le i'^'^ détachement qui passa à Ambatondrazaka, prenant ainsi les devants pour régler la marche des troupes venant en arrière et pour préparer leur emploi dès leur arrivée à Mandritsara.

Il arriva à ce point le 2 décembre et, après une marche très rapide, la 11« compagnie et la pièce de montagne y ariivaient à leur tour les 4 décembre (sous-lieutenant Rousseau) ; 5 décembre (lieutenant Pujo) ; 7 décembre (capitaine Léger, et la pièce de montagne).

Pour exécuter les ordres l'eçus, le commandant envoyait, le 6 décembre au matin, le sous-lieutenant Rousseau ta Befandriana avec 50 tirailleurs auxquels fut adjoint im détachement devant renforcer au passage le poste d'Ambodivoara. Le sous-lieutenant Rousseau arrivait à Befandriana le 8 au soir, par un temps affreux. Il trouvait à ce poste, M. l'inspecteur Rome, qui y était arrivé le 28 novembre.

Le 6 décembre au matin, le sergent Moreau était envoyé à Antsakabary avec 13 tirailleurs pour renforcer ce poste d'observation et servir d'avant-garde au détachement du lieutenant Pujo qui suivrait son mouvement dès son aiTivée.

Le 7 au matin, les renseignements apprenaient que lôO rebelles avaient envahi les villages du nord du secteur de Mandritsara, et M, Rome apprenait de son côté que la rébellion s'avançait vers Befandriana.

Le lieutenant Pujo, dès son airivée, était dirigé sur Antsakabary avec 58 tirailleurs et 23 miliciens, suivant ainsi \e sergent Moreau à un jour de marche.

Près d'atteindre Antsakabary, le sergent Moreau, apprenant que les rebelles venaient d'enlever le poste de milice, faisait imc marche de nuit et arrivait devant le poste le 8 au matin.

II l'attaquait aussitôt, en délogeait les rebelles et leur infligeait des pertes qui les faisaient s'enfuir laissant sur le terrain c\m[ morts, dont un chef hova

important. Ix's roix'llos (T-taiciit au nombre de ISO, dont 80 armcîs de fusils.

Profitant d'une sortie du sergent indigène Bovoary, qui avait confié la garde de son poste à quelques partisans, ils s'en étaient emparés et, au moment où le sergent revenait en confiance, il était attaqué de ce point et il avait deux miliciens tués et un blessé. Ce gradé ne put que s'enfuir, laissant les rebelles maîtres du poste d'où le sergent Moreau les chassa dès son arrivée. Dans sa sortie, le sergent de milice avait eu un engagement dans lequel il tua 6 rebelles.

Le 10 décembre, le lieutenant Pujo arrivait à Antsakabary et il en repartait le lendemain pour Bealanana. Dans cette marche il balaya et dispei"sa la bande rebelle devant lui et il lui reprit 300 bœufs ([u'elle emmenait à sa suite.

Pendant que le détachement du lieutenant Pujo balayait la rive gauche de lii Sofia dans sa marche sur Bealanana, le commandant Lamolle, laissant le commandement de Mandritsara au capitaine Léger avec une garnison suffisante, se dirigeait sur Befandriana pour marcher de ce point vers Bealanana par la rive droite de ce cours d'eau, de concert avec le lieutenant Pujo.

Cette marche combinée avait pour but de refouler les bandes vers Bealanana et de les rejeter sur les groupes du commandant Mondon et du capitaine Laverdure.

Parti le 9 de Mandritsara, avec un détachement de tirailleurs et la pièce de montagne, le commandant arrivait à Befandriana le II.

A son arrivée, il apprit (jne pc-ndaiit la nuit du 9, une panique s'était produite dans ce village par crainte d'uiu; attai|U(' du poste et ([ue la population avait fui dans la brousse .

De sérieuses démarches d'embauchage avaient été faites et des gens du nord de Befandriana étaient déj.à entrés dans le mouvement.

Des bruits faisaient connaître que nos troupes occupaient Bealanana.

Le 12, le commandant, laissant le commandement du poste au lieutenant Péralo, de l'artillerie de marine, dont la i)ièce aurait trop retardé la marche dans ce pays très accidenté, partait pour Bealanana avec un détachement de tirailleurs malgaches isous-lieutenant Rousseau) i'( un détachement de 45 miliciens et |)artisans (inspecteur Home).

Bien des liommes étaient absents des villages traversés, l'embarras des chefs était visible et tout était mis en œuvre pour retarder la marche des troupes afin de prévenir en avant les groupes qui auraient pu être surpris.

Çà et là on rencontrait des campemenis, des traces récentes de passage de troupeaux et des débris d'animaux tués.

Le lieutenant lujo a découvert plus laid que des villages entiers de la rive gauche du Maiverano s'étaient enfuis de ce côli'-. Il a même dû les y envoyer chercher par des reconnaissances, iioiii- leur faire réintégrer leurs \illagcs.

Deux groupes d'habitants de l'Aiikai/inana furent dé<ouverts campés dans la brousse avec leurs tn)U|)eaux. Ils suivirent la colonne et revinrent dans leur village. On apprit dans la suite (pie ces habitants avaient pris part à l'atta(|ue (lAiitsakabaiy.

Le commandant ;u-riva à* Bealanana le 15 décembre après avoir laissé, dans les \illages récemment abandonnés, des invitations à les réoccuper au plus tôt sans auiiiiu' crainte.

Le capitaine Bnaiid était absent de Bealanana ; il exécutait l'ordre du commandant Mondon, de fouiller le canton de Mangindrano.

Le mouvement de soumission était commencé, parfaitement dirigé par le capitaine Briand, secondé par M. Mathieu; les premiers soumis étaient envoyés à la recherche des gens qui n'osaient pas encore rentrer.

Plusieurs fois dans la journée, on voyait des groupes d'aspect misérable se diriger vers le poste avec un petit drapeau français. Ils étaient ensuite renvoyés dans leurs villages.

La rébellion était disloquée, ses éléments dispersés, il fallait empêcher qu'ils ne se réunissent de nouveau.

Dans ce but, le commandant laissa en entier le détachement de M. Pujo à la disposition du capitaine Briand pour pouvoir parcourir le pays d'une manière incessante, hcàter les soumissions et amener le désarmement de la population.

Le sous-lieutenant Rousseau et son détachement étaient envoyés à Antsakabary pour établir une liaison sûre et solide entre ce poste et ceux de Bealanana, Mandritsara et Befandriana.

Le commandant, étant désigné par le générivl en chef pour prendre la direction des provinces d'Analalava et de la Grande-Terre, se mit ensuite en route pour Analalava où il arriva le 22 décembre.

Le commandement lui fut remis à la date du 23 décembre par le commandant Mftndon.

Les opérations du groupe du sud avaient eu pour résultats de maintenir les populations de Mandritsara et de Befandriana dans l'ordre, de refouler et de disperser les derniers groupes rebelles qui avaient fui l'Ankaizinana devant les troupes qui l'occupaient ; d'amener à Bealanana une augmentation d'effectif qui permettait de battre le pays par de nombreuses patrouilles et de rendre impossible toute reconstitution d'une bande. La troupe du lieutenant Pujo, qui avait opéré longtemps contre Rabozaka, était admirablement dressée pour ce rôle. Enfin, d'établir un réseau de postes vers le sud, qui rendrait impossible toute idée de reprise de désordres.

Les divers détachements venaient de parcourir très brillamment et très vite des distances de 4 à 600 kilomètres. L'artillerie avait toujours suivi la marche de l'infanterie, surmontant tous les obstacles.

La j h compagnie du i" malgache, parfaitement encadrée en officiers et sous-officiers, a été absolument remarquable.

Situation à la fin de décembre 1898.

La rébellion est disloquée et dispersée dans l'est. Dans la région côtière, elle manque de cohésion et elle se dérobe devant les battues du groupe du capitaine Laverdure.

Dans le Sambirano, d'oiî le capitaine Laverdure est absent depuis un mois, on ne signale aucun acte d'hostilité.

Un malaise général règne dans la population. C'est un état analogue à celui qui existait en Émyrne dès le commencement du rétablissement de l'ordre après l'insurrection.

Les moyoïis qui ont si ploinoinent réussi là-bas sont tout indiqués pour ètie appliqués ici.

A la (lato (lu 23 déccmbro, lo commandant du cercle organisait la province d'Analalava en six secteurs et il souuie'.tait cette mesuie à la haute approbation du Général en chef.

La bonne organisation administrative étiblie par le capitaine Toquennc ne subissait aucune modification ; le commandant du cercle n'avait qu'à réunir ces divisions en secteurs militaiies qui étaient aussitôt pourvus d'un chef jesponsable.

Lamollk.

i36 TROISIEME PARTIE.

La tâche qui avait été confiée au général Ciallieni au mois d'août 1896 était à peu de chose près terminée au commencement de 1899. Grâce aux efforts méthodiques du corps d'occupation, la g-rande île était pacifiée et livrée à la colonisation, à l'exception de quelques districts de l'ouest et du sud, peu étendus si on les compare à la superficie totale de Madagascar. Sauf ces districts, d'ailleurs circonscrits par des postes militaires, et dont, par suite, les habitants ne peuvent sortir pour aller piller les régions voisines, tout le reste de File est désormais soumis à une administration régulière et conforme aux besoins des diverses populations qui l'habitent. La pacification y peut être considérée comme définitive, à condition que l'on continue à y appliquer certains principes d'organisation, ceux-là mêmes grâce auxquels le calme n succédé à l'anarchie dans notre colonie de l'océan Indien.

11 n'est pas inutile de jeter un regard en arrière pour juger dans leur ensemble les résultats obtenus en deux ans et demi.

Quelle était la situation au mois de septembre 1896? L'insurrection était maîtresse de l'Émyriie ; les rebelles venaient brûler des villages jusque dans la banlieue de Tananarive. Cette ville ne communiquait avec la mer que par un mauvais sentier, sur lequel on ne pouvait se hasarder sans une forte escorte ; le ravitaillement des troupes et des Européens habitant Tananarive devenait de jour en jour plus difficile ; il n'y

avait pas un mois de vivres dans les magasins, et les prétentions des porteurs augmentaient sans cesse, en môme tenjps que leur recrutement devenait aléatoire.

Hors d'Émyrne, c'était lanarchie. Les Hovas travaillaient contre nous les peuplades acceptant leur suzeraineté : les unes, qui détestaient leurs vainqueurs, n'auraient pas demandé mieux que de prendre appui sur nous pour les chasser ; mais nous avions cru devoir faire respecter riiégémonie liova, et nous avions maintenu, par la force, les gouverneurs hovas chez les Betsimisarakas, Betsiléos, etc. Les autres peuplades cédaient aux sollicitations de leurs gouverneurs et se soulevaient contre nous.

Enfin, une grande partie de l'Ile n'avait jamais accepté la domination hova. Quelle serait, vis-à-vis de nous, l'attitude des indigènes insoumis? C'était l'inconnu. Mais nous ne pouvions pas tolérer les incursions des pillards de l'ouest et du sud, qui venaient périodiquement razzier les villages de l'Kmyrne et du Betsiléo.

En résumé, partout où l'hégémonie hova était reconnue, les indigènes avaient juré aux Français une guerre d'extermination; — ailleurs, c'était le désordre et l'anarchie.

Le premier but à atteindre, c'ét;iit la répression do l'insurrection liova , et, comme conséquence, la suppression de l'hégémonie hova et la mise en pratique de la »< politique de races ». Le remplacement des gouverneurs venus d'Emyrne par des chefs autochtones fut accueilli avec un véritable enthousiasme par les populations paisi])les de la cùte est et du Betsiléo.

Afin d'en finir le plus rapidement possil)le avec la rébellion, le général (lallieni concentra la j)resque totalité du corps d'occiq)atiou auloui- de Taiiaiiarive el sur la route d'étapes de Tamatave. 'i'out lut sacrifié à l'objectif pria-

cipal, qui était la conquête de l'Emyriie sur les rebelles, en môme temps que le rétablissement de communications sûres avec la côte est.

Dans ce but, FEinyme fut divisée en quatre cercles militaires rayonnant autour de Tananarive, et la partie de la route d'étapes comprise entre la forêt cVÉmyrne et la grande forêt dépendit du cercle militaire de Moramanga.

Tous les pouvoirs militaires, administratifs et politiques furent réunis dans les mains des commandants de cercle, dont la mission consistait à pacifier et à réorganiser le pays , en partant des environs de Tananarive et en poussant de l'avant méthodiquement, sans perdre le contact un seul instant avec les cercles voisins.

On a vu, dans la V^ partie, en tous détails, comment le terrain fut ainsi peu à peu reconquis sur la rébellion, et le pays réorganisé administrativement , dès que les résultats militaires le permettaient.

En même temps, le général se préoccupait d'améliorer la route de Tamatave et de perfectionner les procédés du ravitaillement : au bout de peu de mois, des réserves considérables en vivres et en munitions avaient été constituées en Emyrne.

On peut dire qu'au mois d'avril 1897 l'ordre était rétabli en Emyrne ; quelques chefs tenaient encore, il est vrai, la camj)agne, mais avec un petit nombre de fidèles. Ils se soumirent successivement, les uns après les autres, quand ils furent assurés d'avoir la vie sauve.

Le général Gallieni put donc quitter Tananarive à la fin d'avril pour aller entreprendre une tournée d'inspection sur les côtes, et prendre sur place les mesures propres au développement des provinces côtières.

Pendant cette première période, qui a duré du commencement d'octobre 1896 à la fin d'avril 1897, tous les moyens militaires étant concentrés au centre de l'île, les résidents de

la côte avaient été réduits à l'expectative. Ils installèrent leurs compagnies de milice dans quelques postes côtiers, et se contentèrent de recueillir des renseignements sur les peuplades de l'intérieur. On sait d'ailleurs, que sur la côte est, la tranquillité de Yhinterlaml était complète dès la fin de 189G.

Comme il importait de rétablir le plus tôt possible les communications de l'Emyrne avec le Boueni et Majunga, le général Gallieni donna des ordres, au commencement de 1897, pour que le mouvement de progression vers le nordouest, entrepris par le cercle de Babay, fût complété par un mouvement en sens inverse des milices de Majunga. Celles-ci furent appuyées par la 7" compagnie de tirailleurs haoussas, qui installa des postes sur la Betsiboka et la Mahajamba. En même temps, les milices de la côte nord-ouest, soutenues par la division navale, occupaient quelques points sur la côte en face et au sud de Nossi-Bé. La jonction entre la côte est et la côte nord-ouest était réalisée au mois de mars par la 5'' compagnie malgache.

Telle fut la première phase de la pénétration dans les territoires insoumis. Mais, à la côte nord-ouest, c'est encore à des agitateurs hovas que nous avions affaire plutôt qu'aux populations autochtones. Il n'en devait pas être de même dans l'ouest et dans le sud. A l'ouest, les Sakalaves ; au sud, les Baras et les Tanalas paraissaient d'un naturel indépendant ; il était indispensable de leur imposer notre autorité, tant pour mettre fin à leurs pillages que pour permettre l'accès de leurs territoires à nos commerçants et à nos colons.

L'occupation du pays sakalave était à la fois l'opération la plus urgente et la plus intéressante ; les Sakalaves du >h''nabé passaient pour les guerriers les plus braves de l'île; leur pays renfermait, disait-on, d'inq)ortantes richesses végétales et minérales ; on pensait que la Tsiribiliina était navigable jusqu'au Betsiriry ; enfin, il fallait mettre l'Emyrue à l'abri

des incursions périodiques des Sakalaves. C'est pourquoi, après avoir recueilli de nombreux renseignements sur le pays à occuper, la pénétrafion dans le Betsiriry et le Ménabé fut entreprise au mois de juillet 1897; deux bases d'opérations avaient été antérieurement installées à Ankavandra et Miandrivazo.

En même temps que les troupes progressaient de l'intérieur vers la côte, une compagnie du régiment colonial, installée à Maintirano et Morondava, s'avançait à la rencontre des compagnies venues d'Emyrne. Mais il faut bien observer c^ue le mouvement principal se fit de l'intérieur vers la côte, parce qu'il était beaucoup plus facile de se ravitailler en vivres, munitions et en porteurs par l'intérieur ; car on manquait de communications maritimes commodes et l'on n'était pas exactement fixé sur les conditions de navigabilité des rivières.

L'occupation du Betsiriry, du Ménabé et du Mahilaka se fît rapidement, beaucoup de soumissions furent recueillies ; malheureusement, la révolte du mois d'octobre 1897 compromit une partie des résultats accj[uis.

Pendant que nous occupions dans l'ouest plusieurs lignes de pénétration, nous ouvrions, dans le sud, les routes de Fort-Dauphin à Fianarantsoa, de Farafangana à Ivohibé, et de Tuléar à Fianarantsoa; le rocher d'Ikongo était brillamment enlevé au mois d'octobre. Comme dans l'ouest, des révoltes éclatèrent sur plusieurs points, dues à la duplicité et à la crédulité des indigènes.

Malgré ces révoltes, des résultats notables avaient été obtenus pendant la campagne de 1897 : tout ferment de révolte avait disparu de l'Emyrue ; les provinces du nord-ouest étaient entièrement pacifiées; dans l'ouest et dans le sud, un certain nombre de postes surveillaient le pays et pouvaient servir de base à de nouveaux mouvements de progression ; des

l'eiiseigiieiiients de toute nature avaient été recueillis pour être utilisés clans la campagne suivante.

Le plan de campagne pour 1898 consista à porter les efforts principaux vers l'ouest. Le commandant du 4*^ territoire eut pour mission de relier le cercle d'AnkazoLé avec le cercle de Maintirano, en pacifiant toute la zone intermédiaire, et d'occuper le Milanja et rAnibongo. Quant au conmiandant du 2*' territoire, il devait, en coml)inant Faction du cercle de Morondava avec celle des cercles du Betsiriry et de Betafo, soumettre le Ménabé, et jalonner de postes solides les cours de la Tsiribihina et du Manambolo.

On a vu que ce programme n'avait pu qu'être partiellement rempli, en ce qui concerne du moins le 2" territoire. JNéanmoins, si les Sakalaves du ^lénabé refusèrent de se soumettre en masse, ils ne purent nous empêcher d'occuper fortement la Tsiribihina ; en outre, les postes de la côte empêchent désormais les Indiens de se livrer, comme autrefois, à la contrebande de guerre, de sorte que, peu à peu, les Sakalaves arriveront à manquer de poudre et seront, par suite, réduits à l'impuissance.

Dans le sud, les effectifs étant réduits au strict nécessaiie, les commandants de cercle durent se contenter de consolider les résultats acquis l'année précédente, tout en augmentant, pourtant, la sécurité des communications sur les chemins <[ui conduisent de l'intérieur aux principaux ports (Fort- Dauphin, Tuléar, Farafangana). Il en résulta, dans le cercle des Baras, des opérations d'une certaine inq)oi'tance, surtout pour dégager le chemin d'Ivohibé à Farafangana.

Le commandant du cercle du Tuléar obtint la soumission de Tomponuuiana, et pacilia les vallées du Mangoka et de rOnilahy; mais il ne put qu'investir le massif du Vohingliezo où de nond)reux rebelles étaient réfngiés ; il ne disposait [)as d'assez de monde pour tenter une action de vive force.

Des incidents assez graves se produisirent, vers la tin de cette année, dans le nord-ouest. Les indigènes, profitant de la lâcheté des miliciens, massacrèrent deux gardes de milice, un commis de résidence et quelques colons. Aussitôt, des renforts furent envoyés de Majunga et d'Ambatondrazaka ; le pays fut replacé sous le régime militaire ; en moins de deux mois, le calme était revenu, et tous les rebelles avaient fait leur soumission.

Quelles qu'eussent été les causes de ce soulèvement local, il prouvait que, même dans une province paraissant l)ien pacifiée, les administrateurs ne doivent pas se départir d'une surveillance rigoureuse de tous les instants, surveillance basée sur un service de renseignements bien organisé.

En résumé, au commencement de 1899, le centre de l'ilc, les régions du nord et du sud, étaient parfaitement pacifiés et soumis à une administration régulière. Dans l'ouest, bien qu'un réseau de postes assez serré surveillât le pays, les gens du Ménabé refusaient toujours de se soumettre. Dans le sud, quelques points noirs subsistaient encore : au Vohinghezo, dans la forêt qui forme la frontière entre le cercle des Baras et la province de Farafangana, dans la région de l'Ivondro (vallée de rionaivo et de l'Itomampy) ; enfin dans le pays des Mahafaly. La superficie des régions insoumises est très petite par rapport à la superficie de l'île, et elles sont circonscrites par des postes qui les surveillent et garantissent la sécurité des régions soumises qui les entourent.

On a pu se rendre compte que la méthode employée pour la pacification des différentes parties de File a toujours été identique, et a consisté à aller du connu à l'inconnu, et à s'appuyer sur la conquête de la veille pour préparer la conquête du lendemain.

De même que les instructions adressées aux commandants de cercle leur recommandaient de progresser pas à pas, méthodiquement, sans à-coups, et de sanctionner tout bond

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en avant par la création d'un ou de plusieurs postes ; de même, pour la pénétration dans les régions insoumises de l'ouest et du sud, on a progressé en partant simultanément d'une part de FEmyrue et du Betsiléo, régions pacifiées et bien en main ; d'autre part, de la mer.

On a ainsi jalonné de postes un certain nombre de lignes de pénétration ; puis on a réuni entre elles ces lignes de pénétration par des transversales. C'est, en un mot, la méthode de la tache (T huile (voir les Instructions du 22 mai 1898, page 332). Il est clair que c'est celle qui donne le rendement maximum : elle n'amène pas de faux mouvements, — donne tout loisir de préparer, à chaque temps d'arrêt, le nouveau bond en avant, — facilite grandement le ravitaillement, puisque chaque poste devient une base d'alimentation, — enfin, permet de faire marcher de front la pacification et la réorganisation administrative.

Situation administrative au 1" mars 1899 li.

a) Provinces civiles.

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