OBSERVATIONS GENERALES
Le principe de la masse de ravitaillement est basé sur la possibilité de mieux utiliser les sommes dépensées par l'État pour l'alimentation des troupes, en «lonnant aux rationnaires la valeur représentative de la ration en argent, au lieu de leur délivrer les denrées en nature.
Son Imt principal est d'améliorer le ])ien-étre, et en particulier le régime alimentaire des troupes, sans augmenter les charges du Trésor public.
L'une de ses conséquences immédiates doit être d'aider au développement agricole et commercial de la colonie, en facilitant l'écoulement des produits locaux et en utilisant les ressources spéciales à chaque localité et i\ chaque région.
En examinant en détail les conditions dans lesfjuelles peut et doit ètic appliqué le système de la masse de ravitaillement et en nous basant sur les
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(lonn»'CS des pxpc'rienccs dt^jà faites (1), nous allons montrer qu'il on peut résulter encore une série d'autres avantages, mais aussi des inconvénients qui seraient de nature à faire abandonner ce régime, si l'on ne prévoyait d'avanec les moyens d'y remédiei-.
Causes qui ont motivé la création de la masse de ravitaillement. —
But de la masse. — Par une cin-ulaire du 8 ocldluc 1897, \f .Mini-ttv des colonies in\itait les adininistrafeuis de nos diverses possessions d'outre-mer à faire une étude complète de tout ce qui a tiait à l'alimentation des troupes européennes et indigènes, et, par une lettre du .'î avril 1898, le département, se référant à la précédente circulaire, a demandé au Gouverneur général de Madagascai- de lui faire connaître s'il serait, oui ou non, avantageux de substituer à la fouiniture en nature de certaines denrées composant la ration, une indemnité représentative <le la valeur de ces mêmes denrées.
F.e Ministre, en posant une semblable question, approuvait implicitement les mesures déjà prises depuis plusieurs mois par l'autorité militaire à Madagascar, en vue de suppléer en partie, par des allocations en tleniers, à l'insuffisance des moyens de lavitaillement, insuffisance née du défaut (h; voies de communication et des difficultés de transport dans les immenses régions oij sont disséminées les troupes du corps d'occupation.
Ces dispositions, qui consistaient à faire payer à un certain nombre <le rationnaires une indenuiité représentative de la valeur de la ration ou de certaines déniées seulement et ([ui leur donnaient ainsi la facilité de se pourvoir des vivres nécessaires soit dans les magasins administratifs, soit ailleurs, étaient déj;\ un acheminement vers le principe de la masse de ravitaillement.
Il est arrivé maintes fois, et il arrive encore tous les jours, que certaines «lenrées (telles par exemple que la julienne ou les haricots"', (]ui font partie de la ration journalièie et qui ne se tiouvent pas toujours en quantité suffisante dans les magasins adminisliatifs ou dans les gérances d'annexé, sont remplacées par une allocation é(|uivalente, en argent, au moyen de laquelle les rationnaires peuvent se procurer des légumes frais, des fruits ou autres aliments légers.
L'État fournit par ce moyen une nourriture préférable à tous égards, et économise des frais de transport et des pertes en cours de route. De même, certains militaiics se trouvant dans des postes isolés et occupant des emplois qui les tiennent éloignés d'un centre officiel d'approvisionnement (tels, les télégraphistes des postes optiques et un grand nombre d'autres employés ne ^ivant pas à la caserne), sont dans l'impossibilité de se déplacer journellement pouiallei- percevoir à de grandes distances leur ration réglementaire : à ceux-là, l'indenniité représenlali\e petniel ainsi de se iu)urrir par des moyens à leur portée et à leur convenaiici', tout en épargnant à l'Ktat des frais et des pertes importantes.
(1) L'élude alteiUive des (lisposilious lonlciiues dans l'anèlé n° 1779 du li mai 1898 et dans l'Instmclioiiconsoiutive. farililcra la ioclure de certaines observations développées dans le présent rapport. (Voir aux Annexes )
C'est on gt'iK'i'alisant ce procédé et on l'étendant à l'cnsenible des troupes stationnées dans une même région, que l'on est arrivé à concevoir dans son sens le plus absolu et le plus strict le principe d'une masse de ravitaillement.
Cependant, je m'empresse d'ajouter que le fait de donner de l'argent en remplacement de vivres à des personnalités isolées ne correspond en aucune façon il l'idée que l'on doit se faire d'une « masse de ravitaillement »,
L'expression (c masse » implique l'idée de pluralité de ressources et de collectivité d'individus, et ce n'est pas en payant séparément à chaque homme (le troupe luie allocation journalière dont il aura la libre disposition que l'on constituera une « masse » propre, non seulement à pourvoir à la subsistance de chacun de ces hommes, mais capable aussi de satisfaire à des besoins généraux et impersonnels. Il en est des masses dans les corps de troupe comme des svndicats dans les corporations civiles : l'apport fourni directement par chacun des éléments du groupe ou de l'association doit servir aux intérêts particuliers dos individus en même temps qu'aux intérêts généraux de la communauté.
Or, dans la question assez complexe de l'entretien des troupes coloniales, il faut compter au premier l'ang des intérêts généraux à protéger, ceux de l'Etat, dont on doit chercher à alléger les charges, et ceux de la colonie, à la prospérité de laquelle doivent contribuer dans toute la mesure du possible les troupes (|ui y sont stationnées.
C'est précisément là le but que l'on se propose d'atteindre par la création de la masse de ravitaillement.
Voyons par quels procédés et à quelles conditions on peut y arriver.
Application. — Et d'abord, où et quand peut être appliqué le régime de la masse de ravitaillement ?
1° Dans les contrées oij le commerce et l'agriculture sont en mesure de fournir en totalité ou partiellement les ressources nécessaires à l'alimentation des troupes ;
2° Dans les provinces, territoires et cercles où sont installées, établies et casernées des garnisons stables.
Il n'est pas douteux que, dans les régions arides et désertes où la production locale est nulle ou à peine suffisante pour la population indigène, il sera sans intérêt de faire ravitailler les troupes par une autre voie que la voie administrative normale.
Il est également hors de doute que les troupes en opérations de guerre, en colonne, ou sujettes à des déplacements fréquents à de longues distances ne pourront pas subvenir régulièrement et économiquement h. leurs propres besoins, et qu'il est toujours prudent en pareil cas de réduire au minimum les préoccupations et les impedimenta résultant inévitablement de la conservation et de la garde de magasins et du transport des vivres.
Donc, la première condition à rechercher pour tirer parti de la masse de ravitaillement est de pouvoir « vivre sur le pays )> ; la seconde est la « stabilité », qui peut seule peimettre aux troupes de créer et d'entretenir autour d'elles des installations telles que jardins, rizières, basses-cours, porcheries, étables.
Ces deux conditions se trouveront d'ailleurs toujours ou presque toujours
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réunies dans tous les contres importants où la population a quelque densité, et aussi dans l'intérieur des proTinces complètement pacifiées.
II suffit, en général, que la population indigène soit assurée d'une tranquillité absolue pour qu'elle s'adonne au\ travaux de culture qui doivent tout d'abord lui procurer ses moyens d'existence ; ensuite la présence dans le pays de troupes convenablement pliées aux règles de la discipline et du travail méthodique, fournira h l'habitant un salutaire exemple, un appui moral et une source d'émulation, qui seront autant de causes de développement de k j)roduction locale. D'autre part, les petits commerçants, les boutiquiers, les colporteurs se trouveront naturellement attirés vers les contrées encore inexploitées dans lesquelles la troupe constituera une clientèle assurée ; et l'argent ainsi répandu par les hommes de la garnison procurera dans l'ensemble de la population une aisance relative, et pourra par là même donner naissance à des transactions commerciales de plus en plus importantes.
Cet argent sera principalement celui de la masse de ravitaillement.
Comment est alimentée la masse de ravitaillement. — Parmi les ol)ligations de IKtal envers l'ai-iuée, l'une des plus coûteuses aux colonies est celle de fournir aux hommes une alimentation saine, réconfortante et piopre à réparer les effets débilitants des fatigues et du climat des colonies.
I.e soin de pourvoir à cette nécessité incombe en majeure partie à l'administration militaire qui a pour mission à cet effet de prévoir, d'acheter, de recevoir et d'entretenir les approvisionnements voulus ; c'est h elle aussi qu'il appartient de mettre chaque ayant droit en possession de tout ce qui doit lui revenir, c'est en un mot sur elle (|ue repose la lourde charge du ravitaillement des troupes, opération d'autant plus ingrate et compliquée dans les colonies en général, et ù Madagascar en particulier, qu'elle doit s'effectuer la plupart du temps avec des moyens sommaires, improvisés, toujours insuffisants et extrêmement variables suivant les régions et les circonstances.
Donc, toutes les fois que cette charge pourra être allégée par la réunion des deux conditions indicjuées ci-dessus comme étant favorables au régime de la masse de ravitaillement, il y aura un grand intérêt à sulistiluer ce régime à celui du ravitaillement par les magasins administratifs : intérêt pour les rationnaires qui trouveront dans le nouveau régime une alimentation plus agréable, plus variée et plus abondante ; intérêt pour l'iiabilant et le colon (|ui trouveront le placement inunédiat dune partie de leurs proiluils ; intérêt pour l'État (jui verra s'amoindrir les riscjues de pertes, les frais de transport et de manutention. Ainsi s'aplaniront également les difficultés et les obstacles parfois insurmontables (|ui s'opposent souvent h la tenue d'une comptabilité rigoureusement exacte des dépenses, et à l'exercice pennanent d'un contrôle efficace.
Cette dernière coiisidi'iation est une de (•(•!!(■> qui miiili'iit le |ilus en faveur (le l'adoption du système de la masse de ravitaillement. La comptabilité et le contrôle sont en effet infiniment plus aisés pour le* allocations en deniers que pour les allocations en nature, surtout à l'égard des troupes coloniales, car la perceiition desdites allocations en tieniers ne donne (|ue très rarement lieu à des troi» ou moins-perçus, à des n régularités ou à des négligences (|ue. par
contre, ilans les perceptions en natuie, on constate trop souvent sans réussir à les éviter, ni même quelquefois à les redresser.
La prime journalière de la masse de ravitaillement est payée exactement comme la solde même, au\ conseils d'administration ou aux commandants d'unité s'administrant isolément.
Elle est perçue pour toutes les journées donnant droit aux vivres en nature, mais au lieu d'être remise directement ît chaque rationnaire, elle est versée en bloc entre les mains des capitaines de compagnies qui en font l'emploi le plus conforme aux besoins et au bien-être de leurs hommes.
Par une disposition éminemment équitable, cette prime journalière est calculée en principe, non pas d'après la valeur intrinsèque des denrées, mais bien d'après la somme que l'État serait obligé de débourser pour fournir des rations en nature, c'est-à-dire que l'allocation accordée comprend en outre du prix des denrées, le montant des frais de transport et des frais généraux que l'Etat aurait à supporter s'il avait à faire les distributions réglementaires de vivres. Par conséquent, en calculant exactement le prix de revient à l'administration, des rations qu'elle aurait à distribuer, on a la certitude que le régime de la masse de ravitaillement n'impose aucun surcroît de dépenses.
Avantages. — La combinaison qui aurait seulement pour résultat de procurer sans augmentation de dépenses un plus grand bien-être aux troupiers en les faisant « vivre sur le pays », serait déjà avantageuse, mais il est possible dans cei-tains cas d'obtenir encore mieux, en faisant réaliser à l'État des économies.
C'est ce qui ariivera toutes les fois que les parties prenantes parviendront à se procurer un régime équivalent, sinon meilleur, à celui de la ration administrative, sans dépenser la totalité de l'allocation accordée.
Le boni, qui résultera presque infailliblement d'une bonne gestion de la masse, profitera en grande paitie à l'État, puisqu'une part de ce boni faisant retour au Trésor, viendra atténuer les dépenses supportées par le budget des vivres, et une auti-c part, destinée à constituer ce qui a été appelé le « Fonds commun », servira à soulager l'État de certaines charges imposées par les intérêts généraux et impersonnels dont il a été parlé plus haut, l'ne troisième part de ce boni est encore versée à l'ordinaire des compagnies, qui se trouve par cela même sensiblement amélioré.
En résumé, avec la masse de ravitaillement, les rationnaires ne peuvent être en aucun cas tiaités moins bien qu'avec le système des distributions en nature faites par les magasins administratifs, car il leur est toujours loisible, avec l'argent (ju'ils touchent, de i-ecourir quand ils le désirent à ces distributions qui représentent le minimum de ce qui est nécessaire à levu- subsistance. Ils peuvent, au contraire, avoir un régime de Iteaucoup supérieur, en achetant sur place à meilleur mairhé certaines denrées plus fraîches et plus variées et obtenir une meilleure alimentation en ajoutant aux ressoui'ces normales de l'ordinaire une partie des économies réalisées sur- l'achat d(>s vivi-es de la ration.
D'autre part, avec la masse de ravitaillement, l'État ne peut jamais dépenser plus qu'il ne dépenserait s'il continuait à faire faire les distributions journa-
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liiTOS (le \ivrcs pai' les inagïisins arlniinistralifs. Il peut, au contraii'f, n'aliser (le sôriouses ('■ronomics en lu'n(''(iriant d'une part du boni et en laissant à la rharge de la masse (fonds ronimun), une grande partie des frais gént'-raux (manutention, surveillance, déchets, transports), etc. Il retire surtout un gros avantage de la suppression des pertes par r;is de force majeuie. — Ces pertes sont en effet supportées par la niasse de ravitaillement et ne viennent plus, ainsi que cela se passe trop souvent sous le régime primitif, accroître dans une proportion souvent élevée, toujours imprévue, les dépenses incomltant au budget des subsistances. I.es détenteurs de vivres, les gérants de magasins, les chefs de convois ne sont plus admis à faire mettre au compte de l'Etat les conséquences d'accidents involontaires ou de négligences dissimulées sous la lubrique gi'ni'ralc : Perle par cas de force majeure.
Sur une dotation budgétaire de plus <le tleuv millions, absorbée par le service des su])sistances militaires à Madagascar, l'Rtat pourrait réaliser de ce fait même une économie de plus de deux cent mille francs par an, si le régime (le la masse de lavitaillement était luiiformément appliqué à toutes les troupes du corps d'occupation.
11 est utile d'ajouter à ce qiii piécède quchpies explications sur les commodités que présente l'intervention du " fonds commun » dans le fonctionnement de la masse de ravitaillement. Ce fonds commun est, comme nous l'avons dit, alimenté par une paît (im tiers) du boni réalisé par les compagnies et les détachements stationnés dans un même cercle et vivant sous le régime de la masse de ravitaillement; il constitue entre les mains du commandant du cercle une sorte <le caisse d'épargne dans laquelle viennent s'accumuler toutes les économies non employées directement et immédiatement, soit an profit des hommes pour l'amélioration de l'ordinaire, soit au profit de l'Ktat, pour réduire à sa plus faible expression le montant des déj)enses du budget des vivres. Cette caisse de réserve est chargée : 1° de fouinir des secours aux unités dont les masses se trouvent en débet ; 2° de participer aux dépenses pour pertes et détéiiorafions de force majeure, (|u'il serait injuste de laisseï' supporter par une seule unité ou par un seul détachement ; 3° de subvenir aux dépenses exceptionnelles (|ue le commandant croit en certains cas devoir ordonner dans l'inféièt de la santé et de l'hygiène des hommes; 4° de payer les allocations poui- frais de iurreaux air\ géi-ants d'annexé et allocations diver-ses au personnel chargé de la nranutention des vivres et de la fabrication du pairr.
Ces divers subsides, qui répondent à des besoins généraux acciderrtels, sont de cette façon couverts par- l'épargne réalisée sur la nourriture des bonunes sans poirrtanl rniiic à la bonne (|iialilé et à rabondance de celle norrrritui'e, et sarrs nc.Msionncr le riioindic suirioil de dépenses arr budg.'l de l'Klal.
Inconvénients et moyens d'y remédier. — i.'éiurrrrération de tous ces
avantages ne dnit pas l'aii-e perdre de vire les incorivénienls, les dangers même (\no peut présenter- l'application irio|tpi)rlirne du régime de la masse de i-avifaillemerjt ou l'inoiiservation des prirrcipes fonilamentaux de ce sysièirre.
l,e premier- de ces inconvénierris est celui que signale le Minislr-e lui-même darrs sa dépêche préiitée du 5 avril 1S!)8. I^risqirune grarrde partie des derrrées doit êti-e achetée sur' place, n'isl-il pas à craindre que ■ le c(irirmei-i-.' local.
après avoir liaissé ses prix pendant un certain temps pour s'assurer la clientèle des troupes, ne les relève dans la suite à un taux exagéré, lorsqu'il se sentira maître de la situation?... Les économies premières ainsi réalisées ne mènerontelles pas, à brève échéance, à un relèvement de dépenses considérable? »
Autre danger. N'est-il pas à craindre que, par suite d'accidents, de cataclysmes, la production locale sur laquelle on aura compté pour alimenter les troupes ne devienne subitement nulle ou insuffisante, ou bien que par suite d'imprévoyance ou d'entente de la part des commerçants de la contrée, les i-ationnaires militaires ne soient exposés à souffrir d'une disette ou d'une pénurie de \ivres ? Ou bien encore, les commandants territoriaux, commandants de compagnie, de secteur ou de poste ne seront-ils pas amenés à leur insu à laisser consommer à leurs hommes des denrées ou des liquides dont Tinnocuité n'aura pas été préalal)lement établie?
Voilures Lcichv
Il ne faut pas se dissimuler que, dans les petites villes de proYince éloignées des principaux centres de population, la plupart des marchands n'ont en général que des boutiques mal achalandées, que leurs marchandises sont souvent de qualité inférieure, et qu'en outre leur moralité de vendeurs est sujette à caution. Mais, ainsi que l'ai expliqué plus haut, la présence dans une petite \ille d'une garnison si minime qu'elle soit, ne manquera pas de faire naître la concurrence entre des commerçants plus recommandables qui, attirés par l'appât d'un gain honnête, et stimulés par la certitude d'un profit assuré, auront le plus grand intérêt à mériter et à conserver la qualité de fournisseurs de la troupe.
Et même si cette hypothèse ne se réalise pas, l'autorité militaire ne se trouvera nullement désarmée contre les accidents ou les abus quels qu'ils soient, si dans chaque région on a la précaution, ainsi que le prescrit la réglementation actuelle, d'entretenir des magasins administratifs dans lesquels pourront venir puiser dans les circonstances indiquées ci-dessus, les divers détachements et postes, des cercles environnants. Ces magasins convenablement approvisionnés,
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rempliront l'office de rt^gulateurs des marchés r(5gionaux, en ce sens que les prix dos denrées délivrées par ces magasins représentent un maximum que ne peuvent pas dépasser les acheteurs militaires sans obérer la situation de la masse de ravitaillement. Ces magasins contiennent des stocks de prévoyance ou de réserve : c'est à leur existence qu'est subordonnée la prospérité de la masse, c'est de leur bon entretien que peuvent dépendre le succès et la sécurité de certaines opérations militaires, ainsi que le maintien d'un état sanitaire satisfaisant dans les troupes des diverses garnisons.
Et, à ce sujet, il convient d'insister d'une façon toute particulière sur l'intérêt qu'il y a à ne pas laisser consommer par les hommes des vivres, et principalement des liquides, dont la qualité n'a pas été reconnue irréprochable.
Il est arrivé à plusieurs reprises, que des militaires vivant hors de leur compagnie ou du détachement auquel ils comptaient ont été mis directement en possession de l'indemnité représentative de la ration, et ont été laissés libres de vivre seuls, à leurs frais et <i leur guise. Si ces hommes sont subitement tombés malades, il a fallu l'attribuer neuf fois sur dix à ce que, par esprit d'économie ou bien par inertie ou entraînement, ils ont négligé d'apporter à leur régime alimentaire tout le soin qui eût dû être pris en vue de ménager leurs forces et leur santé. 11 faut donc que les commandants de compagnie, et au-dessus d'eux les commandants de cercle, veillent personnellement à ce que les allocations de la masse de ravitaillement soient judicieusement et prudemment employées aussi bien dans l'intérêt des hommes que pour la bonne gestion de la masse qu'ils sont chargés d'administrer. A cet égard, ils ne devront jamais perdre de yue que la qualité des approvisionnements contenus dans les magasins administratifs présente certaines garanties qu'ils ne sont pas toujours sûrs de trouver dans le commerce.
On ne saurait trop appeler l'attention des autorités militaires territoriales sur l'importance qui s'attache à l'entretien des magasins administratifs dont les avantages et la nécessité viennent d'être démontrés, mais qui doivent être, pour bien remplir leur rôle, l'objet de soins vigilants et d'une sollicitude toute particulière.
Ce ne sont pas seulement les magasins de postes, de secteurs et de cercles qu'il faut considérer comme des organes indispensables à la bonne organisation du ravitaillement régional, mais aussi les magasins établis dans les i>rincipau\ centres et dépendant directement des services administratifs. Ce sont surtout ces derniers qui, dans les circonstances critiques, sont appelés à alimenter les magasins secondaires ; et, comme l'importance des approvisionnements qu'ils doivent contenir peut être soumise à des fluctuations essentiellement variables, tant au point de vue des quantités que de la qualité et de la valeur commerciivle des denrées, il importe au plus haut degré que le service administratif soit par tous les moyens possibles éclairé sur les événements do toute sorte qui peuvent faire modifier la nature des achats et des mouvements à ell'ectuer.
Il faut par-dessus tout (ju'aucun obstacle ne soit apporté ;\ l'écoulement et au renouvellement périoilique des approvisionnements de réserve conservés dans ces magasins ctînlraux.
Enlin un dernier éciieil i\ éviter est la tendance que peuvent avoii- certains
coni mandant s de cercle et de compagnie à employer, sans nécessité bien reconnue, toutes les ressources de la masse de ravitaillement.
Pour grossir leur avoir en magasin ou bien pour tenter des spéculations (ju'ils jugent fructueuses et même pour donner à leur gestion des apparences de prospérité factice, ils font de gros achats à la fois, et épuisent de suite toutes leurs ressources disponibles ; outre que cette manière de faire a pour résultat de frustrer l'État de la part du boni qui doit lui revenir, elle peut avoir comme conséquence plus grave d'engager l'avenir, de constituer sans raison des ai>provisionnements exagérés et de les exposer à des pertes ; puis si des événements rendent tout à coup nécessaire la diminution, la dispersion ou la suppression de la garnison, on se trouvera avoir dépensé ou plutôt gaspillé des sommes importantes qui, conservées en numéraire, auraient pu être mieux utilisées.
Les autorités militaires peuvent d'autant mieux se dispenser de passer des marchés à long terme et d'accumuler de fortes quantités de vivres, que le i-èglement a pris soin de fixer Timportance des approvisionnements a entretenir dans chaque gérance d'annexé, ainsi que dans les magasins de postes, de secteurs ou de cercles.
En dépassant les limites imposées et en ne veillant pas à ce que les vivres de réserve soient rapidement consommés et fréquemment renouvelés, on s'exposera à de graves mécomptes.
Rôle des services administratifs. — L'une des conséquences de ce nouveau mode de l'avitaillement sera de modifier profondément le rôle du service administratif dans la partie de ses attributions qui concerne le service spécial des (( subsistances ».
l^ien ne sera changé, bien entendu, à l'organisation actuelle pour la constitution des approvisionnements de guerre, pour la gestion des magasins administratifs, pour les réceptions, les expéditions et les distributions de vivres dans toutes les parties de la colonie où le régime de la masse de ravitaillement sera inapplicable.
Les officiers du commissariat conservent à l'égard du personnel des corps de troupes et de tous les services militaires l'intégralité de leurs attributions ; seule, leur action de contrôle aura, sous le nouveau régime, à se manifester par des procédés différents, en vue de sauvegarder, d'une façon plus effective, les intérêts respectifs de l'État et des rationnaires.
Avec le système des masses de ravitaillement, le service administratif cesse de pourvoir directement à l'alimentation des troupes au moyen de distributions jouinalières ou d'envois faits par ses magasins ; ce soin incombe désormais aux commandants de compagnie et de détachement qui sont bien mieux placés pour connaître les besoins de leurs hommes et les moyens d'y satisfaire.
Le régime des ordinaires, au lieu d'être réduit à un rôle accessoire, embrasse la totalité des moyens affectés à la nourriture des hommes, de sorte que les vivres de la ration réglementaire qui forment la base d'alimentation et les vivi-es d'ordinaire qui en forment l'accessoire, sont fournis par les mêmes procédés, achetés et choisis par les soins des consommateurs eux-mêmes, et payés par la même caisse de compagnie.
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Ce qui change par-dessus tout, c'est la manière dont s'exerce la surveillance administrative des officiers du commissariat. Ceux-ci n'ont plus à se préoccuper des perceptions en nature et n'ont plus à faire le rapprochement toujours lent et laborieux entre les délivrances faites par les magasins dont ils ont la direction et les droits des parties prenantes. Toutes les délivrances ne se font que contre remboursement et ne peuvent plus donner lieu à des trop ou moins-perçus à régulariser. De ce côté, les comptabilités se trouvent singulièrement simplifiées ; les vérifications d'écritures des corps de troupes se bornent à constater, comme pour la solde et les autres masses collectives ou individuelles, que le payement des allocations correspond exactement au nombre de journées de présence ettectivc des hommes.
Mais ce qui doit faire l'objet des préoccupations constantes du service administratif agissant désormais comme service de contrôle, c'est de s'assurer que l'emploi de ces allocations répond à des besoins réels, que les dépenses supportées par la masse de ravitaillement ont pour objet exclusif le bien-être des hommes et que la destination des sommes restant disponibles est bien celle qui est prescrite en vue de sauvegarder les intérêts de la troupe en même temps que ceux de l'État. A cet effet, les officiers du commissariat doivent surveiller étroitement les conditions dans lesquelles sont faits les achats, suivre attentivement les mercuriales, les cours des marchés, les tarifs de transports, et évaluer par tous les moyens en leur pouvoir les bénéfices réalisés. S'ils sont bien documentés sur ces divers détails, ils pourront proposer à l'autorité supérieure les mesures qu'ils jugeront de nature soit à faire disparaître les a])us, soit à faire restreindre les charges imposées inutilement au budget.
C'est en somme par leurs investigations éclairées, par leur initiative, par leur expérience et en se plaçant au point de vue le plus large et le plus élevé, que les officiers du commissariat peuvent contribuer au bon fonctionnement d'une masse de ravitaillement, et lui faire produire tous les bienfaits qu'on est en droit d'en attendre.
Ce rôle est sans doute i)lus difficile, mais aussi plus efficace que celui qui consiste à relever, toujours tardivement, des erreurs d'écritures ou des irrégularités matérielles que l'on n'a, la plui)art du temps, ni le pouvoir de prévenir, ni la satisfaction de réparer.
Résultats obtenus dans les cercles où il a été fait application de la masse pendant les 3'' et 4 trimestres 1898. — 11 me reste, iiuur terminer cette étude, à exposer et à apprécier les résultats obtenus dans les divers cercles, où il a été fait, h titre d'essai, application du système de la niasse de ravitaillement.
Par décision du 13 mai 1898, le Général commandant en chef du corps d'occupation et Gouverneur général de Madagascar, a prescrit de placer, îl titre d'essai, à partir du 1" juillet 1898, sous le régime de la masse de ravitaillement, les troupes stationnées dans le 1" territoire militaire (comprenant les cercles de Moramanga, Tsiafahy et Anjozorobé), ainsi que dans le cercle d'Ankazobé, dans celui d'Ambatondrazaka et dans le cercle annexe d'Andriba.
l'ii arrêté indi(iuanl le principe et le but de la masse et luif instrurtioii
réglant les divers détails d'organisation et de comptabilité furent adressés à tous les intéressés; et à partir de la date fixée (l»"^ juillet 1898) le nouveau système a commencé à fonctionner.
Dès le début, de sérieuses difficultés d'exécution, inévitables en pareille matière, ont été rencontrées, difficultés qui, dans la plupart des cercles, ont été aplanies et résolues par des procédés ingénieux et avantageux à tous égards. Mais il n'en a pas été de même partout, car les résultats les plus opposés ont été obtenus dans des régions qui pourtant avaient entre elles de grandes analogies, tant au point de vue de la composition des effectifs que de la nature des ressources locales.
Cependant, je m'emjîresse d'ajouter que, dans la majorité des cercles, les résultats sont tout à l'avantage de la masse de ravitaillement, et que l'innovation n'a écboué que dans un seul endroit oià il est encore permis d'attribuer les causes de cet échec, moins k un vice du système qu'au manque d'habitude de ceux qui ont eu à le mettre en pratique.