‹ La pacte de famine [microforme]Chapitre 10 sur 38 · AT · texte numérisé non relu

AT

—Cela est impossible, répliqua Prévot avec précipitation, vous vous êtes trompés; la peur aura grossi les objets... Nous ne sommes pas trahis, nous ne pouvons pas ètre trahis ! Aucun homme du peuple ne serait assez lâche, assez insensé pour déscrter ainsi sa propre cause!

Il réfléchit un moment, et songea à Jérôme Picot; mais il abandonna aussitôt cette pensée.

—Allons, cela est impossible encore, répéta-t-i--en doublant le pas; un père de famille si malheureux, un ouvrier sans ouvrage... son fils mort de faim!... Convenez que vous en avez peur, continun-t-il en serrant avec force le bras du messager; vous avez vu tout simplement le guet; vous avez pris pour de véritables so!dats les pauvres diables toujours battus qui le composent... Car enfin, continuat-il, si nous étions trahis, serais-je libre, moi l’instigateur et le chef de ce coup de main! Ne m'aurait-on pas arrêté dans la maison de Malisset, autour de laquelle sans doute on a placé beaucoup de gens de police? Vous voyez pourtant que je puis encore leur tailler de l'ouvrage!

4 causant on était entré dans Paris. Prévot

vudoyait les passants, entraînant avec lui 4, honnête père de famille, prudent et que la misère avait jeté dans ce complot,

— Ecoutez, monsieur, dit cet homme avec la sagacité que donne l’expérience, la police aura reçu sans doute l'avis de la conspiration un peu tard, et aura couru d’abord au plus pressé. Or, comme je crois, ajouta-t-il en baissant la voix, qu’il valait mieux, ajouta-t-il en baissant la voix, qu’il valait mieux, pour elle et pour ceux qui lui commandent, de sauver les pièces accusatrices dont nous voulions nous emparer...

Un mouvement brusque de Prévost fit comprendre combien cette supposition lni semblait probable. Cependant il ne voulait pas croire an renversement de ses projets.

Ils n’échangèrent plus une parole jusqu’à la place des Petits-Pères. Les lanternes ayant été brisées, une obscurité profonde y régnait. Au moment où ils approchaient d’une rue voisine, une voix s’éleva qui criait:

—Qui vive?... au large!

—C’est le guet, répétait de Beaumont, refusant toujours de se rendre à l’évidence.

Il essaya de passer outre, et répondit d’un air tranquille par la formule d’usage.

—Au large! au large! répéta la sentinelle.

Prévot résista: un coup de feu partit. A la lueur de la détonation, le jeune homme, qui n’avait pas été blessé, vit, comme on le lui avait annoncé, la rue pleine de soldats.

Il n’y avait plus moyen de se faire illusion; les troupes venaient de prendre les armes et s’ébranlaient déjà pour semparer de ceux qui étaient cause de cette alerte. Prévot et son compagnon s’enfuirent et s’engagèrent dans des rues obscures, ‘où ils pouvaient braver toute poursuite. Au bout d’un instant, Prévot s’arrêta.

—Je n’ai pas encore perdu tout espoir, dit-il avec une obstination courageuse. Nous avons encore les bureaux de la rue St-Laurent, ceux de la rue de la Jussienne et les autres... et si nous réussissons à prévenir la police sur un seul de ces points, nous pouvons nous relever... Frère, courons à la maison de Rousseau, rue du Petit- Bourbon... Là doit se trouver cette copie du Pacte que je voudrais acquérir au prix de tout mon sang.

L’homme du peuple secoua la tête.

—C’est inutile; on m’a assuré qu’un régiment entier de cavalerie gardait les abords du quartier St-Sulpice.

— Allons toujours ! s’écria Prévot ; allons toujours ! St nous ne faisons d'autre bien, nous empêcherons du

moins quelques honnêtes gens de se compromettre sans résultat.

e des obs-

pproait:

tou-

tran-

ueur s été leine

troudéjà aler- FA TÈraver s’ar-

> une ‘eaux

ne et

olice Fe etit- > que

ntier [pice.

s! St s du sans

Le père de famille se laissa conduire ; il obéissait à un sentiment de pitié pour cet héroïque jeune homme ; car il n’avait plus aucune espérance de succès,

Un moment après, ils débouchaient sur la place St- Sulpice. Elle était noire, et de loin semblait déserte ; mais un piétinement de chevaux, des cliqpuetis d’arines, un bruit confus de voix en disaient assez. Il y avait là, en effet, un régiment de cavalerie.

— Cest done vrai! murmura Prévot de Beaumont

ant tomber ses bras d’un air accablé.

gens du peuple, qui rôdaient dans ombre, lu lirent signe de les suivre à l'angle de la place.

—Quelle nouvelle? demanda Prévot haletant.

—Tout est perdu à l'égard des bureaux, répondit un des rôdeurs tristement ; nous avons échoué, Les maisons des accapadeurs sont protégées par des troupes nombreuses.

—Mais les accapareurs eux-mêmes sont en notre pou Voir! s’écria Prévot. Mallisset ct ses compagnons sont

nos prisonniers; nous pouvons encore gagner la parie,

—Expliquez-vous.

—Est-il possible de réunir encore une centaine hommes courageux et dévoués ?

—Oui; au premier appel beaucoup de nos amis vont ?ecourir.

—Profitons done des hésitations de la police pour nettre en sûreté nos prises... Ces soldats ont été puement passifs jusqu'ici; mais, si je ne me trompe, ils © tarderont pas à prendre l'offensive pour nous disvrser et opérer des arrestations... Prévenons-les.…. ‘n de vous va courir à Ja petite maison de Malisset, aubourg du Roule; il portera l’ordre à Boyrel de con- “ire les prisonniers chez moi, rue de la Barillerie..…. à. Boyrel nous trouvera tous, car vous allez me suile, mes amis... ces papiers dont la possession est si

importante à la cause du peuple, j'en possède quelquesuns; et s’ils ne suffisent pas pour faire condamner par le parlement les accapareurs, ils suffiront, du moins je l'espère, pour les flétrir et nos faire absoudre.

L'effet de ces paroles fut prompt et décisif. Quelques-uns des émeutiers hésitaient à courir les hasards de cette nouvelle entreprise; mais le plus grand nombre se rapprocha du secrétaire du clergé et lui dit avec | détermination : |

—Nous allons vous suivre!

Prévot sembla retrouver sa confiance, qui avait fléchi un instant.

-Marchons donc, mes amis, dit-il avec ardeur.

Venez tous, et veillez bien sur moi, car je suis maintenant votre seul espoir.

I1 prit le chemin des quais, entraînant à sa suite la foule électrisée.

uelquesaner par moins je

f. Quelhasards nd nomdit avec

ait fléchi

rdeur.

ais main-

sa suite

Page 1